Vendredi 14 août 2020

"Portrait d'entrepreneur" : Emmanuelle

Par Quitterie Puel | Publié le 11/07/2020 à 00:00 | Mis à jour le 28/07/2020 à 05:10
portrait d'entrepreneur

"Portrait d'entrepreneur" est une nouvelle série pour le journal. L'objectif ? Interroger des personnalités françaises qui se sont lancées dans la grande aventure de l’entrepreneuriat en Australie.  A travers ces entretiens, j'espère pouvoir vous fournir des informations intéressantes si, vous aussi, vous souhaitez sauter le pas ! 

Est-ce que tu peux te présenter? 

Je m’appelle Emmanuelle, j’ai 34 ans et je suis maîtresse des écoles. Je suis arrivée en Australie en janvier 2011 avec mon fiancé qui a été invité pour travailler dans une boite australienne. On est arrivés sous le visa 457 pour 4 ans mais nous sommes encore là. Sa boite lui a proposé de rester plus longtemps en lui accordant un deuxième visa 457 et au cours de ce deuxième visa, on a demandé la résidence permanente. Quelques années plus tard, nous avons fait une demande pour obtenir la citoyenneté australienne. J’ai créé ma boite l’année dernière, je créé des bijoux, porte-clefs et boite cadeaux pour différents publics. 
 

beads en folie

 

Ton ancienne profession a-t'elle été utile dans ta démarche d'entrepreneur? 

Elle a été très utile. J’ai été habituée à préparer des leçons en avance et à communiquer avec les élèves. Ça m’a beaucoup aidé dans mon business notamment pour gérer la partie administrative et organisationnelle.  De plus, en tant que prof, j’avais un vrai contact avec les élèves et les parents. Quand j’ai décidé de vendre mes produits sur les marchés, j’ai réussi à nouer rapidement des contacts avec les autres vendeurs mais aussi avec les clients. Enfin, en tant que professeur, on doit toujours trouver des activités pour les enfants, la créativité se trouvait donc au cœur de mon métier. J’ai aussi pu percevoir les attentes des parents, des professeurs et entendre les besoins des enfants. J’essaie aujourd’hui de leur proposer des produits qui leur correspondent et qu’ils ne peuvent trouver ailleurs. 

Pourquoi as-tu décidé de lancer ta boite et de délaisser l’enseignement ? 

J’ai eu mon deuxième enfant en janvier 2019 et je ne me voyais pas retourner travailler dans une école tout de suite. Je suis d’une famille créative. Je sais qu’en Australie beaucoup de gens créent leur boite et j’ai eu envie de faire pareil. Je me suis donnée un an pour créer ma boite et voir si les gens pouvaient être intéressés à l’idée de créer leurs propres bijoux. Très rapidement, je me suis mise à travailler avec des écoles. Je fais aujourd’hui des workshops pendant les vacances scolaires mais aussi je travaille dans des centres où l’on s’occupe de personnes âgées. Je souhaite garder un pied dans l’enseignement et conserver surtout le contact avec le public. J’ai voulu proposer à mes clients un contenu personnalisé et unique car moi quand je fais mes courses aujourd’hui je ne trouve que des produits standardisés qui ne me correspondent pas forcément. Je souhaitais donc que mes clients ne soient pas uniquement consommateurs mais aussi acteurs, qu’ils puissent choisir eux-mêmes des produits qui leur correspondent et qu’ils aiment. Enfin, je cherche à aider les entreprises. Sur ma page Facebook, une fois par mois, je demande à mes abonnés de choisir une organisation à qui ils souhaitent que je reverse une partie de mes ventes.  

Beads en folie

 

 Il s’agit donc d’une  marque engagée du côté de l’éducation et de la transmission. Est-ce que tu essaies aussi d’élargir ton public ? 

