

De passage en Chine dans le cadre d'une tournée organisée par le réseau des Alliances Françaises du pays, Sydney Valette a participé le 29 avril, à Pékin, au festival de musique Midi. Série de premières pour le jeune artiste qui a vécu son tout premier festival, pour sa première tournée et sa première fois en Chine. Il a d'ailleurs eu droit à un baptême mouvementé entre bouchons du 1er mai, vent perturbateur et hôtel introuvable. Récit d'une journée mémorable dans la vie de Sydney Valette.
Il est 7h30 du matin. Sydney Valette, artiste bordelo-parisien de 26 ans, a quelques petites minutes de retard. La fatigue de la tournée commence à s'accumuler, après une semaine de concerts à Wuhan, Hangzhou, Shanghai, Tianjin et Pékin, et de mauvaises nuits de sommeil. Le temps d'un petit café à son hôtel, et il faut prendre la route du Midi festival, dans le district de Pinggu, à quelque 1h30 de route? en temps normal, mais la journée va très vite s'avérer loin d'être un long fleuve tranquille.
Bison futé aurait vu rouge
Ce lundi marque le premier des 3 jours de vacances que connaît le pays pour fêter le 1er mai. Et comme lors de tout congé national, c'est un flot de voyageurs qui déferle sur l'autoroute, profitant de son temps libre et du climat magnifique pour sortir de la capitale. Jusque-là, rien de dramatique. Le monospace affrété par l'Alliance française (AF) roule, bien qu'au ralenti. Il permet même à Sydney Valette et Mike Theis, son collaborateur musical, d'apprécier l'aire d'autoroute, dont les toilettes industrielles n'ont aucun mal à accueillir le flux de voyageurs. Pauline Seguin, responsable des affaires culturelles de l'AF en Chine, en profite pour régler un problème imprévu dans l'agenda : l'annulation du Zebra festival, dans le Sichuan, à cause du récent tremblement de terre. Les deux artistes en seront quitte pour une courte étape touristique à Chengdu.
Une fois quittée l'autoroute, les bouchons s'intensifient : manque de chance, l'hôtel du soir réservé par le festival, et où il est prévu de passer avant d'aller au Midi, est à côté d'un vaste verger de pêchers en fleurs. Le paysage charmant attire tous les Pékinois en villégiature ! Pour Sydney Valette, c'est l'occasion de toucher du doigt les désagréments de la multitude chinoise. Même s'il est conscient que son rapport à la Chine reste limité dans le cadre d'une tournée. "Avec les hôtels et le confort de la prise en charge, je ne rentre pas dans l'intimité des Chinois". Sauf ce matin, quand il voit malheureusement en une matinée, deux accidents puis la carcasse en deuil d'une voiture ayant pris feu, qui lui rappelle la conduite sportive d'un chauffeur de taxi lors du premier jour à Wuhan.
Flippe total vs k?an
De son expérience chinoise, Sydney Valette retient aussi jusqu'à présent "le réel désir des Chinois de montrer qu'ils sont capables", et la force de travail. Côté professionnel, si l'ingénieur du son était excellent à Shanghai, l'expérience fut un peu différente à Wuhan : "Les Chinois ont tout ce qu'il faut niveau matériel. L'ingénieur du son à Wuhan faisait même son contrôle du son avec un Ipad, je n'avais jamais vu ça. Mais il n'assurait pas forcément derrière. Il faut dire pour sa défense qu'il devait être plus habitué à calibrer du rock que de l'électro, et qu'en France aussi, les niveaux entre les ingé-son sont très inégaux."
Dans la voiture, devant l'impossibilité d'avancer, décision est prise d'aller directement au festival, où un rendez-vous était fixé à 11h pour régler la balance des sons, passage obligé avant tout concert. Le temps défile, 11h30, 12h, et le stress pointe car passées 13h, le "sound check" ne sera plus possible, a prévenu l'ingénieur du son. Si l'angoisse de Mike Theis, "en flippe total", est palpable, Sydney Valette reste calme. Sérénité de façade ou influence des k?an, petites phrases japonaises à l'enseignement zen que l'artiste aime lire? La navette arrive à bon port à 12h45. Trop tard, sachant qu'il faut 30 mn à 40 mn pour monter, raccorder le matériel sur scène et vérifier les sons. C'est le début de fermes négociations avec l'ingénieur du son. Quand faire le sound-check? De combien de temps Sydney Valette va-t-il disposer? Avec l'aide précieuse et en chinois de Pauline Seguin, ils évoquent même l'annulation du concert, histoire de peser dans la balance. Mais la première de Sydney Valette ne sera fort heureusement pas avortée. Tout le monde s'accorde sur une demi-heure de montage, quitte à empiéter sur le set de 40 mn. Mieux, le désistement d'un autre groupe de musique leur permet au final de monter le matériel dès le début de l'après-midi.
