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MEDECINE – Le Docteur Philippe Vignal présente « L’enfer au féminin »

Par Lepetitjournal Pékin | Publié le 22/03/2012 à 00:00 | Mis à jour le 05/01/2018 à 08:30

Lepetitjournal.com a rencontré le Docteur Philippe Vignal, médecin gynécologue et auteur de l'ouvrage « L'enfer au féminin » qui propose une théorie révolutionnaire sur le cancer du sein et qui sortira aux éditions La Martinière en septembre. Il nous a donné son interprétation de la faiblesse du nombre de cancers du sein en Chine par rapport aux pays occidentalisés 

Une mannequin pose pour la lutte contre le cancer du sein

 

En effet, la Chine est le 142e pays affecté par la maladie et, sur 100.000 femmes, seulement 18.7 sont touchées contre 101.1 aux Etats-Unis. Cependant, nous observons actuellement une très forte augmentation de ce taux dans les grandes villes, allant de pair avec l'occidentalisation des m?urs. En 2011 à Pékin, environ 45 femmes sur 100.000 sont touchées, soit 23% de plus qu'en 1997.

 

Lepetitjournal.com : Pouvez-vous nous présenter votre parcours ? Sur quoi portent vos recherches ?

Philippe Vignal : Je suis  médecin, gynécologue obstétricien, avec une expertise vieille de plus de 30 ans en échographie gynécologique y compris mammaire. La  pratique quotidienne de l'échographie de l'utérus, des ovaires mais aussi du sein a changé ma vision de la gynécologie. Cet outil, qui permet de voir, grâce aux ultrasons, les modifications des différents tissus, a été pour ma recherche, l'équivalent du microscope pour Pasteur.

 

Mes recherches sur les tumeurs cancéreuses du sein d'une part et sur les modifications des tissus génitaux au cours du cycle menstruel d'autre part m'ont permis d'établir un lien entre  processus de vie et processus cancéreux. L'un et l'autre utilisent les mêmes outils, division cellulaire accélérée et fabrication de nouveaux vaisseaux, et le même carburant, les ?strogènes. Il ne s'agit pas d'un réelle découverte car le lien entre divisions cellulaire et cancer est connu depuis longtemps (un tissu qui reste en sommeil ne se cancérise jamais et inversement, plus il prolifère, plus il risque de se cancériser). Je n'ai fait que réunir deux pièces de puzzle, en apparence très dissemblables, mais ayant en commun l'exposition aux ?strogènes.

 

Le docteur Philippe Vignal, chercheur sur le cancer du sein

 

Pourquoi historiquement y a-t-il un taux plus faible de cancers du sein en Chine ? Est-ce lié à la génétique ou au mode de vie des populations ?

Nous n'avons pas de statistiques en Chine comme dans les pays occidentaux, ce qui nous permet de ne faire que des hypothèses. Le taux de cancers du sein dans une population dépend de plusieurs facteurs : l'exposition aux ?strogènes (qui dépend du nombre de cycles cumulés et d'éventuels traitements hormonaux en particulier de ménopause), l'âge de la première grossesse, l'intensité du dépistage par mammographie et les facteurs génétiques. En fait ces derniers ne concernent que 5 % des cancers. En revanche, le mode de vie influence grandement les trois premiers facteurs. L'exposition aux ?strogènes est probablement moindre chez les Chinoises du fait de premières règles tardives et de l'absence de traitement hormonal de ménopause.

 

L'âge de la première grossesse doit être aussi plus précoce alors qu'il est de 30 ans chez nous. Or une première grossesse avant 20 ans réduit le risque de cancer du sein de 50%. Le tissu mammaire est en effet très vulnérable aux ?strogènes avant la première grossesse du fait de sa forte densité. La chute brutale des niveaux hormonaux après l'accouchement fait fondre la glande mammaire, devenant ainsi moins susceptible de se cancériser. L'alimentation joue un rôle très important car l'augmentation de la masse graisseuse favorise les niveaux d'?strogènes élevés. Enfin, il n'existe pas de dépistage de cancer du sein, lequel augmente artificiellement l'incidence de cette maladie en puisant dans l'immense réservoir des états précancéreux, sachant que peu d'entre eux deviendront de véritables cancers.

 

Une première version de la couverture de l'ouvrage "L'enfer au féminin" de Philippe Vignal

 

Nous assistons actuellement à une augmentation vertigineuse du nombre de cancers du sein en Chine, quelles pourraient en être les causes ?

Il s'est passé le même phénomène dans nos pays au début des années 80, l'incidence du cancer du sein a doublé entre 1980 et 2000. Les causes, nous les connaissons : augmentation du nombre de cycles du fait d'une puberté de plus  en plus précoce, âge tardif de la première grossesse, augmentation de l'adiposité, traitement hormonal de ménopause, dépistage par mammographie. Ces facteurs sont très intriqués sans qu'on puise quantifier la part de l'un et de l'autre. Il n'est donc pas étonnant de se trouver dans une situation de maladie presque épidémique car tout concourt à augmenter l'incidence du cancer du sein : un dépistage intensif de plus en plus performant et un population féminine sous influence hormonale grandissante. Il se passe probablement le même phénomène en Chine aujourd'hui.

