À New York dans le Riverside Park, se dresse une statue de Jeanne d’Arc. Révélée le 6 décembre 1915, le Comité de la statue de Jeanne d’Arc s’occupe de sa préservation. Cette statue représente un symbole français d’émancipation féminine, qui s’est étendu jusqu’aux États-Unis.


Chevauchant un cheval fier, Jeanne d’Arc brandit son épée comme un acte de révolution. Dressée sur un piédestal, à l'intersection de Riverside Drive et de la 93e rue à Manhattan, une statue la représente. Située dans le Riverside Park à New York, la statue fait 4 mètres de haut. Révélée le 6 décembre 1915, elle est soutenue par le Comité de la statue de Jeanne d’Arc depuis de nombreuses années. Le comité de préservation travaille en coopération avec le “Riverside Park Conservancy”. Restitué en 2016 afin d’entretenir la statue, il fête ses 10 ans cette année. L’ancien comité s’était graduellement détaché de la statue, avant qu’elle soit prise en charge par les autorités municipales.
“Le premier monument réalisé par une femme à New York”
Créée par l'Américaine Anna Vaughn Hyatt Huntington, la statue célèbre le 500e anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc (1412). “C’est une belle coïncidence que le premier monument réalisé par une femme à New York soit aussi le premier monument de la ville à honorer une femme réelle”, raconte Randy Hugill, qui fait partie du Comité et s’investit pour la statue depuis 1997.
Au début du 20e siècle, Jeanne d’Arc gagne en popularité auprès des anglophones. En 1909, un groupe de New-Yorkais mené par J. Sanford Saltus et George Frederick Kunz forment le comité en son honneur. L’objectif est donc d’ériger une statue à l'occasion du 500e anniversaire de Jeanne d’Arc. Anna Hyatt Huntington se retrouve en charge de la construction de ce monument.

Dans un studio à Manhattan, elle utilise environ “une tonne d’argile” pour représenter la jeune femme surnommée “la Pucelle”, en taille réelle. Le tout est ensuite recouvert de bronze. Quant au piédestal, il est réalisé en granit de Mohegan, avec des blocs de calcaire provenant de la tour de Rouen, où Jeanne d’Arc avait été emprisonnée.
Une passerelle entre la France et les États-Unis
La statue de Jeanne d’Arc s’est doucement imposée dans le paysage des New-Yorkais, représentant la solidarité entre la France et les États-Unis. Des cérémonies y ont pris place : en 1919, une partie du parc dans lequel elle est érigée a été renommé Riverside Park : Joan of Arc Island (l'île de Jeanne d’Arc). Randy Hugill raconte : “Alors que la cérémonie débutait, la classe de Pennsylvanie de la marine américaine et celle d’Utah, lancèrent des rayons de lumière se croisant juste au-dessus de la statue.”
Le 2 novembre 1918, George Frederick Kunz est joint par un évêque français pour déposer une couronne de fleurs au pied de la statue. “L’évêque a mentionné que les soldats américains poussaient jusqu'à la victoire tels des hommes menés par Jeanne d’Arc,” ajoute le passionné.
Au fil des années, la statue de Jeanne d’Arc a continué d’être une passerelle entre les États-Unis et la France. En 1987, la statue a été restaurée grâce au programme municipal d’art Adopt-A-Monument. La fondation française Grand-Marnier a contribué à hauteur de 34 500 $ pour cette restauration.

Jeanne d’Arc, un symbole pour les femmes américaines
La “Pucelle” a été brûlée vive en 1431, alors qu’elle souhaitait libérer les Français de l’occupation anglaise. “Jeanne d’Arc étant une des premières féministe de l’histoire, les femmes américaines se sont accrochées à ce symbole d’émancipation des femmes,” confirme Randy Hugill.
Figure emblématique française, elle est reconnue dans le monde entier jusqu’à devenir un exemple pour les femmes américaines. “Lors d’une manifestation en 1911 pour le droit de vote des femmes, une suffragette s’est déguisée en Jeanne d’Arc à dos d’un cheval blanc,” confie le passionné.
Alors que la Première Guerre mondiale fait rage, les États-Unis mettent en place les “War Saving Stamps”. Ces timbres permettent aux Américains les plus modestes de participer à la guerre, en leur empruntant de petites sommes d’argent. Pour encourager les citoyens à participer, une affiche proclamant “Jeanne d’Arc a sauvé la France : Femmes d'Amérique, sauvez votre pays - Achetez des timbres d’épargne de guerre” sort en 1918.

Le financement du Comité de préservation
La statue du Riverside Park rend honneur à Jeanne d’Arc et au symbole qu’elle représente pour les femmes américaines. Pour le Comité de la Statue de Jeanne d’Arc, il est donc important de la préserver afin qu’elle continue d’être accessible à tous. Cependant, la statue n’est pas subventionnée par la ville. Les bénévoles se retrouvent tous les dimanches pour “jardiner, ajouter de nouvelles plantes, peindre….Faire ce qui est nécessaire pour que ce petit terrain reste un échappatoire pour les New-Yorkais.”

Le Comité peut continuer son activité grâce aux dons et aux levées de fonds annuelles. Il est majoritairement composé de volontaires passionnés. “Nous sommes un petit groupe de membres volontaires et dédiés, constamment à la recherche d’idées pour financer notre activité. La plupart d’entre nous vivent près de la statue et nous y sommes intéressés,” rapporte Randy Hugill.
Après dix années d’activité, suite à la restauration du Comité, Randy Hugill souhaite “trouver le support financier nécessaire pour proposer des bourses et accompagner ceux qui sont intéressés par l’art”. La priorité du Comité est de “continuer de subvenir aux besoins de la statue”, mais aussi de “saluer l’amitié entre la France et les États-Unis et de célébrer les femmes et le symbole qu’est Jeanne d’Arc.”
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