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Ce que disent les expatriés français de l’élection américaine 2020

Par Rachel Brunet | Publié le 03/11/2020 à 00:05 | Mis à jour le 03/11/2020 à 00:20
Expatriés élection américaine 2020

L’élection 2020 est sans nul doute historique. Alors que l’Amérique est plus que jamais divisée, notre édition est partie à la rencontre de Français expatriés aux États-Unis ou de Franco-Américains. Comment vivent-ils cette élection qui aura, au-delà d’un impact économique et sociétal sur le pays, un impact géo-politique sans précédent ? Que disent et pensent ces Français installés aux États-Unis ? Loin d’une approche « sensationnelle » telle que nous la voyons ces jours-ci sur quelques chaînes de télévisions françaises, voici les témoignages et points de vue de Français de New York.

 

Expatriés élection américaine

 

 

Stéphanie*, mariée, maman de deux enfants

Sorry I can’t vote mais j’aimerais tellement ! Je suis une Française installée à New York depuis presque huit ans. Je suis titulaire d’une carte verte et ne suis donc pas habilitée à voter. Je suis née à Paris et mes parents ont toujours été très engagés politiquement. Si je pouvais voter, je donnerais ma voix sans hésitation à Joe Biden. L’Amérique est en pleine crise identitaire et a besoin d’un vrai changement et d’une vraie prise en compte du social. Les Européens se moquent  souvent des Américains en disant qu’ils ne sont pas cultivés. Le savoir et la culture s’achètent très cher ici, aux États-Unis, et ce n’est pas normal. L’éducation devrait être gratuite, ainsi que l’accès à la santé  et la couverture du chômage qui devraient être garantis par une assurance accessible à tous. Je ne dis pas que la France est un exemple, il faut un juste équilibre. Je ne dis pas non plus que Biden va changer tout le système social du pays en quatre ans mais il fera de toutes façons mieux que Donald Trump qui lui est un danger mortel  pour l’Amérique et les Américains ! Quant à l’issue des élections, je suis persuadée que Joe Biden l’emportera… Mais, attendons-nous de la part de Donald Trump à la plus grande des mauvaise foi, le conduisant à contester un résultat même parfaitement évident : il a déclaré à plusieurs reprises que s’il perdait, ce serait à cause de la  « triche ». Dans cette hypothèse, nous aurons de la violence dans les rues !

 

Sandrine Mehrez Kukurudz

Comme beaucoup, j'ai peur de l'Amérique de l'après 3 novembre. Il y a aura de la colère quel que soit le gagnant, et nos rues seront moins sûres. Si Biden gagne, les extrêmistes du camp Trump n'hésiteront pas à descendre dans les rues, lourdement armés, et je crains des dérapages sévères. Si le camp Trump gagne, il est sur que les ultras, les antifas et une partie du mouvement Black Lives Matter fera entendre sa voix, et parfois, par la force. Nous sommes dans un pays violent, et l'héritage du Far West est vivace. Nous allons vivre des heures noires, j'en suis convaincue, d'autant plus que les résultats seront compliqués, longs et parfois remis en cause. Si Biden gagne, alors la ville de New York devrait être épargnée, mais pas l'Amérique profonde.

Nous rêvons d’une Amérique pacifiée...Mais il faudra passer par le chaos. Et nous ? Français des USA ? Nous assisterons parfois à des scenes qui nous dépassent. Nous poserons-nous la question de rester dans ce pays ? Et si Trump l'emportait ? Que faire ? C'est une vraie question que nous avons déjà soulevée en famille, et je dois dire que nous ne l'avons pas résolue. En tout cas, demain soir, nous serons fébriles devant nos écrans.

 

Pascal Royer, co-animateur En Marche New York

Les gens semblent inquiets des résultats de cette élection présidentielle américaine. Il est certain que le choix que nos amis américains ont a faire va bien au-delà des États-Unis. Ce choix, c'est le choix de la société dans laquelle ils veulent vivre, dans laquelle ils souhaitent élever leurs enfants. D'un côté, une société qui se vit dans l’inclusion, dans l’ouverture, dans la prise en compte des grands problèmes actuels qui va de la difficulté du vivre ensemble à la transition écologique. De l'autre, une société repliée sur elle-même, fermée aux différences et qui monte les communautés les unes contre les autres … En résumé, le choix entre le progressisme et le populisme.

