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FRANÇAIS QUEBECOIS - Langue de Molière ou jargon ?

Par Lepetitjournal Montreal | Publié le 20/08/2014 à 22:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 13:03
français quebec

Le Canada est officiellement un pays bilingue. Plus de 7 millions de personnes, soit 22% de la population déclarent avoir hérité du français comme langue maternelle. Le Québec n’est pas la seule province canadienne à bénéficier de la langue de Molière. Les Acadiens dans la province du Nouveau-Brunswick jouissent également de ce patrimoine.

Cependant, le français parlé au Canada est unique au monde, bien qu’il ne s’agisse ni d’un créole, ni d’un patois ni d’un dialecte mais bien du français. 

Les expatriés au Québec venant de par le monde, ont souvent tendance à critiquer cette différence, bien que cela n’a pas toujours été le cas. 

Je vous propose donc une immersion totale dans cette langue française du Québec. Immersion possible que si l’on comprend ses origines. En effet, chaque mot, chaque expression au Québec est un précieux héritage de ses ancêtres.  

La Nouvelle France 

Au 17ème siècle, la France colonise la Nouvelle France, aujourd’hui le Canada. Cette terre, peuplée majoritairement de colons Normands et d’ile de France, s’imprègne de la langue française dès lors, pour ne plus jamais s’en défaire.  

La ‘langue commune’ dans laquelle s’exprimait autrefois toute la population de la Nouvelle France était le ‘François’, très prestigieuse et employée dans la cour du roi. 

D’où les expressions suivantes : 

  •  -Assisez vous qui correspond au vieux français royal, et non ‘asseyez vous’ comme il est plus commun d’entendre aujourd’hui.
  •  -L’usage de ‘y’ au lieu de ‘lui’: J’y ai rendu ce service (Je lui ai rendu ce service). 

Dans ce langage, les consonnes sont moins prononcées, les syllabes réduites : 

  •  -asteur: à cette heure
  •  -pantoute: pas du tout  
  •  -pus: plus 

Les colons normands ont apportés avec eux certains aspects de l’accent comme l’usage de moé ou toé tandis que l’ile de France a introduit un langage plus soutenu. 

Certains termes ont été empruntés aux amérindiens, développant ainsi un champ lexical maritime, tels que tuque pour bonnet, poche pour sac, rafale pour coup de vent, ou encore tanné pour ennuyé. 

De 1663 à 1673, le roi de France envoya 900 filles, «les filles du Roy», destiné à être formées pour devenir des «femmes de colons». Cette mesure visait à peupler la Nouvelle France de français pour la rendre viable, ainsi que de faire perdurer la langue le plus longtemps possible. Celles ci avaient une parfaite connaissance du «François». 

Tournant historique : du français royal au français bourgeois 

La Révolution Française en 1789 marque un tournant dans l’usage du français. Auparavant, le français de Paris se définissait comme le ‘style du bel usage’, très soutenue. Ce langage était employé dans les salons et la cour du Roi. 

Mais après la Révolution, la grande bourgeoisie prend le pouvoir et développe un style bien à part. La phonétique des mots est modifiée, les mots sont plus articulés et les consonnes sont désormais prononcées. La prononciation devient une priorité pour la langue de Molière. Ce sont les avocats, les philosophes et les écrivains qui cultivent cette nouvelle norme. 

La colonie du Canada étant désormais isolé, n’évolue pas avec cette nouvelle tendance et n’a pas connaissance de cette «prononciation bourgeoise» de la haute société de Paris. 

Au même moment, ce sont les Britanniques qui s’emparent du Canada. Les français s’isolent dans certaines provinces tels que le Québec, car leur langue n’est pas reconnue par les nouveaux occupants. Dorénavant, c’est l’anglais qui domine. Le français survit tout de même, comme par miracle. Seul hic, il s’imprègne / s’imbibe de nombreux anglicismes. 

D’où l’origine de certains mots tels que : 

  •  -plug : prise pour appareil électronique 
  •  -élévateur : elevator en anglais: ascenseur 
  •  -jouer une tonne : tune en anglais: jouer une mélodie 
  •  -ca jam: ca bloque 
  •  -tomber en amour : fall in love en anglais: tomber amoureux 
  •  -ca fait du sens: it makes sense: c’est logique 

Purification du français

Ce n’est qu’en 1960, suite à la «Révolution Tranquille» que le nationalisme atteint son paroxysme au Québec. L’anglais ayant dominé, voir écrasé la langue française depuis des décennies, se retrouve rejeté par les habitants du Québec. Dès lors, un processus de ‘purification’ du français se met en place. Les mots anglais sont chassés petit à petit. C’est ainsi qu’on obtient des termes tels que fin de semaine pour désigner le week end, ou encore des panneaux de signalisation arrêt et non stop.

Malgré ces nombreuses épreuves, la langue française a survécu au Canada. Elle a résisté à aux intempéries et nous revient de loin. Aujourd’hui, elle incite des milliers de francophones du monde entier chaque année, à s’expatrier dans La Belle Province, et contribuer ainsi à l’évolution mais surtout à la conservation de la langue de Molière. 

Quelques expressions courantes au Québec : 

  •  -Avoir de la misère: avoir de la difficulté 
  •  -C’est tiguidou: c’est très bien 
  •  -C’est le fun: c’est amusant 
  •  -C’est plate icitte: c’est ennuyant ici 
  •  -C’est écoeurant: c’est super 
  •  -C’est dispendieux  : c’est cher 
  •  -Il fait frette: il fait froid 
  •  -Être slaqué: être congédié 

 Les repas : 

Petit conseil  pour la gente masculine  : si vous invitez une belle québécoise à diner, vous risquerez de ne plus jamais la revoir. Eh oui, en arrivant le soir, vous lui aurez sans aucun doute posé un lapin car au Québec, le diner est à midi (le déjeuner). 

Déjeuner: petit déjeuner 

Diner: déjeuner (12h)

Souper: le diner (18h) 

Les sacres : 

Certains mots tels que criss, calice, ostie, ou encore tabarnac, sont des jurons utilisés pour exprimer différentes émotions. Ce sont des mots empruntés au Catholicisme, l’Église catholique étant très influente jusqu’aux années 1960. 

 

Nazia Fidahoussen (Lepetitjournal.com/Montréal) Jeudi 21 août 2014

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