 

Y-a-t-il un lien entre la contraception utilisée par les Chinoises et le cancer du sein ?

C'est possible car l'augmentation du risque de cancer du sein chez les utilisatrices de pilule oestroprogestatives a été attestée en 2005 par une institution internationale de recherche sur le cancer (CIRC, IARC en anglais). Mais cette augmentation est minime, de 20 % environ. Ceci est un peu étonnant car les ?strogènes contenus dans la pilule ne sont théoriquement pas plus cancérigènes que ceux produits par les ovaires des femmes. Mais il faut souligner que la pilule augmente la durée d'exposition aux ?strogènes en augmentant le nombre de cycles chez les jeunes femmes dont les cycles sont souvent irréguliers. Elle pourrait aussi augmenter l'intensité de cette exposition en gommant les effets du vieillissement ovarien. Rappelons que  le maximum de fécondité se situe vers l'âge de 20 ans et que les femmes sont inégales devant le déclin ovarien.

 

Quel type de contraception recommandez-vous pour minimiser les risques ?

La contraception moderne ne doit pas se contenter de  prévenir le risque de grossesse. Elle doit intégrer impérativement une prévention du cancer du sein, comme le fait la nature. L'allaitement intensif et de longue durée est un modèle de contraception qui protège à la fois des grossesses indésirables (pour la femme comme pour le bébé au sein) et du cancer du sein. Il a été le seul moyen de contraception pendant des millénaires et a permis aux femmes de limiter leur nombre de grossesses (environ 10). On estime que le risque de cancer du sein diminue de 5% par année d'allaitement.

 

Cette contraception naturelle qu'est l'allaitement repose en effet sur une mise en sommeil des ovaires qui, en supprimant cycles et règles, diminue l'exposition aux ?strogènes et donc le risque de cancer du sein. Il faut faire confiance à la nature qui n'a pas choisi les autres mécanismes possibles de contraception : occlusion des trompes par exemple (ligature des trompes), ou modification de l'endomètre rendant la nidation impossible (stérilet). Elle a fait le choix de la neutralisation des ovaires sans compensation oestrogénique. Seule une pilule sans ?strogènes, ne contenant que de la progestérone, remplit ce cahier de charges. Ce n'est pas le cas des autres contraceptions, en particulier des pilules oestroprogestatives et du stérilet. Ce type de pilule devrait être proposée à toute femme réglée, même sans vie sexuelle, pour éviter l'exposition à ses propres ?strogènes. Compte tenu de la politique de l'enfant unique et de son corollaire, l'augmentation du nombre de cycles, les femmes chinoises devraient considérer cette option avec intérêt.

 

En Chine, les femmes ne bénéficient pas de programme de dépistage du cancer du sein d'envergure, quelle est l'incidence sur la propagation du cancer ?

Il est difficile de répondre à cette question tant les facteurs contribuant à l'augmentation de l'incidence du cancer du sein sont intriqués. Nous avons un élément de réponse depuis peu du fait de la chute de la prescription de traitements hormonaux  de ménopause suite aux résultats de l'étude WHI en 2002. Cette étude ayant démontré de façon irréfutable le risque cancérogène des ?strogènes, avait eu pour conséquence une diminution des prescriptions de ces traitements. Or l'incidence du cancer du sein dans nos pays a diminué pour la première fois en 2008 ; cette diminution fut attribuée de façon certaine à la chute de la vente des traitements hormonaux de ménopause. Ce résultat était d'autant plus remarquable qu'on s'attendait au contraire, à une augmentation de l'incidence, avec la montée en puissance du dépistage organisé en France. Ceci démontre que la part du dépistage dans l'augmentation de l'incidence du cancer du sein est moindre que ce que l'on pensait.

 

Pourriez-vous nous parler de votre ouvrage « L'enfer au féminin » ? Les femmes sont-elles damnées ou pouvez-vous les aider à s'en sortir ?

Ce livre est le fruit de mon expérience de 30 années de pratique de la gynécologie et de mes recherches en échographie. J'ai eu envie de faire savoir au plus grand nombre ce que je disais à mes patientes au cours de mes consultations. L'étude des sociétés (Inuits, Dogons) sans contrôle des naissances, ni allaitement artificiel, nous montre que les règles en dehors d'un projet d'enfant n'ont rien de naturel car les cycles et les règles s'interrompent pendant les longues périodes d'allaitement. L'excès de règles est cancérogène pour le sein. Ceci a été démontré par deux articles mettant en évidence une relation linéaire entre le nombre de cycles cumulés au cours d'une vie et le risque de cancer du sein. Il a été démontré que la mise en sommeil de l'activité ovarienne par la progestérone pouvait diminuer le risque de cancer du sein (étude française parue en 1994). Sachant qu'un tel produit existe sous forme de pilule contraceptive, une prévention primaire du cancer du sein par la contraception est devenue envisageable. Et enfin, sortir de l'enfer au féminin est possible!

 

Propos recueillis par Clara Leonard (www.lepetitjournal.com/hongkong.html) jeudi 22 mars 2012

 

L'enfer au féminin de Philippe Vignal paraît en septembre aux éditions La Martinière

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