
Du fin fond de la Mandchourie au 20e arrondissement de Paris, retour sur l'étonnant parcours de Xu Gei Fei, directrice de la maison d'édition éponyme, à travers trois ouvrages "fondateurs". Si les deux premiers sont déjà disponibles, le dernier Au bord de l'eau sort en octobre. Focus.

Autobiographique, l'ouvrage relate le parcours de Xu Gei Fei, de sa naissance dans un camp forestier en Manchourie en 1979, à son ancrage à Paris, trente ans plus tard. Entre les deux, nulle ligne droite, mais une succession d'étapes et de rencontres, dont l'une est justement à l'origine de ce récit. En 2008, la jeune femme lâche un poste confortable dans le commerce international pour, littéralement, "faire des livres". Autodidacte, Fei a toujours été fascinée par ces derniers, "symboles du savoir". A cheval entre deux cultures, elle décide de lancer en France sa maison d'édition dédiée à la BD chinoise. Simple sur le papier, le projet peine à convaincre les investisseurs.

S'en suit une période délicate pour la jeune femme, jusqu'à sa rencontre avec Patrick Marty, scénariste/réalisateur. A deux, ils vont entreprendre de raconter une histoire, la sienne. Chaque jour, elle parle ; lui transcrivant par écrit ses mots à elle ; avant une relecture à deux voix. Sans auto-complaisance, Petite Fleur de Mandchourie vise à "faire passer un message d'espoir, montrer à des gens comme moi que tout est possible". Et la belle histoire se poursuit avec en projet, l'adaptation cinématographique du livre, dont le scénario est cosigné par Patrick Marty, devenu depuis son mari.
Juge Bao, « Le Phoenix de Jade », éditions Fei (2010)
Premier né des éditions Fei, le tome 1 des aventures du Juge Bao illustre bien le concept de la maison : promouvoir la bande-dessinée et les artistes chinois auprès des Français, via des collaborations biculturelles. Personnage historique (999-1062) et très populaire dans l'Empire du Milieu, le Juge Bao "incarne un idéal de justice et symbolise la lutte sans concessions contre la corruption", dixit Patrick Marty, scénariste de la BD. L'auteur français s'est emparé de l'incorruptible magistrat pour signer une enquête originale, mise en image par le dessinateur chinois, Chongrui Nie.
Après plus d'un an de gestation, l'ouvrage est présenté au festival de la bande-dessinée d'Angoulême en 2010 : "Un carton !", se souvient l'éditrice. Véritable phénomène, le tome 1 de Juge Bao s'écoule à 630 exemplaires en un week-end. Depuis, trois opus sont venus compléter la série et la sortie du tome 5 est prévue en mai 2013. En parallèle, le catalogue s'est enrichi d'autres titres scénarisés par des auteurs français et illustrés par des graphistes chinois : La balade de Yaya, une série pour les enfants, signée Jean-Marie Omont et Golo Zhao ; les deux tomes de Shi Xiu (Nicolas Meylaender/WU Qing Song) ; et une BD dédiée au massacre de Nankin (Nicolas Meylaender/Zhou Zong Kai).

Au bord de l'eau, éditions Fei (2012)
Disponible à partir d'octobre, Au bord de l'eau, le petit dernier des Editions Fei, se distingue des précédents ouvrages, tant par son ambition que par sa forme. Il s'agit de l'adaptation intégrale d'un des quatre grands romans classiques de la littérature chinoise. L'éditrice en a racheté les droits, puis transcrit les textes, avant de les mettre en images : "Notre projet le plus lourd à ce jour". Le résultat : un coffret compilant 30 petits volumes illustrés, dont le format réduit est un clin d'œil aux BD chinoises bon marché de son enfance à Changchun.
Question : le public gaulois sera-t-il sensible à ce récit d'aventures, contant la lutte de bandits contre la corruption et les puissants dans la Chine médiévale ? Cela n'inquiète pas outre-mesure l'éditrice. Pour Fei, certains thèmes comme l'enfance, la guerre, la justice… fédèrent les lecteurs au-delà des cultures. Pour preuve, le succès de Juge Bao en France, au même titre qu'un Robin des Bois. "Et les Français sont curieux de la Chine". En outre, l'éditrice estime que certains auteurs ont vocation universelle. C'est le cas par exemple de Victor Hugo, qu'elle a découvert, plus jeune, par le biais d'une version illustrée de Notre-Dame de Paris. Ultime argument d'appel pour les lecteurs : le prix du coffret, tout doux au regard de sa qualité (79 € les 30 petits volumes).
Barbara Guicheteau (www.lepetitjournal.com/istanbul ) mardi 11 septembre 2012







