Célia Chabut : une actrice caméléon entre improvisation et détermination

Par Clotilde Richalet | Publié le 28/10/2021 à 22:30 | Mis à jour le 28/10/2021 à 23:58
L'actrice Celia Chabut sur scène en Nouvelle-Calédonie

S’ils ont quitté la Nouvelle Calédonie, la Nouvelle Calédonie ne les a jamais quittés. Éloignés pour quelques semaines ou plusieurs années, ils sont la preuve que l’on peut avoir des racines et des ailes. Partons ensemble à la rencontre de ces Calédoniens explorateurs, voyageurs, créateurs…

 

Aujourd’hui j’ai RDV avec Célia Chabut. Auteure, interprète et créatrice de ses propres personnages, Célia peut enfiler la robe de Roxane dans Cyrano De Bergerac comme celle de La Belle au bois dormant dans Massacre à la Princesse avec un aisance déconcertante.  

 

Son parcours : d’une île à une autre – du classique au clown – du conservatoire d’Avignon à son Festival

Célia est née en Corse à Bastia. Ses parents sont des aventuriers, après 2 tours du monde à la voile, ils posent leurs valises sur l’Ile de Beauté où Célia passe ses jeunes années entre Bastia et le Sud-Ouest de la France. C’est à ses 14 ans que ses parents décident de partir pour une nouvelle aventure : direction la Nouvelle-Calédonie. A peine arrivés ils ont un coup de cœur pour Lifou où ils larguent les amarres : 

  

En pleine adolescence j’ai quitté tous mes amis du milieu « grunge » du Sud de la France pour arriver en pleine brousse à Lifou où tout était très connecté à la nature et plein de belles valeurs que je n'avais pas encore découvertes en France. Ça a été un très beau choc culturel. 

 

Célia intègre le Lycée Lapérouse où elle commence les cours de théâtre, elle sentait qu’elle avait ça en elle depuis toute petite. Enfant elle aimait faire des spectacles, à chaque fin de repas elle réunissait toute la famille pour faire des sketchs. En Calédonie elle découvre de nombreuses troupes de théâtre qui lui apprennent beaucoup. 

 

Après le bac elle décide de partir en France et intègre le Conservatoire d’Avignon. En plus de cette formation elle enchaine les petits boulots et fait de la figuration, devient chauffeuse de salle pour des émissions de télé, et enchaine des stages de clown… A son retour en Nouvelle-Calédonie elle tape aux portes des compagnies avec lesquelles elle avait joué plus jeune et fait la rencontre de Catherine Dinevan qui l’accompagnera tout au long de sa carrière.

Entre spectacles pour enfants et des pièces classiques, Célia trouve son style et l’aiguise jusqu’à nous offrir aujourd’hui son « Massacre à la Princesse » pure création Calédonienne avec ses complices Sam Kagy et Maîté Siwene.

** Info : le spectacle est joué actuellement à Paris au Théâtre de Dix Heures à Paris tous les mardis et mercredis jusqu’en décembre !

 

 

L’interview Mots-Clefs 

 

Si je te dis le mot : IMPRO

Célia : C'est un chouette mot, je l'aime bien celui-là. Un jour en Calédonie j’étais allé voir un match d'improvisation dans un bar; j'avais déjà fait quelques cours d'impro au Conservatoire, mais je n’avais jamais poussé l’expérience plus loin. A la fin du match j’ai demandé aux acteurs comment intégrer leur troupe. Ils m'ont répondu : « on commence par boire une bière ». Après la bière je me suis inscrite à la compagnie d'impro Ouh La La.

Très vite on est devenu une petite famille. Ça a été une super aventure humaine où j'ai rencontré des gens géniaux. On a créé des Festivals d'impro, où on a fait venir des troupes de France, de Belgique ou de Tahiti. On faisait des matchs pendant 3 semaines avec d'autres artistes où tout fuse et où on apprend plein de choses les uns des autres. 

