

La Chine tolère de moins en moins les aspirations nucléaires de la Corée du Nord? Malgré son soutien officiel au régime de Pyongyang, la deuxième puissance mondiale s'est déclarée inquiète par la programmation du lancement d'un satellite entre le 12 et 16 avril à partir de la base de Sohae, qui serait en réalité un tir déguisé de missiles nucléaires
Hu Jintao et Barack Obama s'entendent sur la condamnation de la Corée du Nord
Dans « Vies ordinaires en Corée du Nord », la correspondante du Los Angeles Times à Séoul, Barbara Demick, écrit : "Lorsqu'on observe des photographies de l'Extrême-Orient prises de nuit, on remarque une vaste zone curieusement dépourvue de toute lumière. Cet espace obscur, c'est la République populaire démocratique de Corée." Si la Corée du nord est trop pauvre pour installer l'électricité dans ses provinces, c'est parce que le gouvernement dilapide tout son budget dans le développement de l'arsenal militaire. D'après les manuels scolaires locaux, le pays se doit de contrebalancer le déséquilibre international des pouvoirs lié à l'hégémonie américaine, en devenant lui même une puissance militaire concurrente.
Un tir de fusée controversé
A force d'ignorer les directives internationales concernant la prolifération nucléaire, la Corée du Nord serait sur le point de perdre son plus fidèle allié. Lors du sommet des chefs d'Etat sur la sécurité internationale à Séoul, Hu Jintao a explicitement affirmé qu'il exhorterait la Corée du Nord à abandonner le lancement de ce satellite pour concentrer ses efforts sur le bien-être de la population. Washington, ennemi juré du "royaume ermite", ne cesse d'inciter la Chine à utiliser son pouvoir et la dépendance économique de la Corée du Nord pour calmer ses ardeurs nucléaires. Jusqu'à maintenant, Pékin a préféré le jeu des courbettes diplomatiques, plus respectueux de la sensibilité asiatique, à la pression frontale prônée par les Etats-Unis.
Mais aujourd'hui, le gouvernement chinois exprime clairement son désaccord envers les tests nucléaires du régime. Hu Jintao s'est entendu avec Barack Obama, à qui il a promis de faire tout son possible pour lutter contre la prolifération nucléaire nord coréenne. Mais la condamnation explicite de la politique de Pyongyang sera-t-elle suffisante pour arrêter le régime le plus instable du monde ? Si la Chine peut faire peser l'argument de la dépendance économique, Washington ne surestime-t-il pas son influence ? Il est difficile de prévoir la réaction d'un régime irrationnel, qui place son idéologie bien au dessus de la volonté de sortir ses populations de l'extrême pauvreté. De son côté, le gouvernement japonais prépare ses défenses anti-missiles contre la fusée qui pourrait potentiellement retomber sur leur territoire.

La Corée vue la nuit, entre développement et pauvreté
La Chine et la Corée du Nord, une entente ambiguë
La Chine a pris position en faveur de la Corée du Nord communiste depuis l'intervention des troupes de Mao Zedong en 1950, lorsque la guerre de Corée a divisé la péninsule en deux. Depuis, le parti communiste chinois a soutenu politiquement et économiquement Kim Il-Sung, puis son fils Kim Jong-Il et actuellement Kim Jong-Un.
Elle est le premier partenaire commercial de la Corée du Nord. 73% du commerce extérieur nord coréen provient de la Chine. Elle lui fournit de la nourriture, de l'énergie et des machines pour développer son industrie. La Chine représente entre 80% et 90% des importations de pétrole du pays, à des prix cassés bien en dessous du marché. Elle fournit également 45% de la nourriture importée, une aide particulièrement précieuse. Cependant, les aides reversées directement à Pyongyang vont souvent exclusivement aux militaires et le reste est revendu par le gouvernement, qui renfloue ses caisses sur le dos des associations humanitaires.
La relation de la Chine et de la Corée du Nord s'est petit à petit détériorée, car les deux nations ont emprunté des voies de développement inverses. Alors que la Chine est en pleine expansion s'ouvre économiquement, la Corée du Nord s'enfonce toujours plus loin dans la misère et dans le totalitarisme. Lorsque Pyongyang a testé un missile nucléaire en octobre 2006, la Chine a réagi en approuvant la résolution 1718 du conseil de sécurité de l'ONU, qui impose des sanctions économiques et commerciales à la Corée du Nord. Cependant, la plupart des interactions économiques de la Chine et de la Corée du Nord ne sont actuellement pas condamnées par l'ONU, s'inscrivant dans une logique humanitaire et de développement économique. En réalité, l'aide chinoise est à double tranchant. La Chine est une aide indispensable au pays sinistré mais bénéficie également de nombreux avantages économiques. De nombreuses entreprises chinoises s'implantent en Corée du Nord selon des termes avantageux car le pays possède une quasi exclusivité sur le commerce nord coréen.
La question de l'intervention militaire
Une question reste en suspend? Que ferait la Chine si la Corée du Nord décidait d'attaquer ? Sa position sur le sujet reste ambiguë. Le traité d'amitié, de coopération et d'assistance mutuelle sino-nord coréen signé en 1961 affirme que la Chine est obligée de défendre la Corée du Nord en cas d'attaque non provoquée. Ainsi, si les pays occidentaux décident d'intervenir militairement pour arrêter la prolifération militaire nord coréenne, la Chine fera face à un choix : celui de briser ou non le traité.
Certes, la Chine est inquiète par l'instabilité et l'idéologie extrême de son voisin mais elle se trouve dans une situation particulièrement délicate. Etant pour l'instant l'alliée officielle de la dictature, elle serait potentiellement épargnée par les attaques de Pyongyang. En se ralliant à la cause internationale, Pékin réveillera les tensions latentes sur ses frontières. Or sur le plan de la politique extérieure, la Chine cherche à tout prix à éviter les conflits. Ce non-interventionnisme s'est illustré lorsqu'elle a apposé son véto au conseil de sécurité de l'ONU sur la résolution concernant la Syrie.
Le communisme, une idéologie en voie de disparition
Au delà de la question délicate de l'affrontement militaire, on peut constater l'affaiblissement d'une relation historique entre deux pays qui étaient exclusivement liés par le communisme. Actuellement, La priorité de la Chine n'est plus d'appliquer strictement une idéologie mais de défendre ses intérêts économiques et une stabilité internationale. C'est pourquoi, elle est en réalité plus proche du modèle américain que du régime autoritaire nord coréen. L'idéologie et la solidarité des pays communistes avaient encore du sens pendant la guerre froide. Il n'y a maintenant plus d'unité du modèle communiste mais différents pays qui se proclament communistes et qui en réalité proposent des interprétations aux valeurs presque opposées. L'idéal d'une société sans classe où la propriété privée n'existe pas a définitivement disparu. L'URSS a explosé. La Russie est aux mains de quelques familles toutes puissantes. La Chine a adopté les valeurs consuméristes américaines et la Corée du Nord s'englue dans une dictature qui s'isole toujours plus du reste du monde?
Clara Leonard (www.lepetitjournal.com/hongkong.html) jeudi 12 avril 2012







