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FÊTE DE LA MUSIQUE - Voyage dans les steppes mongoles, à dos d'Ajinai

Par Lepetitjournal Pékin | Publié le 18/06/2014 à 19:40 | Mis à jour le 20/06/2014 à 02:45

A l'approche de la Fête de la musique, ce samedi 21 juin, lepetitjournal.com/pekin vous propose cette semaine d'aller chaque jour à la rencontre d'un musicien ou d'un groupe, chinois ou français, connu ou moins connu. Après ?? Dongzi, Byga et ?? Fu Sha, nous vous emmenons dans le sillage d'Ajinai, groupe chinois entre world et folk mongole.

Quand les cinq membres d'Ajinai se mettent à rire ensemble au souvenir de Louis de Funès, les steppes mongoles apparaissent sous un nouveau jour. Il en va de même avec leur musique, entre chant folk ancestral et créations originales, qui ne refusent pas les influences étrangères. Que ce soit dans le texte, dans la voix ou dans les instruments, Ajinai nous parle des peuples nomades du nord de la Chine, faisant de sa musique une monture libre qui nous emporte au galop. Morceaux choisis.

De gauche à droite : Erdenorgile, 33 ans, chanteur, khöömei, Mongolie Int. / Hugjiltu, 30, fondateur, chanteur, khöömei et multi-instrumentiste, Mongolie Int. / Li Zhe Wei, 34, guitariste, Xinjiang / Burenbayar, 28, batterie, Mongolie Int. / Qiu Wei Ming, 32, bassiste, Shangdong (photo JCB)

L'origine du nom :

"Nous avons adopté ce nom conseillé par un ami photographe parce qu'il raconte notre groupe de plusieurs façons. Ajinai vient au départ d'un dialecte local d'Inde. Selon un mythe, il y a très longtemps, un roi avait un cheval vert divin, qui s'appelait Ajinai. Quand le bouddhisme est arrivé en Mongolie, comme nous sommes un peuple qui aime aussi les chevaux, nous appelions les meilleurs d'entre eux Ajinai. Un nom qui vient de l'étranger pour finalement être adopté en Mongolie, c'est significatif de notre musique, parce que nous avons beaucoup d'influences étrangères, rock ou jazz par exemple, mixées avec du folk mongol. C'est une forme de liberté, comme les chevaux de Mongolie."

Les textes :

"Su Cao ?? (Herbe) est un exemple de chanson qu'on écrit nous même. Que ce soit en Mongolie intérieure ou au Xinjiang, nous avons grandi dans de vastes prairies et de beaux paysages. Ces images d'enfance sont en train de changer, elles sont de moins en moins vertes. La chanson parle d'un espoir que l'énergie d'un brin d'herbe va réussir à transpercer le sol gelé par le froid. Ce brin d'herbe pourra ensuite permettre de retrouver le paysage d'avant.



Yi dui zhuozi ???? (Une paire de bracelets) est un exemple, datant de la dynastie Qing, de chanson folk traditionnelle, souvent des chansons d'amour. Un jeune éleveur de moutons tombe amoureux d'une princesse, mais elle est promise à un autre. Le jeune homme sait son amour impossible, donc il fait ces bracelets, disant que tant qu'ils vivent, il y aura bien un jour où ils se reverront. Cette chanson montre que les peuples nomades comme les Mongols ont, quant à l'amour, une persévérance forte, ils n'abandonnent pas."

Les instruments utilisés :

Outre la basse, la guitare et la batterie, sans oublier le khöömei, chant de gorge mongol, Ajinai utilise aussi des instruments traditionnels comme le morin khuur, violon mongol à tête de cheval ou le taobushur. "C'est un instrument utilisé dans la partie ouest de la Mongolie, surtout dans la population mongole du Xinjiang. Là-bas, il y a une danse traditionnelle à 12 mélodies avec le taobushur, et à chaque fois que la mélodie change, les danseurs doivent aussi changer leurs danses."

Le développement culturel depuis qu'ils sont à Pékin :

"Le groupe a été constitué il y a 5 ans, mais nous sommes arrivés en 2003-2005. A cette époque, il n'y avait pas autant de bars. Nous habitions à Huoying, un village d'artiste parce que la vie n'y était pas chère, et nous pouvions rencontrer de nombreux artistes. Puis les projets immobiliers sont arrivés, les prix ont augmenté, et ces villages n'existent plus. Beaucoup d'artistes préfèrent vivent au Yunnan maintenant."
"Le niveau d'écoute du public chinois augmente, mais il faut du temps pour que les chants de minorités ethniques deviennent populaires. C'est encore restreint à de petits cercles. Mais il y a aussi de plus en plus de diversité musicale, et les gens commencent à avoir le choix."
 
Les parents :

Qiu Wei Ming : "Au début, ils n'étaient pas d'accord, ils voulaient que j'apprenne le sport. J'ai fait du volley-ball pendant 10 ans, je suis même diplômé de l'université, mais je m'entraînais moins au volley qu'à la basse dans mon dortoir (rires). Finalement, après mon diplôme, mes parents ont compris qu'il n'était pas possible de me faire changer d'avis, et ils ont accepté".

Erdenorgile : "Mes parents sont musiciens, donc ils m'ont soutenu. Ils étaient contents que je quitte la maison de toute façon" (rires)

Une influence française ?

Erdenorgile : "Hélène, j'adore cette chanson !"

Li Zhe Wei : "Il y a aussi les vieilles chansons françaises avec l'accordéon, comme dans le film Amélie Poulain".

Hugjiltu : "Toutes les comédies françaises. On en regardait beaucoup quand on était petit. Il y avait cet acteur, le petit vieux au grand nez [rires, il mime et acquiesce au nom de Louis de Funès]. Dès qu'il y avait un de ses films, on était content"

La Fête de la musique (Ils ont participé à la première édition à Pékin) :

Hugjiltu : "J'en avais entendu parler avant : en France, quand c'est le jour le plus long, les villes et les campagnes font la fête pendant toute une journée. C'était présenté comme ça. Ma façon de voir, c'est que le soleil est la chose la plus importante pour les hommes, donc ce jour est très important, comme une célébration de remerciement au soleil. C'est comme les fêtes mongoles qui font honneur à la pluie et à la nature."

Erdenorgile : "Nous voulons participer pour rencontrer le public français. Et cette année, il y aura un jam avec la danseuse française Inko Di Ö."

Hugjiltu : "Nous, on est indemnisé, mais j'ai quelques réserves sur la gratuité, parce que certains musiciens ont quand même besoin de la musique pour vivre."

Un espoir quant aux effets de leur musique :

"D'abord, la musique, c'est une émotion. Mais derrière, il y a un sens. Il y a donc deux étapes différentes : la première est passive, pas besoin de réfléchir mais pour la deuxième, on peut choisir ce qu'on veut entendre. En Chine, la majorité reste à la première étape. Notre but, notre espoir est de les empoigner pour les emmener vers la 2e étape" (rires).



Propos recueillis par Joseph Chun Bancaud (lepetitjournal.com/pekin) Jeudi 19 juin 2014

Pratique.
Ajinai jouera le samedi 21 juin au 2Kolegas, vers 16h.

Le site de la Fête de la musique à Pékin

Précédemment dans notre série Fête de la musique :
- Dongzi
- Byga
- Fu Sha

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