L'impro est vraiment quelque chose qui m'a permis d'évoluer sur le plan artistique. Ça m'a permis d'aller encore plus loin dans la création ; d'aller plus loin dans mon imaginaire et de me laisser surprendre par l'imaginaire des autres.

L’année dernière avec Guénolé Bouvet et Nicolas Bounab nous avons créé le spectacle : Trio d'impro où on prenait des infos dans le public, et avec ce matériel on créait une pièce de théâtre d’1 heure. Ca s’appelait Le trio d’impro que l'on a joué à Music Station.

 

Affiche du spectacle Trio d'impro à Nouméa

 

C'était vraiment cool parce que quand tu arrives sur scène et que tu ne sais pas ce que tu vas jouer : ça donne une grosse bouffée d'adrénaline. C'est une prise de risque qui m'éclate.

 

 

Si je te dis le mot : COSTUME

Célia : Je pense directement à Pichatruche et mon personnage de clown.

 

La couverture du livre de clown Pichatruche de Célia Chabut en Nouvelle-Calédonie

 

Quand je vivais à Paris et que je cherchais des cachets pour mon statut d’intermittent du spectacle, j’ai intégré une agence d'animation où je faisais des anniversaires à domicile. On m'a appris à faire des sculptures sur ballon, des maquillages etc… J’allais chez les gens en clown ou en princesse et je faisais des spectacles.

J'ai eu l'idée de monter ma petite entreprise quand je suis rentrée en Nouvelle-Calédonie. J'ai créé mon personnage de clown que j'ai appelé Pichatruche et je me suis lancée dans les spectacles d'anniversaire à domicile. Je faisais des spectacles de magie, de marionnettes, du maquillage, des sculptures sur ballon ! Et ça a bien marché ; j'ai fait ça pendant très longtemps et je suis même allé jusqu’au Vanuatu !

C'était chouette de pouvoir construire un personnage comme ça sur plusieurs années :  je lui ai construit les histoires et je l’ai vu grandir. A tel point que quand j'ai voulu arrêter, ça m'a fait tellement de peine d'abandonner ce personnage de clown j'ai écrit un livre qui s'appelle : Les pourquoi de Pichatruche ? Ce livre c'était un peu lui faire mes adieux.

 

Le livre de clown Pichatruche de Célia Chabut en Nouvelle-Calédonie

 

 

Si je te dis le mot : TEDX

Célia : C'est une séparation qui a tout déclenché. Après cette rupture amoureuse je suis passé par toutes ces étapes de m**** :  la tristesse, la colère, le déni, les fausses joies… toutes ces émotions par lesquelles tu passes forcément dans les 3 mois qui suivent une grosse rupture.

Je me disais que ça serait tellement plus simple si on pouvait vivre toutes ces étapes en seulement 1 minute au lieu de les vivre sur 3 mois. Il fallait que je fasse quelque chose de tout ça et c’est comme ça que j’ai créé une conférence sur : Comment vaincre une rupture amoureuse ? 

Le Festival des Fous à lier tombait à cette période-là. Festival organisé par Sylvain Lorgnier, un conteur, qui avait invité Didier Super et Arnaud Aymard : des artistes super déjantés qui font de l'art de rue. Après un stage avec Arnaud je lui ai dit que je voulais faire une conférence sur la rupture amoureuse et tout est parti de là. 

 

L'actrice Célia Chabut sur scène au TEDX à Nouméa en Nouvelle-Calédonie

 

Pour le TEDX Nouméa personne n'était au courant que c'était une fausse conférence (à part Guéno). Ca a fait un bon petit buzz et personnellement ça m'a permis d'extérioriser ma rupture, et de rebondir. Je pense qu’un jour il faudrait que je le reprenne…

 

 

Si je te dis le mot :  MASSACRE A LA PRINCESSE

Célia :  J'avais envie de créer un spectacle sur les princesses depuis longtemps et de les démonter un petit peu. Démonter cet espèce de mensonges que l'on nous sert.