En tant que Français, nous sommes témoins d'un choix qui inquiète et qui aura des répercussions dans le monde entier, comme l'élection de 2016 en a eu. Mais plus importante car elle validera ou invalidera le choix populiste que les Américains ont fait en 2016 !

Elle marque aussi l'importance de la politique. Depuis de trop nombreuses années, les gens se détournent du fait politique. Nous entendons tous les jours de la part de représentants d'institutions ou d'associations, mais également de citoyens, des phrases telles que « je ne fais pas de politique », « je suis indépendant », « tous les mêmes, « je ne veux pas m'engager ».

Être indépendant, refuser de s'engager, c'est soit cacher son opinion,  soit en avoir honte, c'est démissionner de son devoir de citoyen en laissant les autres choisir pour pouvoir mieux critiquer leur choix de société. C'est la facilité d'être éternellement dans l'opposition.

La politique est le seul moyen de sortir vers le haut, de faire ses choix de société et de travailler pour la mise en place de ses idées. Cette élection est la preuve qu'il faut s'engager ! Et si l'offre politique ne vous convient pas, proposez en une autre !

On peut estimer qu'en s'éloignant du modèle classique de valeur des Républicains américains, c'est ce qu'a fait le président Trump et ses soutiens. On peut le regretter, mais c'est un fait.

La société américaine sort très fracturée de ces quatre dernières années, et à la veille des résultats, il est très inquiétant de voir les magasins se barricader pour se protéger des risques d'émeutes. C'est un moment de vérité pour la société américaine. Est-elle encore la plus grande démocratie au monde pour accepter le choix des électeurs quel qu’il soit ? Le risque d'émeute est-il réel ? Pour ma part, j'ai confiance dans la force démocratique et je pense que le plus grand risque que nous prenons ces jours-ci est de rencontrer un journaliste européen venu pour réaliser une « Edition Spéciale Élection Day » sans avoir respecté une quarantaine de 14 jours.

 

Victoire*, franco-américaine de New York

Cette élection est une farce entre un malade d’Alzheimer et un clown qui a des partisans racistes, je ne voterai pas cette année. Avec Biden, on est certains d’avoir le masque obligatoire jusqu’en 2022, de détruire l’économie et de suivre l’agenda des globalistes avec Facebook, Amazon, Bill Gates , l’OMS, CDC et les laboratoires pharmaceutiques. Avec Trump, les restaurants et autres business pourront sûrement reprendre leur activités mais il y aura une tension raciale à cause de ses partisants racistes. Il faut que les gens se réveillent et arrêtent de penser que le gouvernement leur veut du bien. Le Gouvernement appartient aux corporations, on nage dans les conflits d’intérêts à tous les niveaux, et dans tous les domaines.

Nous avons les politiciens que nous méritons, nous les avons laisser faire à leur guise depuis trop longtemps, nous payons le prix en 2020. Le covid est un prétexte pour un autre agenda, c’est évident et les gens le découvrent : 655 000 Américains meurent chaque année de maladies du coeur, selon le CDC. 200 000 Américains sont morts avec, et non pas “du” Covid, cette année. On meurt 3 fois moins du covid que de maladies du coeur aux USA.

Cela devrait faire réfléchir… Toutes ces mesures sanitaires ne sont pas scientifiques, mais politiques. L’interdiction de l’utilisation de l’ Hydroxychloroquine  et de la plante Artemisia veut tout dire de notre société. Ces conflits d’intérêts flagrants tuent tous les jours des innocents. Cette élection démontre tous ces faits qui ne sont pas des théories du complot. J’ai le sentiments d’être en 1942, faisant partie de la Résistance et regardant tristement tous ces zombies avec le masque, tétanisés par la peur. Notre Humanité est en danger, ce n’est pas une élection qui changera quoique se soit, le pouvoir politique  et la presse appartiennent aux corporations. C’est aux êtres humains de descendre dans la rue pour sauver notre humanité et vite !

