Ava Berger est étudiante à Centrale Pékin, une école d’ingénieurs franco-chinoise créée en 2005, qui accueille des étudiants internationaux depuis 2015. Son cursus repose sur un modèle original : quatre années de Bachelor suivies de trois années de Master, avec à la clé le diplôme d’ingénieur de Centrale Pékin, habilité par la CTI, ainsi que les diplômes de Beihang. Accessible directement après le bac sur dossier, la formation mêle enseignements scientifiques, apprentissage du chinois et immersion dans le système universitaire chinois. Ava Berger revient sur cette expérience singulière, entre la France et la Chine.


En visitant le campus, j'ai eu un vrai coup de cœur.
Quel a été votre parcours jusqu’à Centrale Pékin ?
Je suis née en France et j'ai grandi à Marseille. Au lycée, j'ai fait du chinois en LV3. J'ai vraiment accroché à la langue et à la culture chinoises. Ma professeure de chinois était française, mais elle parlait extrêmement bien chinois et avait fait ses études en Chine. Elle nous a transmis son amour de ce pays.
En première, j'ai eu la possibilité de partir deux semaines en Chine avec le lycée. C'est là que j'ai découvert Centrale Pékin. En visitant le campus, j'ai eu un vrai coup de cœur. J'avais 17 ans, je découvrais la Chine et la Grande Muraille… J'avais vraiment envie d'en découvrir davantage. Je voulais également améliorer mon chinois et je n'avais pas spécialement envie de rester en France pour mes études. J'ai envoyé mon CV, ma lettre de motivation et mes bulletins scolaires, et j'ai été acceptée. On était vraiment très peu nombreux dans ma promotion. On est donc arrivés avec des étoiles dans les yeux, en se disant qu'on allait vivre nos plus belles années ensemble… et cinq mois plus tard, le Covid est arrivé. On s'est retrouvés bloqués en France et les cours sont passés à distance pendant environ un an et demi. Je ne suis finalement retournée en Chine qu'en 2023, lorsque les frontières ont rouvert, pour poursuivre mon master.
Qu’est-ce que cette expérience à Centrale Pékin vous a apporté, aussi bien dans votre manière d’étudier que dans votre parcours personnel et professionnel ?
Le cycle Master de Centrale Pékin est vraiment particulier. À partir de la cinquième année, la majorité des cours sont assurés par des professeurs qui viennent de France. Un professeur arrive pour une ou deux semaines, donne son cours, puis repart. Les cours sont donc assez condensés. On suit aussi certains cours avec des étudiants chinois, et c’est là que j’ai vraiment découvert une autre manière de travailler. En France, j’ai l’impression qu’on est davantage habitués à discuter directement d’un problème, à confronter nos idées. Dans les groupes chinois avec lesquels j’ai travaillé, la répartition des tâches est souvent beaucoup plus précise : chacun fait sa partie, puis les différentes parties sont mises ensemble.
J’aimerais construire quelque chose entre la France et la Chine.
Cette expérience m’a aussi beaucoup apporté sur le plan personnel. Quand je suis arrivée en Chine en 2023, mon anglais était encore très bancal alors que je suis aujourd'hui bilingue. On rencontre des étudiants et des personnes du monde entier, donc on apprend aussi énormément en dehors des cours. Cela m’a permis de développer un véritable réseau international et de mieux comprendre l’importance de l’interculturalité. En travaillant avec des personnes qui n’ont pas les mêmes habitudes ou les mêmes façons de réfléchir, on apprend à s’adapter et à remettre en question sa propre manière de faire.
Je ne regrette absolument pas d’avoir fait ce parcours. Toutes les difficultés que j’ai pu rencontrer m’ont notamment appris la persévérance et le fait de ne pas abandonner. Mais j’ai aussi découvert la recherche, qui occupe une place beaucoup plus importante à Centrale Pékin et à Beihang. C’est quelque chose qui m’a vraiment plu. J’ai déjà publié un article scientifique et je travaille actuellement sur un sujet lié aux pompes hydrauliques. Au final, cette formation m’a donc permis de progresser sur plusieurs plans, que ce soit dans ma manière de travailler ou dans ma capacité à évoluer dans un environnement international.
J’ai découvert la recherche à Centrale Pékin et à Beihang.
Au-delà de l’école, qu’est-ce que cette expérience va changer pour la suite, aussi bien professionnellement que personnellement ?
C’est vraiment une expérience incroyable, et je pense qu’elle va énormément m’influencer. Vivre à l’étranger permet d’avoir un regard différent sur son propre pays. Quand tu vis en France, tu vois certains problèmes de la France. Quand tu vis en Chine, tu finis aussi par voir les problèmes de la Chine. Et finalement, tu comprends que rien n’est tout blanc ou tout noir. Cette expérience m’a d’ailleurs appris à aimer davantage la France.
Aujourd’hui, j’ai envie de rester en Chine, notamment parce que j’aimerais améliorer mon chinois. J’ai passé plusieurs années ici, mais je ne le parle toujours pas couramment. Je sais utiliser les applications chinoises, mais je reste limitée dans mes conversations avec les Chinois. Quand tu parles seulement anglais, tu restes souvent identifié comme l’étudiant étranger. Alors que lorsque tu parles chinois, tu peux vraiment commencer à échanger avec des personnes avec lesquelles tu n’aurais autrement jamais eu de conversation. C’est quelque chose que je ne veux pas regretter.
Lorsque tu parles chinois, tu peux vraiment commencer à échanger
Au fond, c’est aussi pour ça que j’ai choisi ce parcours. J’ai consacré plusieurs années de ma vie à venir étudier en Chine, et j’aimerais que cela me permette de construire quelque chose entre la France et la Chine. L’interculturalité est vraiment quelque chose qui m’intéresse. Je trouve qu’en mélangeant les cultures, on peut créer des choses magnifiques. Après plusieurs années ici, j’ai toujours l’impression qu’il me reste énormément de choses à découvrir, et c’est probablement ce qui me donne encore envie de rester.









