Après avoir célébré la Cidade Maravilhosa à travers trois ?uvres (deux ballets et une suite de danses), le compositeur marseillais, venu à l'invitation de l'écrivain et diplomate, alors ambassadeur de France au Brésil, et qui le secondera pour L'Homme et son désir, est célébré à son tour par Rio à travers la représentation inédite dans la ville de cette dernière ?uvre et d'un séminaire orchestré par le consulat général de France.
Ministre plénipotentiaire à Rio de 1916 à 1920, alors que l'ambassade de France était encore au c?ur de Flamengo, l'écrivain et diplomate Paul Claudel invite son ami compositeur Darius Milhaud à le rejoindre en 1917, pour être son secrétaire. Ce dernier, alors âgé d'à peine 25 ans, débarque dans la Cidade Maravilhosa en plein carnaval et l'inspiration que va lui procurer la ville entière et sa nature luxuriante durant son séjour de deux ans aboutira à trois ?uvres hommages à Rio.
Il y aura ses deux premiers ballets, L'Homme et son désir (1917-1918), auquel Paul Claudel a participé, et Le B?uf sur le toit (1919), et sa première suite de danses pour piano, Saudades do Brasil (1920-1921). La première ?uvre n'avait jusqu'à aujourd'hui jamais été représentée au Brésil. Grâce à l'ardent soutien du consulat général de France, elle pourra enfin l'être ce vendredi et samedi soirs à la salle Cecilia Meireles de Lapa. Au programme, interprété par l'orchestre symphonique brésilien et le Conjunto Caliope : en première partie, le ballet La Création du monde et les trois petites symphonies de chambre (Le Printemps, Pastorale et Sérénade) de Darius Milhaud, et en seconde partie Noneto de Heitor Villa-Lobos et L'Homme et son désir de Darius Milhaud.
Deux jours de séminaire
Mais ce n'est pas tout. Deux journées de séminaire se déroulent au nouvel espace culturel de la Maison de l'Europe ? la médiathèque rénovée. La première a eu lieu jeudi et la seconde a lieu ce vendredi avec au programme : "Le Brésil lors de la Première Guerre Mondiale : économie et politique" (Marcelo Abreu, Luis Corrêa do Lago) à 9h30, "La mission de Claudel au Brésil" (Brice Roquefeuil, Clarice Spitz) à 10h, "L'Homme et son désir dans l'?uvre de Paul Claudel : entre singularité et exemplarité" (Pascal Lécroart) à 10h30, "L'aventure sud-américaine de Milhaud" (Marcel Quillévéré) à 11h30. Les conférences de l'après-midi se dérouleront à l'espace Guiomar Novaes de la salle Cecilia Meireles : "La polytonalité : une technique d'avant-garde au début du 20e siècle" (Lisa Noronha) à 14h, "La percussion brésilienne dans L'Homme et son désir et Noneto" (Carole Gubernikoff) à 14h30 et conclusion de João Guilherme Ripper à 15h45.
Pour le consul général de France à Rio, Brice Roquefeuil, qui fera donc partie des intervenants au séminaire vendredi matin, c'est "un rêve de faire revivre cette époque", a-t-il déclaré lors de l'inauguration de ces deux journées de célébration jeudi matin à laquelle Lepetitjournal.com a assisté. "Le moment était venu de pouvoir présenter 'L'Homme est son désir' au public brésilien", a-t-il ajouté, particulièrement attaché et impliqué dans la réalisation de cet événement.
"L'expérience fusionnelle" de Milhaud et Claudel à Rio
Brice Roquefeuil a ensuite laissé place à la première conférence du jour, "Milhaud et la musique brésilienne", par José Miguel
Pour Darius Milhaud, cette arrivée en plein carnaval 1917 lui donne "des sensations incroyables", admirant de nouvelles danses et cette musique jouée pour toutes les classes sociales, "des palais aux sans-abris". A l'aide d'extraits sonores de Saudades do Brasil, promenade musicale à travers les différents quartiers de Rio (une boucle de Botafogo à Flamengo en passant par Leme, Copacabana, Gavea et la forêt de Tijuca), José Miguel Wisnik a illustré comment "la musique populaire urbaine de Rio et ses rythmes impulsifs étaient différents de la musique européenne" et leur impact sur l'?uvre du Marseillais.
Enfin, le spécialiste a insisté sur cette forêt de Tijuca, profondément marquante dans l'?uvre brésilienne de Darius Milhaud. "Dans 'L'Homme et son désir' transpire cette inspiration de la forêt", a-t-il indiqué. Alors, si vous voulez avoir la confirmation de ces propos sur scène, courez à la salle Cecilia Meireles (Largo da Lapa, 47) ce vendredi et samedi soirs à 20h (tarif : R$ 40).
Corentin CHAUVEL (www.lepetitjournal.com - Brésil) vendredi 18 décembre 2015







