Édition internationale

Élections au Québec : l’Acfas veut remettre la science au cœur du débat

Comment mieux faire dialoguer scientifiques et élus ? Comment préserver la recherche en français et retenir les jeunes chercheurs ? À Montréal, l’Acfas a présenté sa feuille de route Pour un Québec qui croit en sa science, issue d’une consultation de sa communauté et destinée à alimenter le débat électoral.

acfas devoilement de la feuille de route 2026acfas devoilement de la feuille de route 2026
L’Acfas présente sa feuille de route « Pour un Québec qui croit en sa science », élaborée en vue des élections du 5 octobre - Photo LPJ
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 24 septembre 2026

 

 

« La science ne remplace pas la politique. »  - Martin Maltais

 

 

La formule de Martin Maltais, président de l’Acfas, résume l’esprit de la feuille de route Pour un Québec qui croit en sa science. L’objectif n’est pas de demander aux scientifiques de décider à la place des élus, mais de mieux faire circuler les connaissances entre le monde de la recherche et celui de la décision publique..

À l’occasion des élections générales québécoises qui se tiendront le 5 octobre, l’Acfas a ainsi choisi d’interpeller l’ensemble des partis. Une démarche que l'association présente comme non partisane et organisée, pour la première fois, à partir d'une consultation menée spécifiquement dans un contexte électoral.

 

Martin Maltais président de l'acfas

 

 

80 contributions pour construire 23 propositions

Durant l’été, membres de l’Acfas, organismes engagés auprès de la relève et acteurs de la culture scientifique ont été invités à participer à cette consultation. Près de 80 contributions et témoignages ont alimenté la réflexion.

Le résultat tient en 23 propositions, organisées autour de trois priorités et sept chantiers : renforcer la place de la science dans la décision publique, consolider les fondations de la recherche québécoise et améliorer les conditions offertes à la relève.

Derrière cette architecture, l’Acfas cherche surtout à poser la question de la place accordée à la recherche dans les choix qui seront faits au cours du prochain mandat. Pour son président :

« Dans un contexte où les enjeux de souveraineté scientifique appellent des réponses structurantes, l’Acfas contribue au débat public de manière non partisane »

L'association demande aux formations politiques de se positionner sur l'avenir de la recherche au Québec.

 

Sophie Montreuil
Sophie Montreuil

 

Créer des passerelles entre chercheurs et décideurs

La première priorité concerne directement le fonctionnement de la décision publique. Pour Sophie Montreuil, directrice générale de l’association, l’enjeu est de permettre aux décideurs de mieux s’appuyer sur les données, les statistiques, les faits et les études disponibles.

Cela ne signifie pas que les chercheurs doivent se substituer aux élus. Les temporalités, les responsabilités et les méthodes sont différentes. Tout l’enjeu consiste donc à organiser leur dialogue.

L’Acfas propose notamment de financer des formations en conseil scientifique, d’instaurer des espaces réguliers de rencontre entre scientifiques, fonctionnaires et élus et de développer les stages et résidences de chercheurs au sein des ministères et organismes publics.

L'association souhaite également la création d’un répertoire québécois des expertises scientifiques francophones et d’une synthèse scientifique publique accompagnant les décisions gouvernementales et législatives. L’objectif affiché est de rendre plus visible la manière dont les connaissances disponibles ont été prises en compte.

 

Philippe Gachon
Philippe Gachon

 

« La recherche, ce n’est pas une dépense »

Cette relation entre recherche et décision publique prend une dimension très concrète lorsqu’il est question de changements climatiques, d’inondations ou d’aménagement du territoire.

Philippe Gachon, professeur à l’UQAM et directeur général du Réseau Inondations InterSectoriel du Québec, a insisté lors des échanges sur la nécessité de croiser les disciplines pour comprendre des phénomènes qui ne peuvent plus être abordés séparément.

Les sciences du climat rencontrent ici l’aménagement, les sciences sociales, l’économie ou encore les politiques publiques. La capacité à anticiper les crises dépend aussi de la solidité de cet écosystème de recherche.

« La recherche, ce n’est pas une dépense. C’est un investissement », a résumé Philippe Gachon.

 

Universités et collèges au cœur du dispositif

La deuxième priorité de la feuille de route porte précisément sur les fondations de cet écosystème.

L’Acfas demande un réinvestissement récurrent dans les réseaux universitaire et collégial. Elle souhaite également que la recherche menée dans les collèges occupe davantage de place dans la prochaine Stratégie québécoise de recherche et d’investissement en innovation.

La question des étudiants internationaux aux deuxième et troisième cycles apparaît également dans les propositions. L'association demande des conditions d’accueil « prévisibles et ouvertes », estimant leur présence importante pour la planification des activités de recherche des universités et pour la vitalité scientifique du Québec.

 

Le français passe aussi par la découvrabilité

La feuille de route accorde une place particulière à la recherche en français. L’Acfas demande notamment un suivi régulier de la situation du français dans la recherche, des mesures favorisant la diffusion scientifique dans cette langue et un financement minimal destiné à la recherche réalisée ou publiée en français.

Une proposition retient particulièrement l’attention : faire de la découvrabilité de la recherche en français une priorité gouvernementale.

 

 

Le LATICCE, le laboratoire qui a façonné la découvrabilité culturelle

 

 

Produire des connaissances en français ne suffit pas si celles-ci restent difficiles à trouver dans l’environnement numérique. L’Acfas propose donc de soutenir les infrastructures de libre accès existantes et d’inscrire cette question dans une réflexion plus large sur la souveraineté culturelle du Québec.

La découvrabilité devient ainsi, dans cette feuille de route, un élément de politique scientifique : il ne s’agit plus seulement de produire et de publier en français, mais aussi de permettre à ces travaux d’être trouvés, consultés et diffusés.

 

Justine-Anne Rowell
Justine-Anne Rowell

 

 

Une relève scientifique fragilisée

Troisième priorité : celles et ceux qui commencent leur parcours dans la recherche.

Justine-Anne Rowell, directrice générale de Thèsez-vous, a ramené la discussion vers une réalité très quotidienne : précarité financière, pression de performance, santé mentale et difficulté à se projeter dans une carrière scientifique.

Pour l’Acfas, cette accumulation peut allonger les parcours universitaires et conduire certains étudiants à quitter la recherche. L’association propose donc d’augmenter la valeur et le nombre des bourses d’excellence et de les indexer afin qu’elles suivent l’évolution du coût de la vie.

Elle demande également la reconduction du Plan d’action sur la santé mentale en enseignement supérieur, avec un volet consacré spécifiquement à la relève en recherche. Les initiatives favorisant la persévérance, la rédaction scientifique, la gestion de projet ou l’équilibre de vie devraient également être davantage soutenues.

 

Une feuille de route maintenant entre les mains des partis

Avec ses 23 propositions, l’Acfas ne présente pas un programme électoral. Elle entend fournir aux différentes formations politiques une base sur laquelle elles pourront se positionner pendant la campagne.

Pour Martin Maltais, le prochain rendez-vous important sera aussi la future stratégie québécoise en matière de recherche et d’innovation. L’enjeu sera de voir quelle place y occuperont le financement des institutions, la recherche en français, la relève et le rapprochement entre science et décision publique.

L’Acfas prévoit d’ailleurs de poursuivre ce travail de représentation auprès du gouvernement après les élections.

Reste maintenant à voir quelle place les partis accorderont à ces questions dans leurs propres propositions électorales.

 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.