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DOSSIER EMPLOI - Florian Fêche, chasseur de têtes et détective de talents

Par Lepetitjournal Pékin | Publié le 01/05/2013 à 20:05 | Mis à jour le 01/05/2013 à 13:21

Aujourd'hui, de plus en plus de jeunes diplômés ou de cadres expérimentés se ruent sur le marché de l'emploi en Chine. Au-delà de cette image d'eldorado des cadres, qu'en est-il du marché du recrutement en Chine ? Dans le cadre de ce RDV de l'ECO special Emploi, Florian Fêche, de Ward Howell Asia nous donne sa vision de ce marché hétérogène en pleine mutation.

Lepetitjournal.com : Comment êtes-vous venu à cette activité de recrutement ?

Florian Fêche : j'ai un parcours assez atypique. Après avoir étudié dans le sud de la Chine le commerce, le chinois, et? les arts martiaux, je suis parti en Afrique pour mener des missions humanitaires dans le domaine de la santé. J'ai toujours eu une sensibilité aux autres. Dans une démarche de recrutement, il faut essayer bien sûr de détecter les points de progrès du candidat mais surtout faire ressortir ses qualités et son potentiel. Je pensais que j'avais quelque chose à apporter dans ce domaine. C'est pour cela que j'en suis venu à exercer dans la gestion des ressources humaines. J'ai d'abord installé un cabinet de gestion de la mobilité internationale des personnes à Shanghai: Helma International, puis je suis devenu recruteur par passion pour ce métier.

Comment voyez-vous votre métier ?

Je suis comme un enquêteur : je dois investiguer et remonter les informations du terrain. Mais à la différence de la police, mon objectif est de trouver la ?bonne? personne ! Je ne suis pas centré sur le curriculum vitae, ce qui signifierait que je me limite au passé professionnel, j'essaie d'avoir une vision du futur, de ce que le candidat en face de moi va pouvoir apporter à une entreprise. J'ai la même approche avec l'entreprise : je ne cherche pas seulement à retrouver des personnes qui « collent au moule », mais à comprendre les enjeux auxquels est confrontée l'entreprise (pollution, internet, distribution, mutation des marches?) pour savoir de quelles compétences elle va avoir besoin dans le futur. Parfois, il faut amener le client à évoluer. Une bonne équipe, c'est une équipe avec des profils hétéroclites ayant tous un objectif commun. Quand on recrute, il faut avoir un scope large, il faut être ouvert à tous les talents !

Comment a évolué votre activité ?

En Chine, on recrute pour des postes qui se créent, alors qu'en Europe, c'est plutôt pour des remplacements? Le marché est donc très dynamique et stimulant?Et comme dans certains autres pays émergents, il y a un certain déséquilibre en Chine entre le marché de la demande et de l'offre pour des profils qualifies. Ici, encore aujourd'hui, il y a plus d'offres de postes intéressants que de viviers de talents spécifiques. Pour quelqu'un comme moi qui aime investiguer et trouver la perle rare, c'est donc très « challenging ». Je me suis installé dans une démarche plus qualitative. Il s'agit non seulement de trouver le candidat, de l'évaluer, de l'attirer dans le projet, et de conseiller et l'entreprise et le candidat pour arriver à la meilleure adéquation possible et à un contrat ? gagnant-gagnant ?.

Pouvez-vous nous parler des spécificités du marché du recrutement en Chine ?

Comme je vous l'expliquais, pour des profils qualifiés, on est dans un marché centré sur le candidat. Leurs salaires ont donc explosé ces dix dernières années et les cadres locaux sont souvent à un niveau de salaire comparable, voir supérieur à celui de cadres occidentaux. Le marché est aussi très hérérogène : on peut trouver des très bons profils qui sont restés dans une même société et qui pourraient prétendre à un salaire supérieur et des candidats qui sont complétement surévalués en termes de postes et de salaires. Comme dans d'autres domaines en Chine, on peut même parler de surenchère, voire de spéculations sur les salaires. Aujourd'hui, avec la crise qui ralentit les exportations, le marché va peut-être s'assainir et les candidats et les recruteurs devenir plus réalistes.

Quelle est votre vision des candidats que vous rencontrez ?

Je suis épaté par certains profils : des gens impliqués, travailleurs, parlant plusieurs langues, talentueux? Malheureusement, les profils ouverts sur l'international sont encore relativement rares. On a encore affaire à trop de candidats maîtrisant mal l'anglais et qui par leur éducation, ont du mal à réfléchir ?outside the box ? (en dehors du cadre classique). Alors quand on trouve la perle rare, proactive et créative, on est ravi, mais c'est le but de notre travail !

Quels seraient vos conseils à une entreprise qui recrute et à un candidat qui cherche ?

A une entreprise, privilégiez les profils bi-culturels (les Chinois ayant étudié ou travaillé à l'étranger, les étrangers intégrés localement ?). Si vous trouvez quelqu'un de valeur, recrutez-le, c'est un atout rare pour votre developpement! Quand on parle de ressources humaines, il faut bien réaliser que la bonne personne bien managée peut créer la plus grande valeur ajoutée pour l'entreprise. Concernant la sélection : pour moi, un candidat motivé en vaut deux !

A un candidat, on revient toujours à la motivation? Soyez perséverant, cibler bien votre recherche, ne vous éparpiller pas. Comme dirait le proverbe: ?Qui veut peut!?.

Propos recueillis par Marie-Eve Richet (www.lepetitjournal.com/pekin) . Jeudi 2 mai 2013.

 

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Guillaume Asmanoff et Thomas Aunave

Rédacteurs en chef de l'éditon Pékin.