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VISITE GUIDÉE - Revivre les 55 jours de siège des Boxers en plein coeur de Pékin

Par Lepetitjournal Pékin | Publié le 31/10/2013 à 21:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 13:03

Tout commence lors d'un chaud été, en 1900. Les étrangers, dont les Français, ont l'autorisation de s'installer à Pékin depuis 1860 et la fin de la Seconde guerre de l'opium. Du jamais-vu dans la ville impériale. Ils résident du coup dans le quartier des légations étrangères, à quelques encablures de la Cité interdite, juste à l'est de l'emplacement actuel de la place Tian an men. La tension est à son comble… Le guide-conteur danois Lars Ulrik Thom tient son auditoire aux aguets. Avec force gestes et mimiques, il raconte un épisode peu connu de l'histoire pékinoise, tout en déambulant dans les rues qui ont constitué le décor de son récit. C'est là tout l'intérêt des tours proposés par sa société Beijing Postcards, avec les chambres de commerce suédoise ou danoise : allier le plaisir de la balade à celui d'une conférence  éclairée et vivante, étayée par plusieurs photos d'époque pour finir le voyage.

En 1900 donc, ce nouvel accès au marché chinois pour les étrangers a dérangé quelques potentats locaux, défait quelques fortunes établies. Le ressentiment est aussi nourri par une certaine arrogance des forces occupantes. Depuis le Shandong, de nombreux déçus montent à la capitale.  Il ne s'agit pas d'une organisation homogène, mais d'un conglomérat de frustration. Portant fièrement en signe de ralliement la couleur rouge sur leurs vêtements, ils ne cessent le soir de crier à l'encontre des étrangers. Il faut chasser ces démons qui remettent en cause l'ordre impérial. Les Occidentaux les appelleront les Boxers, pour moquer leur croyance en la supériorité du kung-fu face aux armes à feu, mais eux-mêmes se nomment Yi He Tuan, union de la justice et de la concorde.

Assassinat de Von Ketteler

Le 20 juin 1900, alors que le diplomate allemand Clemens Von Ketteler se dirige, dans sa chaise à porteurs, vers le ministère des Affaires Étrangères pour protester contre ce climat délétère, il est abattu par un officier de l'armée impériale à un barrage. La visite guidée commence d'ailleurs juste à l'entrée sud du parc Zhongshan, où se dresse une arche, autrefois érigée à Dongdan (cf photo ci-contre, ©Beijing Postcards), avec excuses impériales officielles sur le fronton. Après la Première guerre mondiale, et la défaite de l'Allemagne, les excuses seront effacées et l'arche déplacée à son emplacement actuel.

Clemens Von Ketteler n'a pas été choisi par hasard, coupable de plusieurs actes de brutalité envers des résidents pékinois. Le lendemain de la mort du diplomate marque le début du siège de 55 jours. En effet, les légations étrangères réalisent alors deux choses : d'abord l'armée impériale, et donc le gouvernement, soutiennent les Boxers. Le pouvoir Qing est faible, divisé. Mais plus qu'un soutien solide au mouvement, c'est un appui versatile, de peur que le mécontentement populaire ne se retourne contre lui. Ensuite, les Occidentaux réalisenbt que cette armée impériale encercle de facto le quartier des légations...

Le parcours selon le plan de l'ancien quartier des légations (©Beijing Postcards).

12 ans en Chine

Le guide Lars Ulrik Thom s'exprime en anglais, avec un petit accent guttural sans conséquence. Un conseil cependant, rapprochez-vous un maximum, le bruit de la circulation couvrant parfois, subrepticement, le son de sa voix. Après 12 ans de présence en Chine, un diplôme universitaire de chinois, il a décidé avec son ami Simon Gjeroe de vendre des cartes postales, mais surtout les histoires qui s'y attachent. C'est comme ça qu'après l'ouverture d'une boutique à Nanluoguxiang, ils ont décidé d'organiser ces visites guidées, qu'ils nourrissent grâce aux archives européennes, aux vieux journaux chinois, et aussi aux témoignages de professeurs académiques comme de vieux pékinois ordinaires. Ainsi, notre Danois peut-il nous raconter la révolution des Boxers.

Aujourd'hui, bon nombre de bâtiments de l'ancien quartier des légations ont bien sûr disparu, remplacés notamment par de nombreux offices de sécurité. Mais à l'époque, ce quartier, qui à la différence des concessions, était toujours sous loi chinoise, s'entourait d'une épaisse muraille (cf photo ci-contre, ©Beijing Postcards). A la place de la rue Zhengyi Lu, perpendiculaire à l'avenue Chang'An, s'étendait une rivière, entre les légations japonaise et anglaise. Cette dernière va d'ailleurs devenir pendant le siège, le refuge des 500 civils étrangers coincés sur place. La légation britannique est en effet la seule hors d'atteinte des murailles de l'enceinte, en cas d'offensive ennemie. La population assiégée est défendue par 450 soldats. 3000 civils chinois, dont beaucoup de convertis catholiques, viennent aussi chercher refuge dans les légations. Ils seront froidement accueillis, par méfiance et dédain, mais pourront quand même améliorer leur situation en plaçant les sacs de sable de défense.

