Emily Hamilton, une activiste américaine aux côtés de Bernard-Henri Lévy

Par JC Agid | Publié le 26/04/2022 à 20:32 | Mis à jour le 26/04/2022 à 20:43
Photo : Emily Hamilton à la sortie du Sénat
Bernard Henri Levy

Entretien avec Emily Hamilton, la productrice exécutive du film, The Will to See, de Bernard-Henri Lévy et Marc Roussel. Sortie le 29 avril dans plusieurs grandes salles américaines dont le Quad Cinema à New York. 

 

Emily Hamilton s’affaire à son travail comme une chorégraphe règle les détails d’un ballet, elle replace les coryphées et rassure un danseur étoile, elle donne une instruction à l’orchestre et s’assure que les médias seront dans la salle au lever de rideau. Elle, qui enfant jouait dans les rues de Staten Island et rêvait peut-être un jour de danser à l’Opéra de Paris, met en scène des tableaux complexes dont le seul objectif est d’engager le maximum de personnes à percevoir les nuances du monde, à s’intéresser à ses menaces, ses failles et ses tragédies, à regarder l’autre tel qu’il est, à ne pas l’ignorer.

 

BHL

Bernard-Henri Lévy, Emily Hamilton et Thomas Kaplan

 

Son travail prend ainsi toutes les formes : un article, des relations media, et la direction d’une organisation non gouvernementale, Justice for Kurds. Cette francophile diplômée de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales coorganisait récemment une levée de fonds pour venir en aide aux Ukrainiens et rassemblait dans un restaurant proche de Washington Square, les journalistes Joe Scarborough et Mika Brezinski, la présidente de Razom for Ukraine Dora Chomiak, Garry Kasparov, un ancien ambassadeur américain en Ukraine John Herbst, l’auteure Kati Marton et le philosophe français Bernard-Henri Lévy.

Une Américaine née à Toronto. Emily Hamilton est ainsi devenue une activiste engagée à faire connaître et trouver des solutions aux drames internationaux que nous ignorons souvent et connaissons peu.

En plein Covid, Bernard-Henri Lévy — qu’elle représente aux États-Unis — et la productrice Kristina Larsen lui demandent d’être la productrice exécutive d’une série de reportages de BHL publiés dans le monde entier et rassemblés dans le film documentaire, The Will to See — Une Autre Idée du Monde. Ce film, qui sort enfin sur les écrans américains, raconte le quotidien oublié par les grands médias de la réalité des enfants soldats du Kurdistan, du massacre des chrétiens du Nigeria, des réfugiés de l’île de Lesbos et bien sûr, des soldats Ukrainiens postés dans les tranchées du Donbass, à l’affut d’une guerre annoncée que pourtant l’Europe et la France semblent alors ignorer.

Emily Hamilton se bat ainsi pour cette Europe et cette France, cet autre pays dont elle aimerait faire le sien. 

 

JC Agid pour Le Petit Journal New York : Emmanuel Macron vient d'être réélu président de la France. Qu'est-ce que cela signifie pour vous qui aimez tant la France et qui n'êtes pourtant pas française ?

Emily Hamilton : Toute personne dans le monde qui se soucie des droits de l'homme, d'un monde libre, d'une démocratie ouverte, de la tolérance et du libéralisme devrait s'intéresser à cette élection. C'est une élection pour l'Europe, c'est une élection pour l'Ukraine, et c'est une élection pour le genre de monde que nous souhaitons donner à nos enfants en héritage.

 

Sa réélection n’était pas acquise et Marine Le Pen le rencontrait pour la seconde fois consécutive d’un scrutin présidentiel. Les idées d'extrême-droite sont-elles devenues la norme en France ?

En France, oui ; au Royaume-Uni, oui. Mais regardez aux États-Unis. Quel désastre de ne pas voir Biden remporter la Maison Blanche haut-la-main. Après les années Trump, le choix aurait dû être évident pour beaucoup plus de monde. Trump aurait dû être abandonné dans les poubelles de l'histoire, et pourtant, il est toujours là... Il rode, il est prêt à bondir. Les mauvais démons circulent encore, et j'ai l'impression que ce n'est pas si différent en France.

 

Vous êtes née au Canada de nationalité Américaine, et vous avez grandi à New York. Comment êtes-vous devenu une francophile ?