 

Jeanne*, franco-américaine

La crainte des élections demain, et surtout du résultat me semble être la plus grande angoisse pour bien des gens, bien plus que ce satané virus. Je me dis que peu importe les résultats, il y aura des répercussions, des violences et des divisions bien plus importantes qui se créeront.

Pour ma part, et vivant à New York, ville démocrate, je pense que nous sommes plus à l’abri de violences, mais mon immeuble a fait en sorte d’avoir deux gardes de sécurité en plus de notre concierge, au cas où.... Pas rassurant n’est-ce pas?

Surtout quand on voit que beaucoup de propriétés et de maisons sur Manhattan ont fait en sorte de faire de même, de peur de répercussions, donc nous prions pour une victoire démocrate, ici, en tous cas pour la plupart d’entre nous, pour avoir un sentiment d’espoir futur, une humanité que Biden offre bien plus que son opposant.

 

Yvan, installé aux États-Unis depuis 30 ans

Mes peurs sont associées au résultat. Je donne 10 % de chance à Trump de gagner et 90 % à Biden, selon les « paths ». Pour qu’il n’y ait pas de controverse, il faut que Biden gagne à plus 2 % dans les États clés. Ainsi, dans ces États, au-delà des 2 %, il ne pourra pas y avoir de retour légal de la part de Trump. Par contre, où il risque d’y avoir des problèmes, c’est là où Biden va gagner entre 0.1 et 2 %. Je pense à la Floride ou à la Pennsylvanie. Et je pense que Trump va y aller à coup de procès. En 2000, j’étais déjà ici quand la Floride s’est jouée à 500 voix près. Ça s’était terminé devant le Cour suprême qui avait donné la victoire à Bush. Les Démocrates ont sincérement été traumatisés par cette expérience et n’accepteront pas une seconde fois cette épreuve. Il risque d’y avoir des manifestations si Trump est réélu ainsi, et la Cour suprême pourrait perdre sa légitimité.

Je pense que les Américains sont très respectueux du droit et de la démocratie. Ici, les Américains votent alors qu’en France, tout a été repoussé au nom de la crise sanitaire. Ici, on n’hésite pas !

Un copain qui a travaillé sur la campagne de Bill Clinton a l’habitude de dire « Combien il faut pour gagner ? 52 % ! Avec ce taux, il n’y a pas de recours possible ! ». Aussi, ce qui me fait peur, ce sont tous les États que Biden va gagner  à moins de 2 % d’avance sur Trump.

Trump est un président qui a révéillé la brute que chacun a en lui. Il flirte avec la violence. Et il n’a sûrement aucune idée de ce qu’il peut se passer si tu fais venir cette violence autour de la table. Il joue clairement avec le feu !

Après, il y a une question à se poser : est-ce que les États-Unis ont intérêt d’avoir ce système électoral ? Un ami américain m’a dit « ce système nous protège de la dictature. Si le système électoral devenait fédéral, et était mis entre les mains des amis de Trump... » Donald Trump n’a jamais montré qu’il avait des limites...

 

Lucie*, installée à New York depuis 10 ans

Ces dernières semaines, j'ai été tellement prise par mon travail que les élections passaient en "second plan". J'ai aussi fait le choix conscient de ne pas me laisser envahir par la négativité ambiante sur les réseaux sociaux ou médias télévisés, et force de constater que ça a marché grâce à l'algorithme Facebook. Néanmoins, pour en arriver à ce stade, il m'a fallu quelques mois pour accepter la situation, cela n'a pas été chose facile. Ayant quitté la France il y a 10 ans pour vivre à New York, je n'aurais pas penser vivre un tel chaos aux États-Unis avec la mort de George Floyd, les manifestations Black Lives Matter, etc.

La date des élections approche, je ne suis pas Américaine, donc malheureusement je ne vote pas, mais mon mari a voté, et j'espère qu'il y aura un changement avec surtout plus d'égalité. Le climat new-yorkais est plutôt favorable à l'élection de Biden, en revanche je redoute une autre phase de manifestations et de casse si Trump repasse. Restons positifs et attendons le Jour J sereinement !