J’avais déjà travaillé avec Sam Kagy, mais c'était la première fois qu'on écrivait quelque chose à deux. Et on s'est vraiment bien marré: il y a eu une vraie alchimie entre nous. Autour d'un apéro les idées fusent, et on réalise que pour pouvoir faire des changements de personnages il faudra que l’on soit trois. Sam connaissait Maîté Siwene et quand on s’est rencontré et commencé à écrire des choses : ça a été une évidence.

Ensuite tout a été très rapide, on a commencé à présenter le spectacle à Nouméa, et on a enchainé à guichet fermé. Au Théatre de poche, au Centre Culturel du Mont Dore, au Théâtre de L’ile, à Bourail, à  Koné, au Chapitô, à Voh, au Rex : chaque fois complet !

On a dû le jouer 60 fois je crois, Massacre à la Princesse ne s'est jamais épuisé.

 

Je pense que ça a pris autant parce que c'était la première fois qu'il y avait un spectacle local qui était sur un ton humoristique, un genre de comédie un peu trash : une création originale déjantée.

Plus tard au Festival d'Avignon j'ai rencontré Virginie Stref et on a tout de suite accroché. Quand j'ai décidé de monter Massacre à la Princesse en France je me suis dit qu'elle serait parfaite dans le rôle de Cendrillon. Et l’aventure est repartie ! Pour le rôle de Blanche-Neige j'ai fait un casting sur Paris et Estelle Milord a été comme une évidence. Elle sortait du Lot dès la première phrase je savais que c'était elle que j’allais prendre. Et ça a matché dès les répétitions. On a fait une petite résidence d'artiste, toutes les 3 ensemble pendant 10 jours et l’alchimie était là.

 

On a fait le Festival d'Avignon pendant tout le mois de juillet 2021, on a eu de bons retours et le public était présent. Et grâce à ça nous avons maintenant le Théâtre de Dix-Heures à Paris qui joue jusqu’en décembre tous les mardis et mercredis.

 

L'affiche du spectacle Massacre à la princesse en Nouvelle-Calédonie

 

 

Si je te dis le mot : OEUVRE EMBLEMATIQUE

Célia : C'est Massacre à la Princesse. C’est le spectacle dans lequel je mets énormément d'énergie, que j'ai amené ici en France et que je veux voir décoller.

En plus on a de bons retours d'Avignon je suis en train d'essayer d'organiser une tournée. C'est un spectacle que je veux faire vivre, que je veux vraiment pousser encore plus loin. Et c’est aussi le spectacle où j'ai eu le plus de fous rires sur scène et j'adore ça !

Je fais ce métier pour me marrer et pour vivre des trucs cool, et je crois qu’avec Massacre à la Princesse à chaque représentation j'ai un fou rire. Quand il y a cette alchimie sur scène et que tout se passe si bien c’est magique.  Nous sommes des potes qui s'amusent ensemble, et avec Massacre à la Princesse le public est ultra réceptif.

 

 

Si je te dis le mot : L’INSTANT DECISIF (*cf : Henri Cartier-Bresson)

Célia : Je crois qu'il n'y en a pas eu qu'un. Je crois que c’était chaque fois que j'ai vu une pièce de théâtre quand j'étais jeune et que je sortais avec des étoiles dans les yeux en me disant c'est ça que je voulais faire.

Il y en a plein des moments décisifs, j'en ai plein en tête. Chaque spectacle, chaque rencontre, chaque début de projet…

 

 

Si vous êtes actuellement en France et que vous voulez voir Célia sur scène avec ses Princesses, n'hésitez plus! RDV au Théâtre de Dix Heures à Paris tous les mardis et mercredis jusqu’en décembre !

 

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Clotilde Richalet

Photographe et voyageuse passionnée, expat à travers les Amériques et en Asie du Sud-Est, l'exploration journalistique et culturelle se poursuit aujourd'hui dans le Pacifique.
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