Le feu à l'académie

Le 23 juin, l'académie impériale Hanlin, qualifiée de "Oxford ou Cambridge de Pékin" par Diana Preston, spécialiste de la révolution des Boxers, est brûlée avec beaucoup de ses précieuses archives par le général Dong Fuxiang, Boxer à la tête d'une féroce troupe de soldats musulmans. Son but : que le feu, avec le vent du Nord au Sud, se propage aux légations. C'est un échec. Les assiégés se résolvent pendant ce temps à consommer les chevaux de course, tout en partageant cigares et champagne, en nombre sur le site. Le cinquième jour, un cessez-le-feu est demandé par les autorités impériales. Bertram Lenox Simpson, un des assiégés britanniques, a raconté comment l'émissaire choisi pour négocier par les légations fut un vieux chinois, affublé d'une paire de gants blanches pour lui donner un air plus officiel. Beaucoup de témoignages de l'époque sont d'ailleurs le fait d'assiégés occidentaux, plus coutumiers des carnets intimes ou autres écritures épistolaires. Un point de vue contrebalancé ensuite avec les récits communistes, faisant de véritables héros de ces boxers qui ne se sont pas laissés faire face aux étrangers.

La banque Yokohama avant (©Beijing Postcards)...

Un gouvernement chinois indécis

Il y aura beaucoup de cessez-le-feu durant les 55 jours, illustration de l'irrésolution d'un gouvernement chinois tiraillé. Les plus modérés de ses membres redoutent un suicide diplomatique. De nombreuses églises sont quand même détruites, mais l'une résiste, celle de Beitang, dans un quartier autre que celui des légations, protégée pourtant par seulement 30 soldats. A sa tête, l'évêque français Favier, sinophone, dont beaucoup de boxers illettrés craignaient les pouvoirs magiques. Mais si le site de Beitang a survécu, c'est probablement surtout à cause de l'irrésolution sus-mentionnée, l'absence de volonté de gagner. Les légations pouvaient d'ailleurs pendant les trêves acheter… des armes aux Chinois !

Côté Français, il faut noter le 13 juillet, quand un tunnel piégé construit par les Boxers sous la légation française fait 2 morts. Loin d'en payer le prix, le diplomate français Stephen Pichon deviendra bien plus tard le ministre des Affaires Etrangères.

... La banque Yokohama après (photo JCB).

L'armée de secours

Pendant le siège, à Tianjin, le gros des troupes occidentales, seul espoir de secours, attend, après une première tentative avortée. Après de nombreuses tractations où chaque pays défend déjà ce qu'il pourrait obtenir en cas de défaite du gouvernement chinois, une coalition de 8 troupes coloniales envoie enfin une armée de libération de 11 000 soldats, qui, alors que le gouvernement chinois fuit, ne fait qu'une bouchée de l'armée chinoise et libère des assiégés dans leurs habits du dimanche pour l'occasion, mais dont les regards hagards et les visages émaciés ne trompent pas. Le nombre de soldats montera par la suite jusqu'à 40 000, y compris à l'intérieur de la Cité interdite, soit le début dune longue période de souffrance pour la population chinoise, qui aura finalement beaucoup perdu avec cette révolution des Boxers.

Arrivé près de la porte Qian Men (cf photo ci-dessous), Lars Ulrik Thom ne manque pas de rappeler que les deux pans de cette porte ont été détruits l'un par les Boxers chinois, l'autre par les soldats indiens sous drapeau britannique. Un exemple de la responsabilité partagée des protagonistes de la révolution des Boxers. Après ce mot de conclusion, petite cerise sur le gâteau pour les guidés, avec l'offre d'un rafraîchissement aux côtés de photos historiques grand format issues de leurs recherches, idéal pour parachever le voyage historique.

Joseph Chun Bancaud (lepetitjournal.com/pekin) Vendredi 1er novembre 2013

Magasin : Beijing Postcards - 85-1 Nanluogu Xiang - Dongcheng District 100009, Beijing

Email: beijingpostcards@gmail.com

Site :

A partir de l'année prochaine, il y aura aussi 5 nouveaux trajets uniquement consacrés à la Cité interdite (politique, vie quotidienne, religion, sex in the city, de la dynastie Qing à la République)

Prix : 250 yuans par personne

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