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CULTURE – Prophète Gentileza, icône de l’âme carioca

Par Lepetitjournal Rio de Janeiro | Publié le 20/01/2014 à 23:04 | Mis à jour le 20/01/2014 à 22:37

La ville de Rio a entrepris en 2010 la restauration des graffitis du prophète Gentileza. Retour sur une figure emblématique devenue une icône commerciale de la "ville merveilleuse".

Le vert et le jaune bien sûr. Symboles du Brésil. Quelques traits de noir. Et des vers, des mots, des lettres tracés à la main sur fond blanc. Voilà pour l'essentiel la palette de Gentileza, prophète carioca inventeur du célèbre slogan : "Gentileza gera gentileza", la gentillesse amène la gentillesse. Depuis sa mort en 1996, son graphisme enfantin est devenu indissociable de la ville de Rio. Difficile pour les flots de touristes en quête de souvenirs typiques, fouillant les étals des camelots de la Feira hippie d'Ipanema, d'échapper aux T-shirts et caleçons siglés de la devise du prophète. À moins que ce ne soit un porte-clés car l'industrie touristique ne s'y est pas trompée, Gentileza est une valeur sûre.

Il faut dire que sa philosophie, contenue dans quelques formules lapidaires, a trouvé à Rio un écho formidable, tant elle semble un reflet de l'inconscient collectif carioca et résume la magie et l'âme du Brésil. Ici, plus qu'ailleurs peut être, un sourire est un sésame. Il n'est pas rare de voir les touristes s'émerveiller du caractère affable du peuple brésilien et les expatriés savent bien l'importance que cela revêt ici. Pour preuve, le mouvement spontané, Rio com gentileza, né en 1999 après que les 56 panneaux des piliers du viaduc de Caju à l'entrée de la ville ont été repeints en gris. Depuis le mouvement s'est donné pour mission de préserver l'oeuvre de Gentileza et de promouvoir son message, avec le succès que l'on connaît.

Une restauration importante des panneaux a été entreprise le 7 mai 2010 grâce à des fonds privés. Une première restauration avait déjà eu lieu, il y a dix ans. Celle ci devait durer 8 mois et pour un coût de 350.000 réais selon Leonardo Guelman, responsable du projet et professeur d'art à l'UFF, l'Université fédérale fluminense.

La naissance de la légende
Dès l'enfance José Datrino fait montre d'un comportement particulier et est sujet à des prémonitions quant à son rôle ici bas. Sa vocation n'éclate pleinement que beaucoup plus tard. Le 17 décembre 1961, un incendie tragique ravage le cirque Gran Circus Norte-Americano à Niteroi. C'est une hécatombe, plus de 500 personnes périssent. José Datrino, patron d'une entreprise de transport et père de cinq enfants, est particulièrement choqué par l'événement. Une semaine plus tard, la veille de Noël, il entend des voix qui le somment d'accomplir sa mission sur terre. Il délaisse tout, prend le nom de "José Agradecido" ou de "prophète Gentileza" et entreprend son prêche infatigable. La légende conte qu'il aurait distribué dans des verres en plastique le contenu de deux tonnes et demie de vin d'un de ses camions en échange "d'un peu de gentillesse". Dès lors il sillonne Rio à pied, jusqu'à sa mort, pour diffuser ses messages de paix, d'amour et de tolérance. À ceux qui le traitent de fou il rétorque : "je suis dingue pour t'aimer et fou pour te sauver". En 1980 il commence à peindre les 56 piliers du viaduc de Caju et y consigne, pendant 10 ans, sa critique du monde moderne et du capitalisme aux couleurs du drapeau Brésilien.

Telle est en tout cas la légende que reprennent en ch?ur universitaires, intellectuels, artistes et journalistes bien sûr. Les exégèses de l'?uvre du poète philanthrope succèdent aux hommages d'artistes. Gonzaguinha célèbre le premier le "prophète que l'on prend pour un fou", Marisa Monte chante à son tour la douceur du saint homme et déplore les dégâts faits par la compagnie de nettoyage urbain aux panneaux du viaduc : "Ils ont tout effacé, ils ont tout peint en gris, et ne resta sur le mur, que tristesse et peinture fraîche". Et en 2001 l'école de Samba de Grande Rio en fait même le thème de son défilé "Gentileza le prophète sorti du feu".

Un personnage controversé
Mais dans ce concert de louanges unanimes, un article de Luiza Petersen et Marcelo Câmara, publié en 2010 dans le Jornal do Brasil, vient jeter une voix discordante. Les auteurs affirment avoir côtoyé longtemps Gentileza dans les années 1970. Ils décrivent un personnage schizophrène, pas poète pour un sou, l'?il rond et la tignasse échevelée, déversant des torrents d'imprécations et de présages dantesques sur d'innocents passants ne sachant plus à quel saint se vouer, terrorisant les enfants et vouant aux gémonies les adolescentes vêtues de mini jupes, vociférant la fin des temps. Le gentil prophète faisait plutôt figure d'Ange de l'Apocalypse.

La légende est souvent plus jolie que la réalité. Malgré tout, n'en déplaise aux auteurs de l'article, il aura inspiré la magnifique chanson de Marisa Monte et les piliers du viaduc assurément sont bien moins laids ainsi décorés. Et puis certaines de ses sentences ont des accents de prophéties. Ainsi lorsque dans un jeu de mot mêlant capital et "capeta" : le démon, il vilipendait "O capetal : le grand capital qui vend tout et détruit tout", on ne peut s'empêcher de songer aux babioles jetées à la hâte dans les valises, aux strings brésiliens arborant le fameux "gentileza gera gentileza", à toutes les manifestations commerciales faites en son nom et qui lui donnent tristement raison.

Aymeric VIN-RAMARONY (www.lepetitjournal.com ? Brésil) Rediffusion

Plus d'informations :
Rio com Gentileza
L'hommage de Marisa Monte
L'article de Luiza Petersen et Marcelo Câmara

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