

Après la venue en France en 2013 de 17 jeunes danseurs du collectif "Nucleo 2" du Complexo da Maré, à Rio, mené par la Brésilienne Lia Rodrigues, le collectif français "TryËma", mené par Chrystine Van Maerrem à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), lui a rendu la pareille ces derniers jours. Rencontre.
La danse comme langage et outil de partage. Ce mardi soir, au Centre des arts du Complexo da Maré, à Rio, vous pourrez assister à la représentation de Murmuration, une ?uvre inédite, fruit du partenariat entre deux jeunes compagnies de danse contemporaine, l'une brésilienne et l'autre française, en visite exceptionnelle au Brésil.
Pour en arriver là, le chemin a été long, tortueux, mais hautement méritant. L'idée de départ est venue de Lia Rodrigues, chorégraphe brésilienne de renom au Brésil comme à l'international, et notamment en France où elle a effectué un compagnonnage au théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine, de 2007 à 2014.
"Former des danseurs, mais pas seulement : des êtres"
Même loin de Rio, elle n'oublie pas ses jeunes danseurs qu'elle a formés au c?ur même du Complexo da Maré, l'un des plus importants complexes de favelas de Rio, encore en voie de pacification. En partenariat avec l'Académie de danse de Vitry-sur-Seine, un projet est conçu dans l'idée de rapprocher ces jeunes Cariocas de leurs homologues du Val-de-Marne à travers une création commune.
"Ce qui m'a intéressé, c'est que Vitry aussi a ses quartiers sensibles et que nous, comme Lia Rodrigues, notre objectif, c'est de former des danseurs, mais pas seulement : des êtres. Nous avons alors construit ce projet miroir avec pour mots d'ordre : résistance, groupe, identité", explique au Petitjournal.com Chrystine Van Maerrem, directrice de l'Académie de danse de la ville de banlieue parisienne.
Des danseurs interprètes et chorégraphes
C'est alors qu'en 2013, les 17 jeunes de 17 à 21 ans de la compagnie amateur "Nucleo 2" de Lia Rodrigues s'envolent pour la

Un long et admirable travail artistique, mais aussi de recherche de fonds, de deux ans débute alors. "Cela a été dur car c'est un projet qui a été monté en dehors de l'école de danse, cela a été un travail quotidien pour les danseurs, aussi bien pendant les week-ends et les congés", indique Chrystine Van Maerrem. Malgré l'aide de plusieurs mécènes (British Telecom, Perez et Morelli) et de quelques institutions locales, les jeunes Français redoublent d'efforts, en se produisant ou vendant des gâteaux, tout est bon pour mener le projet à bien.

D'autant que ce dernier se veut aussi humanitaire et social avec la réparation de vélos du Complexo da Maré (les danseurs ont suivi un stage en ce sens) et un don de livres pour la bibliothèque des lieux. "C'est fou leur transformation en deux ans, ils se sont vraiment mobilisés, c'était magnifique et c'est une belle victoire parce qu'en général, en France, ce genre de projet n'est subventionné que si vous êtes une grande école, pas une école d'amateurs comme nous", raconte Chrystine Van Maerrem, encore admirative.
Ils l'ont donc fait. Les dix jeunes de Vitry-sur-Seine ont traversé l'Atlantique il y a une dizaine de jours et sont arrivés à Rio, accueillis notamment par la Brésilienne Iris Fernandes, qui travaille avec Lia Rodrigues, et l'ONG Redes da Maré. Au programme : visite de Rio, réparations de vélos suivie d'une balade à travers le complexe de favelas, et bien entendu danse, avec des ateliers en compagnie de Nucleo 2 et déjà deux représentations sur la Praça São Salvador et à l'UERJ. La dernière, avant le retour en France jeudi, c'est donc ce mardi soir sur leur lieu d'accueil.
"En France, on ne danse plus"
Et après ? "Maintenant le projet leur appartient, on leur a donné les outils pour faire vivre cette association, ils sont devenus
Autre constat sur leur passion : la danse est un domaine bien plus mixte au Brésil qu'en France. Alors que Nucleo 2 est plutôt équilibré entre garçons et filles, TryËma n'a qu'un seul garçon pour neuf filles. "En France, on ne danse plus, la danse contemporaine est devenue plus intellectuelle et c'est fait pour les filles alors qu'ici, il y a une vraie facilité", déplore Chrystine Van Maerrem. Une autre réalité en effet, confirme Iris Fernandes : "Dans les favelas notamment, la danse apporte du respect. Si on danse bien, on est regardé et respecté, surtout chez les jeunes hommes. Ils peuvent gagner de l'argent, voyager et vivre un peu plus". Le message est passé pour les jeunes et moins jeunes Français : "Eh bien ! Dansez maintenant !"
Corentin CHAUVEL (www.lepetitjournal.com - Brésil) mardi 21 juillet 2015
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Infos pratiques Murmuration Centro de Artes da Maré Rua Bittencourt Sampaio, 181 - Nova Holanda Ce mardi soir à 18h - Entrée libre |







