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DOMINIQUE NAMER, ARKEMA – « L’enjeu essentiel, les ressources humaines »

Par Lepetitjournal Pékin | Publié le 23/09/2013 à 20:27 | Mis à jour le 24/09/2013 à 02:09

Dominique Namer part vers de nouveaux horizons à la fin du mois. Ayant créé Arkema à Shanghai il y a 9 ans, il nous retrace l'évolution du premier groupe chimiste français en Chine, et nous donne sa vision du marché et plus largement de l'économie chinoise. Eclairage éclairé sur une décennie marquée par la croissance.

Lepetitjournal.com : Pouvez-vous revenir sur la création d'Arkema en Chine ?

Arkema a été créé en 2004, et séparé de TOTAL par spin-off en 2006. Le groupe TOTAL ayant des intérêts pétroliers avait une tête politique à Pékin, financière à Hong-Kong et commerciale à Shanghai. Le choix de Shanghai, véritable hub commercial, s'est donc imposé pour Arkema d'autant plus que nous avions déjà des usines à proximité : Changshu et Wujing pour l'eau oxygénée.

Il a donc fallu mettre en place des fonctions supports propres à Arkema : HSE (Hygiène, Sécurité, Environnement), crucial dans nos activités, comptabilité, Ressources humaines? Nous avions alors dans nos équipes centrales en France une Chinoise qu'on m'a envoyée « à la rescousse ». Je connaissais également une Française qui parlait parfaitement le chinois. C'est secondé par ces deux bras droits féminins et sinophones que j'ai pu poser les fondations d'Arkema en Chine.

Site de Changshu (crédit Arkema)

C'était aussi la période du début de l'euro : freiné pour les exportations de France, le siège était convaincu qu'il fallait développer la production sur place en Asie. Nos clients industriels, de la construction au textile, en passant par le traitement de l'eau, étant massivement installés en Chine, nous avons toujours été convaincus qu'il fallait être présents localement pour mieux les servir. Nous nous sommes donc engagés dans de vastes projets industriels : doublement de l'usine de Wujing, créations d'unités pour les nouveaux gaz fluorés, les mélanges PVC à Changshu, les dérivés acryliques? Arkema a atteint une certaine masse critique et nous sommes tournés en 2011 vers l'acquisition de sociétés chinoises : Casda pour la chaîne sébacique et Hipro pour les polymères de type polyamides. Intégrer plus de 800 personnes d'une culture sino-chinoise dans une société aux normes françaises, ce n'est pas facile.

Aujourd'hui, quelle est la position d'Arkema Chine dans le groupe ?

Nous étions un peu plus de 300 personnes en 2005, aujourd'hui nous sommes près de 2 000 salariés dont seulement 150 au siège. La filiale Chine couvre toute la région, de l'Asie du Sud-Est au Japon, ce qui représente 20 % de l'activité du groupe. On peut considérer que ce pôle va prendre progressivement l'importance des Etats-Unis et représenter 30 à 40 % de l'activité mondiale.

Quels sont les enjeux d'une telle croissance ?

L'enjeu principal, c'est sans conteste les Ressources humaines. Dans une activité comme la nôtre, les normes de sécurité et les normes environnementales sont très strictes. Faire intégrer ces normes dans la Chine reculée qui est encore sur des standards des années 60, c'est un véritable défi.

ASHP (crédit Arkema)

En tant que société étrangère et acteur important dans le marché de la chimie, nous avons un rôle d'exemplarité à tenir. Les industriels chinois l'ont vite compris. Ainsi, il y a 10 ans, nos concurrents à Changshu enregistraient jusqu'à 4 accidents mortels par an dans leurs usines, situées juste de l'autre côté du canal... Aujourd'hui, ils ont réussi à atteindre le zéro accident. A défaut d'une véritable conscience écologique, les entreprises chinoises ont aussi pris des mesures pour ne pas impunément polluer l'eau. Dans tous ces domaines, les Chinois ont progressé à toute allure. Mais pour constituer nos équipes dans des provinces isolées, il est toujours difficile de trouver des personnes formées, il faut donc engager de vastes programmes de formation, ce qui se compte en années, non en mois?

Le deuxième enjeu, c'est de garder une avance technologique pour contrer le syndrome de la quantité. Face à une concurrence qui inonde le marché, et le déstabilise en tirant les prix à la baisse, il s'agit de faire la différence. Dans notre secteur de chimie de spécialités, il est essentiel de proposer des produits de plus en plus sophistiqués et innovants. En octobre, nous inaugurons ainsi un Centre de recherche pour renforcer encore nos efforts de recherche applicative et être au plus près de nos clients.

Plus globalement, comment avez-vous vu évoluer la Chine en 10 ans ?

Quand je suis arrivé, la Chine était déjà lancée depuis Deng Xiaoping dans une phase de croissance et d'ouverture. Le pays a continué à se moderniser, mais pas politiquement. Les autorités locales sont toujours très prégnantes, au point de freiner l'Etat de droit qui a du mal à se mettre en place.

Depuis l'année 2012, affectée par la crise occidentale, la croissance se ralentit. Les Chinois ne peuvent plus être seulement des exportateurs, il faut qu'ils trouvent un relais de croissance dans la consommation intérieure. Le système économique est resté identique, et il commence à se « gripper « . Mais j'ai confiance, le marché intérieure n'a pas de limite : avec une classe moyenne de près de 400 millions de personnes, une augmentation du salaire moyen de 15 % par an, il y a de la marge? A côté de ça, il n'y a pas de filet social. Il y a tout à mettre en place : assurances sociales, impôts locaux? C'est maintenant qu'il va y avoir des changements et des changements radicaux !

Quel défi pour votre successeur ?

Trouver les bonnes personnes et les former pour relever les défis de demain? Mais c'est un « bon « problème !

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Propos recueillis par Marie-Eve Richet (www.lepetitjournal.com/shanghai). Mardi 24 septembre 2013

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Guillaume Asmanoff et Thomas Aunave

Rédacteurs en chef de l'éditon Pékin.