

L'énoncé prête à sourire et pourtant ! On estime que d'ici 2020 il pourrait y avoir un surplus de 30 à 40 millions d'hommes de moins de 19 ans. L'équivalent de toute la population de jeunes hommes aux États-Unis. Dans les campagnes pauvres et reculées, le problème est particulièrement tangible
(Crédit photo : photo-libre.fr)
Selon le livre bleu publié en 2010 par l'Académie chinoise des sciences sociale, le nombre de jeunes hommes de moins de 19 ans est devenu un des grands problèmes de la société. Dans quelques années en effet, alors qu'ils seront en âge de se marier, on estime que plus de 10 millions d'entre eux ne trouveront tout simplement pas de femme. Avec des conséquences que l'on ignore sur le statut de ces éternels "bachelors" vis-à-vis de la société tout entière où le mariage revêt une importance capitale pour affirmer son statut social. Les prévisions les plus alarmantes parlent de frustrations grandissantes et de comportements violents comme celles que l'on constate en Inde. Si l'on n'en est pas encore là, revenons sur les causes de ce phénomène.
119,45 petits garçons pour 100 petites filles
Dès le début de la politique de l'enfant unique, un déséquilibre est apparu entre le nombre de naissances de fillettes et de petits garçons. Et la situation n'a fait qu'empirer depuis. En 1982, naissaient 108,5 garçons contre 100 filles. En 1990, ils étaient 111 contre 100 et en 2005, le chiffre a grimpé jusque 119,45 naissances de petits garçons contre 100 naissances de petites filles. Et si au début, seules 18 provinces étaient touchées, toutes les régions et provinces de Chine sont aujourd'hui concernées par cette disproportion. A Hainan, province affectée de façon alarmante par ce phénomène, on compte 130 naissances de garçons pour 100 de filles?
Quel avenir pour la société chinoise ?
Les autorités locales tentent d'endiguer ce phénomène et la propagande fait désormais l'éloge des filles - ou en tout cas du retour vers plus d'harmonie sociale. Mais les traditions ont la dent dure. Historiquement, les familles préféraient avoir un garçon pour l'envoyer aux champs. Aujourd'hui, la prédilection pour un héritier masculin s'explique pour des raisons de fierté et de transmission du nom de famille aux générations futures? Et s'il est officiellement interdit de divulguer aux futurs parents le sexe de son enfant, il existe partout des praticiens peu scrupuleux qui se laissent corrompre contre quelques billets. Le tri s'effectue dans la plupart des cas avant l'accouchement, par avortement sélectif. Avec pour effet pervers immédiat : ces parents qui ont tant désiré un garçon désespèrent aujourd'hui de lui trouver une épouse !
Et le problème est plus frappant encore à la campagne, chez les personnes les moins aisées, qui ne peuvent payer ni dot ni maison ; alors que les femmes deviennent des marchandises de luxe que les parents n'hésitent pas à échanger à prix fort. A cela s'ajoute leur désir d'émancipation : les jeunes femmes sont de plus en plus nombreuses à quitter la pauvreté des villages pour tenter leur chance en ville. Vous pensiez que les Shanghaiennes sont de véritables tigresses ? Attention, la tendance risque de s'accentuer encore dans les années à venir ! Les conséquences ne font pas attendre et on constate aujourd'hui déjà une forte augmentation des crimes comme la traite des femmes (dont certaines viennent de Corée du Nord, de Birmanie ou du Vietnam), les mariages forcés et la prostitution.
Morgane Delaisse, www.lepetitjournal.com/shanghai, Jeudi 27 juin 2013







