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Série : Trois documents pour comprendre la Nouvelle-Zélande

Alors que presque tous les pays du monde possèdent une constitution, la Nouvelle-Zélande est l’un des rares à ne pas en avoir une. Elle est remplacée par plusieurs documents fondamentaux, devenus l’essence du pays : la déclaration d’indépendance de 1835, le traité de Waitangi de 1840 et la pétition “Monstre” de 1893. Que sont-ils et pourquoi sont-ils si importants?

Carte de la nouvelle-zelande et drapeauCarte de la nouvelle-zelande et drapeau
Écrit par Nina Treguer
Publié le 18 janvier 2026, mis à jour le 19 janvier 2026

La pétition Monstre et le combat pour le droit de vote des femmes

En 1893, la Nouvelle-Zélande devient le premier pays au monde à donner le droit de vote aux femmes, 51 ans avant que la France lui emboîte le pas. Et ce, grâce à un document décrit comme “monstrueux”.

Le mouvement pour le droit de vote des femmes dans le pays commença au début des années 1880, largement guidé par l’organisation Women’s Christian Temperance Movement. Au départ, la revendication politique était un moyen de se battre pour l’interdiction de l’alcool, avant de devenir une fin en elle-même. Plusieurs pétitions pour le droit de vote des femmes furent déposées dans les années qui suivirent, sans succès, malgré le nombre grandissant de signatures. En 1892, six pétitions rassemblant un total de 20 000 signatures furent rejetées. Alors, les suffragettes redoublèrent d’efforts et le 11 août 1893, le député Sir John Hall laissa se dérouler, avec une grande théâtralité, une nouvelle pétition longue de 270 mètres devant les députés de la chambre des représentants. Appelée la pétition “monstre” ou Te Petihana Whakamana Pōti Wāhine, elle regroupait à elle seule plus de 25 000 signatures. 12 autres pétitions ont été soumises au parlement ce jour-là, permettant d’atteindre le nombre inégalé de 31 872 signatures. Le 19 septembre, les femmes obtinrent enfin le droit de vote grâce à l’Electoral Act et 109 461 d’entre elles votèrent aux élections générales même pas deux mois plus tard. 

 

Petition monstre

La pétition Monstre / Crédits : Bibliothèque Nationale à Wellington

 

La femme derrière tout ça

La Nouvelle-Zélande doit cette avancée historique à la féministe Kate Sheppard, née Catherine Wilson Malcolm à Liverpool. Ce fut elle qui, dans sa maison à Christchurch, se chargea de coller chaque morceau de pétition récolté dans tout le pays, autour d’un manche à balai, pour atteindre le nombre impressionnant de 546 feuilles. L’obtention du droit de vote marqua le début de son combat politique pour les droits des femmes, allant du droit à la contraception à celui du refus de porter le corset. Kate Sheppard décéda en 1934, un an après que une femme, Elizabeth McCombs, fut élue au parlement néo-zélandais pour la première fois – les femmes étaient interdites de se présenter jusqu’en 1919. En 1991, Kate Sheppard remplaça la reine Elizabeth II sur les billets de banque de 10 dollars néo-zélandais. 

Kate Sheppard
Kate Sheppard / Crédits : Bibliothèque Nationale à Wellington

Pour vous donner quelques idées de visites en Nouvelle-Zélande, la maison de Kate Sheppard se trouvant à Christchurch près de l’université de Canterbury est aujourd’hui ouverte au public. Par ailleurs, la pétition “monstre” existe toujours et il est possible de voir ce document historique à la bibliothèque nationale de Wellington. Le Te Tiriti o Waitangi et la déclaration d’indépendance, les deux autres documents constitutionnels du pays, sont aussi exposés là-bas!

 

La Nouvelle-Zélande peut ainsi être considérée comme pionnière dans la lutte pour la reconnaissance des droits des femmes, ayant en 2022 atteint la majorité féminine au Parlement, devenant le sixième pays à réaliser la parité parlementaire après le Rwanda et Cuba.

 

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