Donald Trump a exempté vendredi soir la Russie de nouvelles sanctions majeures prévues dans une loi récemment adoptée par le Congrès, infligeant un nouveau camouflet à l'Ukraine qui craint d'être lâchée par son allié américain.


Bousculé par les récentes annonces du dirigeant républicain favorables à Moscou, le président ukrainien Volodymyr Zelensky n'a pas caché se sentir "trahi" et s'est tourné vers ses alliés européens, leur réclamant 70 milliards de dollars supplémentaires pour faire face à l'invasion russe.
Au risque d'accentuer cette crise, Donald Trump a porté un coup à un texte à la grande portée symbolique: le Graham Act, qui constituait la première action majeure du Congrès contre Moscou depuis son retour au pouvoir, tout en lui laissant une grande latitude pour son application.
"J'exempte l'application de telles sanctions, restrictions et droits de douane prévus dans le Graham Act", stipule un décret publié par la Maison Blanche, invoquant "l'intérêt national des États-Unis".
Ce nouvel arsenal législatif, promulgué mi-septembre par le républicain, vise en particulier le secteur de l'énergie russe. Il cible en théorie pour la première fois la flotte fantôme russe, et vise également le président Vladimir Poutine, ainsi que d'autres hauts responsables russes.
Il donne en particulier à Donald Trump le pouvoir d'imposer des droits de douane pouvant atteindre jusqu'à 100 % sur les cinq principaux pays importateurs de gaz et de pétrole russes parmi lesquels la Chine et l'Inde.
La loi porte le nom de son principal promoteur, le sénateur républicain Lindsey Graham, mort en juillet, farouche défenseur de l'Ukraine et pourfendeur de la Russie et de l'Iran.
Elle était soutenue avec force par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui avait salué lors de sa promulgation "un outil extrêmement puissant capable de mettre un terme à cette guerre terroriste et de pousser la Russie à faire la paix".
Mais les relations déjà difficiles entre les présidents américain et ukrainien sont depuis entrées dans une nouvelle crise. Donald Trump a annoncé début octobre avoir conclu un accord avec Vladimir Poutine, consistant à lever des sanctions pour permettre aux États-Unis d'importer de grandes quantités de diesel russe.
Depuis, Kiev a déploré ne pas avoir été averti par ses alliés d'attaques russes imminentes, faisant notamment part de restrictions dans l'utilisation des services satellitaires de l'entreprise d'Elon Musk, SpaceX.
- Soutien européen -
L'Ukraine dépend du renseignement militaire occidental, et notamment américain, pour anticiper et contrer les attaques russes, d'autant plus crucial pour son armée qu'elle fait face à des pénuries de missiles intercepteurs.

Réunis vendredi à Bruxelles, les dirigeants de l'Union européenne ont assuré Volodymyr Zelensky de leur soutien, sans ignorer qu'ils devraient remettre la main au portefeuille l'an prochain, un sujet sensible politiquement dans plusieurs pays européens dont la France.
"La guerre coûtera 155 milliards d'euros l'année prochaine. Et nous avons besoin d'au moins 70 milliards d'euros de plus de votre part", a affirmé Volodymyr Zelensky.
"L'Ukraine a fait sa demande, c'est trop tôt pour articuler un chiffre", a tempéré le président français Emmanuel Macron, tout en martelant que les Européens "ne lâcheront pas" Kiev.
Après quatre ans et demi d'invasion à grande échelle, l'Ukraine fait face à une intensification des bombardements russes, qui ont fait encore au moins un mort dans la nuit de vendredi à samedi à Kherson (sud), et redoute un hiver difficile.
En réponse, son armée a multiplié les frappes de longue portée, les autorités russes faisant encore état de dizaines de drones abattus alors qu'ils se dirigeaient vers Moscou.
Donald Trump, confronté au mécontentement des Américains sur les prix de l'énergie à l'approche des élections de mi-mandat, ne cache cependant pas sa colère contre les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes, qui ont repris après plusieurs jours de pause.
Évitant toute critique directe, Volodymyr Zelensky a souligné à Bruxelles que son équipe était "en pourparlers" avec les négociateurs américains, évoquant une possible rencontre dans les prochains jours.