Mes grands-parents voyageaient sans cesse en France et en Suisse pour le travail et le plaisir. Ils revenaient toujours avec une série de livres Gallimard pour enfants et ces sucettes plates et triangulaires dont j’ai oublié le nom... Beaucoup de bonbons et de livres pour m'endoctriner ! Je suis tombée amoureuse de la culture française au premier regard. On m'emmenait dans les musées, au ballet, à la philharmonie... J'ai eu la chance très tôt de m’assimiler à cette culture. J'ai également dansé pendant de nombreuses années, et la danse classique est si ancrée dans l’histoire française. Donc, quand il a fallu choisir une langue au collège, ce fut le français.  

 

Et vous avez poussé jusqu’à vos études supérieures cette affinité !

J'ai obtenu une maîtrise en histoire contemporaine française. Quand je suis revenue à New York, j'ai rejoint l’équipe du développement du New York City Ballet, et après quelques années, lorsqu’un poste s'est ouvert aux Services Culturels de l'Ambassade de France, j’ai rejoint Antonin Baudry, alors conseiller culturel. Antonin voulait ouvrir une librairie au 972 de la Cinquième Avenue, et ce rêve est devenu mon projet pendant cinq ans. Le défi était non seulement de créer une librairie, mais aussi un lieu propice aux échanges franco-américains et au dialogue culturel.

 

Pourquoi cette ambition des conversations entre pays ?

La diplomatie culturelle est le meilleur outil pour se comprendre, pour partager, éduquer et construire des ponts. L'absence de dialogue provoque le contraire, le désordre et, d'une certaine manière, l'horreur que nous constatons aujourd'hui.

 

Votre travail consistait aussi à trouver les fonds pour ce projet connu sous le nom d'Albertine.

Une très grande partie d'Albertine a été financée par des fonds privés. Nous comptions sur la générosité des particuliers, des fondations ou des entreprises pour affirmer l’importance de la culture et des échanges d'idées. Et les gens ont répondu présent, ils ont permis la création d’un centre communautaire et d'idées emblématiques qui accueille des titres de 30 pays francophones.

 

Est-ce chez Albertine que vous rencontrez Bernard-Henri Levy ?

J'ai commencé à travailler avec lui après avoir quitté les services culturels français. Je l'ai rencontré par l'intermédiaire d'un ami commun. Bernard lançait son livre, L’Esprit du Judaïsme, et cherchait quelqu'un pour l'aider à le promouvoir. Mais c'est par l'intermédiaire d'Albertine que j'ai rencontré Thomas Kaplan. Tom avait été l'un des donateurs les plus importants d'Albertine. Il est le président de l’International Alliance for the Protection of Heritage in Conflict Areas (ALIPH), il est à l'avant-garde de nombreuses initiatives françaises prestigieuses et essentielles. Et d'une manière très brillante et réfléchie, il a inventé un style de philanthropie humanitaire stratégique.

Ensemble, Tom et Bernard ont décidé, après la dévastation d'Afrin, de lancer Justice for Kurds. Ils ont décidé qu'une organisation à but non lucratif ici pourrait être utile pour rappeler aux Kurdes qu'ils ont des amis reconnaissants de leurs sacrifices aux États-Unis, en France et en Occident. Tant de personnes ont contribué à cet effort. Je suis fière du travail que nous avons accompli avec les Peshmerga du Kurdistan irakien, avec les Forces démocratiques syriennes et les ONG kurdes.

 

Ainsi, après avoir travaillé dans la sphère diplomatique française, dans la philanthropie humanitaire, dans la communication, après avoir été une jeune ballerine, chargée du développement d’institutions culturelles, vous êtes également devenue la productrice exécutive du film de BHL, The Will to See ! Quel était le concept de ce documentaire ?

L'idée était de réaliser un film mettant en lumière les points chauds du monde auxquels personne ne voulait prêter attention. Bernard-Henri Lévy a commencé à filmer juste avant que le COVID n’apparaisse en 2020. Lorsque la pandémie a frappé, les gens se regardaient encore davantage dans le miroir. Bernard-Henri Lévy était déterminé à les réveiller et à leur rappeler que la souffrance et la misère ne s'arrêtent pas simplement parce que le monde a décidé de s'endormir.

 

Quel était votre rôle dans The Will to See ?

