Dans l'Empire du Milieu, le culte de la beauté règne. De plus en plus de femmes ont recours à toutes sortes d'artifices pour correspondre aux critères de beauté occidentaux : teint de porcelaine, débridage des yeux?
L'ombrelle, l'accessoire de toute chinoise
L'apparence, un business qui rapporte
N'avez-vous jamais vu une chinoise se cacher sous une ombrelle au premier rayon de soleil ? En Chine, un teint hâlé est attribué à la paysannerie, tandis qu'une peau pâle est synonyme de richesse. Ainsi, nombreuses sont les chinoises à utiliser des lotions blanchissantes et des cosmétiques de luxe pour garder un teint clair? Ce fantasme d'une peau blanche ne s'arrête pas là. De nombreux médias ont relayé une nouvelle mode sur les plages asiatiques: le facekini, soit une combinaison dotée d'un masque de protection, empêchant ainsi tout bronzage.
Envieuses du physique occidental, certaines en viennent à des actions radicales. En effet, la Chine est deuxième dans le classement des pays consommateurs de chirurgie esthétique, devant le Brésil, avec un taux élevé d'opérations dans les mégalopoles de Pékin et Shanghai. Les pratiques les plus courantes sont le débridage des yeux (au quotidien, des autocollants à fixer sur les paupières sont en vente libre, afin d'agrandir le regard), le rallongement du nez, ainsi que les implants mammaires? Depuis 2006, l'allongement osseux, permettant de gagner quelques centimètres est interdit, suite à de nombreux échecs. Des opérations qui montrent l'impact de la mondialisation sur le pays : ainsi, même les modèles publicitaires sont le plus souvent des laowai(*), ou des Chinois aux traits étrangement occidentaux?
Avant-Après un débridement
Influencé par son voisin, la Corée du Sud, où abondent les publicités pour la chirurgie esthétique, la Chine accorde une place considérable à l'apparence au sein de ses rapports sociaux. Pour augmenter les opportunités de carrière, rester jeune à tout prix, ou tout simplement ressembler à un idéal fourni par des canons venus d'ailleurs, certaines chinoises n'hésitent plus à recourir à toutes sortes de stratagèmes. L'augmentation du pouvoir d'achat aidant, (voir l'article sur les Fuerdai, ces riches héritiers), la consommation excessive de cosmétiques de luxe et de chirurgie plastique semble être la dernière manifestation de cette recherche de beauté et d'esthétique.
Un phénomène de mode ou une réaction post-Mao ?
Une jeunesse qui puise son inspiration dans les médias : Abreuvée de clips et d'images où les actrices et chanteuses correspondent de moins en moins aux critères asiatiques, la génération chinoise 80-90, appelés les balinghous (ceux nés après la Révolution culturelle), est prête à tout pour réussir : "Personnellement, je trouve que les traits des occidentaux sont plus beaux que les nôtres. Et la concurrence sur le marché de l'emploi est de plus en plus dure, donc pour le même potentiel, la candidate choisie sera celle au physique plus agréable. On peut dire que l'apparence est un critère de recrutement dans le pays", nous rapporte Lili, diplômée en commerce. L'anthropologue Di Cheng confirme : "C'est une réalité perturbante, qui ouvre la porte à bien des dérives et favorise le boom d'une industrie très lucrative".
Un phénomène qui montre une fois de plus une société aux valeurs contradictoires avec le régime communiste de Mao : "Cette obsession à changer de peau chez nos jeunes est sans doute contestable en ce qu'elle suppose de perte identitaire chinoise au profit d'une superficialité importée d'Occident», confie un sociologue chinois «Mais après des décennies de grisaille maoïste pendant lesquelles il valait mieux ne pas s'intéresser aux choses frivoles de l'apparence extérieure, au risque d'être taxé de contre-révolutionnaire et de finir au laogai (camp de travail forcé), les choses changent. On peut comprendre que de plus en plus de Chinois aient envie de s'engouffrer sans remords dans ce nouveau marché de la consommation esthétique, même revisité par une mondialisation parfois perverse". **
Des canons de beauté qui évoluent
Réaction contre une idéologie mais aussi envers la coutume ancestrale du bandage des pieds ? (technique datant de la dynastie des Song consistant à bander les pieds des femmes au plus jeune âge afin de les rendre petits et courbés, comme le voulaient les critères de beauté de l'époque) La beauté artificielle peut être vue comme une dérive de la société actuelle mais aussi une nouvelle liberté d'expression de la part des chinoises. Elles auraient ainsi le pouvoir sur leur propre corps, mais espèrent aussi grâce à lui, réussir professionnellement et socialement.
Lucie Bousquet (www.lepetitjournal.com/pekin.html). Jeudi 28 février 2013
* « étranger » en chinois
** Article Chine : Le boum de la chirurgie esthétique, Sylvie Levey