 

Stanislas Berteloot, journaliste et fondateur du podcast Back In America

Mensonges et médiocrités ont défini le mandat de Trump. Son exemple a donné des ailes aux tyrans, manipulateurs et individus peu scrupuleux qu'ils soient à la tête de gouvernements ou simples citoyens.

Je suis expatrié à Princeton, New Jersey, avec ma famille depuis plus de quatre ans. J'ai vu, au fil des mois, et des interviews réalisées pour le podcast Back in America, les tensions et les divisions se creuser.

J'attends le résultat des élections avec impatience, car je souhaite vivement la victoire de Biden. Malgré tout, une crainte diffuse, une anxiété réelle, ne me lâche plus. Tout est aujourd'hui réuni pour que de violents affrontements mettent feu à ce pays. Crise économique due au COVID, violences raciales, manque de confiance dans le système démocratique.

Alors que ce pays a besoin de se rassembler, Trump attise les divisons et appelle sa base à la violence.

 

Laura*, Française de New York sous green card

Je sens que ces derniers mois, les differentes communautés sont montées en tension. La crise covid a démontré la fragilité de la société et de l'économie américaine. Beaucoup de gens sont tendus. Personnellement, je pense que certains supporters de Trump font peur. Ces derniers mois, ils ont manifesté leur agressivité et ont fait preuve d'intimidation. Ces comportements ne m'ont pas semblé être dénoncés par Trump. Ce dernier a  soulevé le doute sur la légitimité des résultats des élections. J'ai peur que cette categorie de supporters ne fasse du grabuge si Trump n'est pas reconduit.... Le taux de vente d'armes à feu a explosé aux États-Unis. C'est courant avant les élections, mais pas dans ces proportions. Les Américains sentent que la police ne peut pas tout contrôler. Ils craignent des débordements et veulent pouvoir se défendre.  

 

Caroline* en processus de carte verte

Expatriés depuis six ans aux États-Unis, nous sommes en processus de Green Card aussi nous préférons rester anonymes. En tant qu’expatriés, le résultat de l'élection ne changera pas vraiment notre situation puisque la finalisation de notre carte verte est quasiment là et nous vivons dans des conditions privilégiées. Nous avons vécu l'élection de Donald Trump, mais jamais la pression médiatique n'a été aussi forte que pour celle qui arrive. Il est très facile d'observer le clivage entre les deux camps par une sur-appropriation de l'élection par les supporters au travers des réseaux sociaux, des manifestations, des échanges houleux, voire vulgaires ... Dans les grandes villes, les marqueurs sociaux sont hauts et cela fait craindre que les plus démunis, les gens vivant dans des conditions modestes soient de plus en plus nombreux si Trump est réélu. Les États-Unis de Donald Trump ne sont plus ceux d'Obama, voire même des présidents précédents, aussi Républicains soient-ils. Cependant, il est tout de même difficile d'imaginer ce peuple, même divisé, comme il l'est, aujourd'hui par les politiciens et l'actualité mondiale, en venir à l'affrontement physique. Ancré dans l'acceptation étatique et patriotique, l'Américain n'est ni un rebelle, ni un révolutionnaire et fuit vite  le groupe si son intérêt individuel est ailleurs.

 

Sophia*, maman de deux enfants

Je suis à la fois excitée et effrayée par les élections de demain. Excitée car j'ai espoir que l’on puisse enfin retourner à des valeurs normales et à une démocratie. Effrayée, car je ne suis pas sûre que cela arrive ! Il y a 4 ans, j'étais tellement sûre que Trump ne serait pas élu. J'ai été tellement déçue par l'humanité et je pense que cela peut encore arriver. En dehors des idées politiques et des partis, on doit élire un président qui respecte l'être humain, les valeurs, la science. 

 

* À la demande des Français qui ont livré leur témoignage, les prénoms ont été changés.

 

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Rachel Brunet

Rachel Brunet

Après être passée par la presse économique et la presse spécialisée, Rachel Brunet est la directrice et la rédactrice en chef des éditions New York et Miami du Petit Journal.
1 Commentaire (s) Réagir
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Chris mar 03/11/2020 - 12:38

Cet article ne donne guère la parole aux français qui votent Trump et pourtant nous sommes un certain nombre.

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