Je voudrais élargir à tout le monde. Je voudrais donner l’opportunité aux gens de se retrouver eux-mêmes. Il y a beaucoup de gens qui se disent qu’ils ne sont pas créatifs, mais je pense que tout le monde a des capacités et une créativité insoupçonnée. Je voudrais leur montrer que ce n’est pas parce qu’ils ne savent pas assembler des couleurs qu’ils ne peuvent pas faire quelque chose de joli et surtout, qu’il y a plusieurs composantes qui entrent en compte dans le processus de créativité. Je fais aussi des boites cadeaux pour les anniversaires. Il y a des parents qui ne savent pas du tout quoi acheter pour les professeurs à la fin de l’année par exemple. Ils vont dans un magasin, ils trouvent une bougie et voilà. Et en tant que prof on se retrouve toujours avec les mêmes cadeaux. Avec mes produits, je cherche à toucher tous les publics, à diversifier les choix et à encourager les gens à développer leur sensibilité.  
J’ai une spécialisation pour m’occuper des enfants avec des handicaps et je cherche aussi à m’adresser à ce public. Souvent les enfants qui ont des handicaps ne sont pas bien vus dans l’éducation, on les marginalise car on ne sait pas comment s’occuper d’eux. Pourtant, à travers la création, on peut leur faire développer de nouvelles aptitudes qu’ils ne soupçonnaient pas.   


Aurais-tu monté votre boite en France ou est-ce le contexte australien qui vous a décidé à créer votre entreprise ici ? 

J’aurais mis plus de temps à le faire en France parce que c’est plus difficile. J’ai fait mes études en Australie et il y a beaucoup d’étudiants qui avaient déjà des petits business, ça se fait tellement que je me suis dit pourquoi pas moi. L’Australie essaie vraiment de promouvoir l’entreprenariat chez les jeunes étudiants ou chez les professionnels qui ont travaillé pendant 10 ou 15 ans et qui souhaitent désormais travailler de chez eux. Le pays est très ouvert à cela et on est très encouragés. En Australie quand tu lances une boite, tu n’es pas tout seul. Il y a beaucoup de gens qui sont de près ou de loin dans la même situation que toi qui sont prêts à t’aider. Ça a été très important pour moi. J’ai commencé à faire les marchés, j’ai trouvé une aide précieuse que je n’aurais peut-être pas trouvée en France. En ligne il y a aussi beaucoup de ressources qui aident. 

Comment gères-tu aujourd’hui ? 

J’apprends encore. Travailler de chez soi ça demande beaucoup d’organisation. Ce n’est pas comme si on allait tous les jours au bureau. On est notre propre boss et il faut avoir les qualités nécessaires. Il faut pouvoir gérer la vie de famille et tous les aspects du business. Au début je pensais gérer que la partie créative et demander à mon frère de m’aider pour la partie administrative. Et en fait ce n’est pas possible. Je dois tout gérer et j’y arrive aujourd’hui car j’ai travaillé avant, que j’ai acquis une certaine expérience et surtout j’ai appris à m’organiser. 

Êtes-vous satisfaite de la tournure de votre boite ? L’année d’essai a-t-elle été satisfaisante ? 

Pour l’instant je suis ravie de ce que j’ai fait, des gens que j’ai rencontrés, des retours que j’ai eus et de la tournure que prend mon entreprise. Je souhaitais vraiment soutenir des organisations, organiser des workshops et je ne pensais pas que cela allait arriver aussi tôt. J’aimerais m’investir plus auprès des associations et d’autres services, m’engager auprès d’un commerce plus local et artisanal. Je voudrais aussi créer un site internet où les gens pourraient faire ce qu’ils font au marché, c’est-à-dire choisir leurs perles et faire leurs bijoux personnalisés sans passer par moi. 

 

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Quitterie Puel

Après avoir effectué un master en management de projets culturels à Sciences Po, j’ai décidé de m’expatrier pour trois ans à Perth. J’aime écrire sur des sujets de société, dénicher des bonnes adresses et découvrir des lieux insolites.
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