Père musicien de jazz
Enfin, il est alors temps de souffler un peu, d'établir une playlist decrescendo pour coller à l'énergie du groupe qui les précède sur scène, à savoir le hard rock/métal de Bad Mamasan. Temps de profiter du site, station de ski reconvertie pour l'occasion, où les festivaliers encore peu nombreux sont supplantés par des gardes entre curiosité et ennui total. Temps de laisser Sydney Valette se présenter un peu. Comprendre que son père, musicien et chanteur de jazz, a été une belle ouverture au monde musical, et que les cours de piano classique et de jazz dès l'âge de 9 ans ont accompagné sa jeunesse, avant de passer à l'électro, au synthé et au chant.
Il explique que ses influences viennent du cold wave, minimal wave des années 80 en France qui ont inconsciemment bercé son enfance, avec par exemple Taxi Girl, mais aussi de la chanson à texte anglaise des années 90. Il aime les chants sacrés et folkloriques. A 18 ans, il commence ses 4 ans d'études de philosophie, mais aussi ses premières chansons, et sort finalement un premier album en 2011, intitulé "Plutôt mourir que crever". Un titre qui reflète la poésie de ses textes, qui touche à l'absurde, détournant le minimalisme du quotidien, même si ses chansons sont aujourd'hui moins écrites avec moins de walk-over et plus de voix. On y retrouve aussi le thème de l'autodestruction et son pendant, la catharsis, le remède exutoire. "Il s'agit de détruire pour mieux reconstruire".
Maturité
Se reconstruire aussi. "Cette fois, il y beaucoup de chansons qui parlent d'amour, c'est une bonne digestion de ce qui m'est arrivé". L'artiste n'en dira pas plus, mais il transpire de ses propos une plus grande expérience et assurance dans le vécu amoureux. Ce qui explique le passage d'un album associé à l'enfance, acidulé, à une musique plus punk, plus rapide avec des mélodies plus wave, et une voix chantée plus grave. Une maturité apportée aussi par Mike Theis, 38 ans, qui l'accompagne sur scène pendant la tournée. "Et puis d'être avec une personne permet aussi de moins te replier dans ton truc" explique Sydney Valette.
Le soleil descend à l'horizon, il faut aller se préparer. Les festivaliers chinois toujours plus nombreux s'agglutinent devant les 4 scènes du festival, enchaînant devant l'une, électrisés par un groupe de hard rock, les pogo (bousculade volontaire), slam (un porté à bout de bras par la foule) et cornes du diable que l'on retrouverait chez leurs homologues occidentaux. Hélas, les mésaventures continuent par contre pour Sydney Valette et Mike Theis. La scène où ils doivent se produire est la seule qui donne prise au vent. Il a fallu la débâcher, et leur concert qui devait avoir lieu à 18h20 est repoussé deux heures plus tard !
Hôtel introuvable
Enfin, à 20h40, après des ultimes problèmes de micro, brut de décoffrage, Sydney Valette peut laisser libre cours à son énergie, et relâcher toute la tension accumulée pendant l'attente. Et l'artiste délivre, prenant possession de la scène, sautillant ou à 4 pattes. Une sorte de colère hystérique que sa voix douce ne pouvait laisser imaginer. S'il faut deux chansons pour que le public chinois adhère, ce dernier semble ensuite toujours plus bruyant après chaque morceau, et conquis à la fin de la performance. Deux minutes après être descendu de scène, Sydney Valette reprend lui encore son souffle.
Son premier festival se termine, mais pas ses aventures du jour. Après avoir profité du concert d'un groupe taïwanais, il reprend la route, direction l'hôtel réservé par le festival. Sauf qu'il est tout simplement introuvable, malgré les indications au téléphone de la réceptionniste ! C'est donc finalement à leur point de départ, l'Holiday Inn de Chunxiu Lu, que Sydney Valette et Mike Theis arrivent à 00h40. Fin d'une longue étape d'un parcours qui doit encore les conduire à Chengdu, Hong-Kong et Séoul, pour d'autres premières mémorables.
Joseph Chun Bancaud (lepetitjournal.com/pekin) Vendredi 3 mai 2013
Notes :
Le blog de Sydney Valette
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L'exposition Norev-Over ou les réalités d'une nouvelle expression photographique