J'ai travaillé avec Madison Films, la société de production du film dirigée par Kristina Larsen. Cela impliquait un peu de tout : suivre à distance Bernard-Henri et son équipe lorsqu'ils étaient sur le terrain ; travailler sur les questions de sécurité ; suggérer différentes idées ; ressortir les archives ; recommander des détails et un montage ; nous coordonner avec les marchés internationaux et l'industrie cinématographique, etc. Kristina Larsen a envisagé le projet de façon très holistique, et nous avons travaillé avec diverses organisations à but non lucratif et différentes personnalités publiques afin de sensibiliser le public à leurs différentes causes. Nous avons également travaillé en étroite collaboration avec la communauté chrétienne nigériane ; nous avons établi un partenariat avec l'ambassade du Bangladesh, avec Massoud et le front de résistance national en Afghanistan. Et bien sûr, avec les forces spéciales ukrainiennes et les courageux soldats des tranchées du Donbass.

 

La dernière fois que nous avons interviewé Bernard-Henri Levy, juste avant la première américaine de ce film début janvier, nous nous sommes concentrés sur le destin tragique d'une femme nigérienne, Jumai Victor, mais l'histoire de The Will to See concerne aussi des pays. Je me souviens que Bernard-Henri tentait presque désespérément de sensibiliser les audiences à la menace imminente d'une invasion Russe en Ukraine. Pensez-vous que non seulement les gens mais aussi les gouvernements et les médias n'ont pas vraiment « la volonté de voir » ce qui se passe réellement autour de nous ? Une forme de déni politique et médiatique ?

Je pense que nous devons mieux regarder et mieux écouter. Bernard-Henri Lévy a crié parfois dans l'obscurité — et parfois dans une certaine lumière — sa crainte de Poutine. Revoyez ses interviews de 2014-2015 : il disait exactement ce que l'on entend maintenant sur CNN. Ou mieux encore, regardez son discours lors des manifestations de Maidan à Kiev en 2014. Il transmettait alors son admiration pour le courage et l’esprit européen des Ukrainiens. Hélas, c’est maintenant que le monde entier le voit.

 

D'où ce film ?

Oui, c'est un appel à avoir la volonté de voir et la volonté d'agir.

 

Comment tout voir ? Comment agir sur tout ?

Il y a tellement de bruit autour de nous que notre capacité d'attention collective semble avoir été saccagée et mélangée aux ordures. Mais ce n'est pas une excuse. Ne pas voir est dangereux et dévastateur. Et nous ne sommes pas obligés d'agir sur tout. Mais imaginez si chacun d'entre nous essayait d'aider une personne à Kaboul ou à Kharkiv maintenant, ce serait énorme. Cela compterait.

 

Nous pouvons ainsi exercer une influence ?

Je discutais avec la directrice de l'Institut Ukrainien hier, et elle me disait que l'afflux de soutien avait été incroyable. Un autre directeur de la Ukrainian-American Family Foundation m'a dit avoir reçu tellement de fonds, de soutien et de bonne volonté qu'ils envisagent la prochaine étape de cette crise, celle de la santé mentale et de l'éducation, de ce qu'il faudra mettre en œuvre. Un tel élan de soutien me donne l'espoir que les gens continueront à garder les yeux ouverts et à faire tout ce qu'ils peuvent.

 

Et vous, où serez-vous ?

Partout où je peux travailler sur des projets qui font la différence. Et bien sûr, d’abord et avant tout, Justice for Kurds.

 

 

The Will To See aux États-Unis

Tickets et information : https://cohenmedia.net/

 

Opens in Washington, DC – Wednesday April, 27
Landmark's E Street Cinema
Director Bernard-Henri Lévy in-person for special
sneak preview screening and Q&A on 4/27.         

 

Opens in New York – Friday, April 29
Quad Cinema
Director Bernard-Henri Lévy in-person for evening Q&A on 4/29.

Opens in Los Angeles – Friday, April 29
Landmark Westwood
Director Bernard-Henri Lévy in-person for evening Q&A on 4/30.

Opens in San Francisco – Friday, April 29
Landmark's Opera Plaza
Director Bernard-Henri Lévy in-person for evening Q&A on 5/1.

The will to see

 

JC Agid

JC Agid

JC Agid est le fondateur de 37EAST, une agence de conseil media et développement aux Etats-Unis, au Mexique et en France. Il est également membre du conseil d’administration des American Friends of the Paris Opera and Ballet et de LeaderXXchange.
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