

Désormais installée à Shanghai, la Française a fait un détour par Hong Kong pour nous parler de son livre Comment je suis devenue millionnaire grâce au net? sans rien y comprendre. Lors d'une conférence organisée par la French Chamber of Commerce, elle a abordé son expérience d'entrepreneuse pionnière du web et de sa vision du e-commerce
À l'occasion d'un petit déjeuner-conférence au prestigieux China Club, Orianne Garcia, qui n'était pas du tout destinée à devenir chef d'entreprise dans l'informatique, raconte son histoire personnelle et celle, indissociable, des débuts du web hexagonal qui l'a vue devenir millionnaire grâce au net? sans rien y comprendre.
Les débuts du business internet
Étudiante en lettres, Orianne Garcia n'était pas destinée à devenir une entrepreneuse du web. Pourtant lorsque son petit ami de l'époque, ingénieur en informatique, installe internet au petit matin, dans leur appartement parisien, elle fait partie de ceux qui, déjà, sentent l'incroyable révolution qui est sur le point de se produire. Malgré la piètre qualité visuelle des sites, et leurs nombres réduits, elle devient très vite une adepte dès cette première connexion, en 1994. Plutôt que de rester "bouche bée devant ces sites à l'esthétique faible", elle décide, bien qu'elle ne connaisse rien à ces nouvelles technologies, de se lancer dans le business internet.
Pour cela, elle s'associe avec son ami, Alexandre Roos et avec Christophe Schaming, tous deux ingénieurs. À 22 ans, en 1995, elle lance avec les deux hommes Internet Plus, un fournisseur d'accès. "J'étais alors à l'image d'internet : absolument inconnue et pas encore rodée". Les garçons s'occupent de la technique, Orianne de la commercialisation. Les débuts sont bricolés et incertains, mais à cette époque on ne perd pas de temps.
L'aventure Caramail
C'est ainsi que dans la foulée d'Internet Plus, le trio crée Lokace, le premier moteur de recherche francophone. Le site connaît un succès certain outre-Atlantique, au Québec.
Mais Orianne comprend que ce nouveau média, Internet, "ne laisse vraiment d'espace pour se développer que si vous êtes dans les trois premiers de votre catégorie". En compagnie de ses deux associés, elle cherche une nouvelle idée. En 1997, s'inspirant de l'américain Hotmail, les trois Français comblent l'absence de webmail en langue française en créant Caramail. Ses deux compères ne croient pas au nom trop enfantin à leur goût mais c'est là qu'Orianne a les bonnes intuitions en termes de marketing et le nom fera partie au contraire du succès de l'entreprise. En effet, tout va très vite, même un peu trop vite pour le trio. "On a eu très vite des bugs. Beaucoup de gens attendaient un webmail en langue française. Nous avons été surpris de notre succès et le site a été surchargé les premiers jours, il a fallu très vite sécuriser la technique et s'équiper pour faire face à ce succès". Ainsi, 72 jours après son lancement, Caramail compte déjà 100.000 abonnés. 
Après l'explosion de la bulle
Orianne se rappelle de la période qui a précédé l'éclatement de la bulle : "Cela a duré entre trois et six mois. Le marché internet pressentait quand même que tout était un peu exagéré et qu'on allait connaître un retour de bâton". En effet, la bulle éclate en mars 2000. Mais avant que la bulle n'explose, Orianne et ses deux associés ont vendu le site Caramail pour 600 millions de francs (91,5 millions d'euros) au suédois Spray, à condition d'obtenir des responsabilités dans le groupe et de garder Caramail sous leurs ailes. Les rachats se suivent à partir de 2001 et Orianne finit par quitter le groupe en 2004.
"J'ai toujours cru en l'internet communautaire, la possibilité pour les gens de prendre la parole, d'exercer un certain pouvoir. J'ai toujours essayé de placer l'humain au des entreprises que j'ai créées". Elle essaiera à tout prix de récupérer Caramail, en vain. Encore aujourd'hui, Orianne considère que la mauvaise image qui colle aux entrepreneurs, liée à la bulle des années 2000, ne s'est pas encore effacée.
Devenue maman-entrepreneuse installée à Shanghaï, elle est aussi Directrice Marketing Communication RP à Glam Media. Bien qu'elle n'ait plus l'insouciance de ses débuts, elle continue à agir en entrepreneuse. Après avoir lancé lentillesmoinscheres.com, elle est arrivée en Chine pour suivre son mari. Elle explique "Sur Internet, contrairement aux idées reçues, il n'est pas nécessaire d'avoir une idée révolutionnaire pour réussir. Parfois, il suffit d'améliorer un concept existant ou de le développer autrement et le tour est joué". Elle étudie pour l'instant le marché chinois et compte bien lancer de nouveau une start-up internet prochainement mais, motus et bouche cousue, la compétition y est assez dure comme cela !
Roman Fruitier (www.lepetitjournal.com/hongkong.html), mercredi 14 décembre 2011
Comment je suis devenue millionnaire grâce au net? sans rien y comprendre, paru aux Éditions Albin Michel le 6 octobre 2011







