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Le Working Holiday Visa : l’immigration au service d’une économie

Par Ronan Pezzini | Publié le 03/04/2019 à 03:58 | Mis à jour le 03/04/2019 à 10:24
Photo : Crédit Ronan Pezzini
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En novembre 2018, le gouvernement australien a fait une annonce qui n’est pas passée inaperçue au sein de la communauté des backpackers. 


Ces jeunes qui voyagent à travers le monde avec pour unique compagnon leur sac à dos, auront la possibilité de faire une 3e année de Working Holiday Visa (ou Programme Vacances Travail) au pays des kangourous. Ce visa, connu en France comme le Programme Vacances Travail, permet à des jeunes de moins de 30 ans de travailler et de parcourir les étendues australes pendant un an. 

Toujours plus en vogue, l’engouement pour cette offre d’immigration ne doit pas masquer les raisons de son existence. Les mots du Premier ministre, Scott Morrison, ne laissent pas de place à l’ambiguïté : “Ils [les bénéficiaires du WHV] ne rentrent pas chez eux avec de l’argent en poche. Tout ce qu’ils gagnent ici, ils le dépensent ici”. Retour sur le pourquoi du comment de ce visa. 


L’Australie, terre d’immigration

Il suffit de voir une carte du monde pour se rendre compte de la superficie de l’Australie, 6e plus grand pays au monde, et de son potentiel de ressources et de travail. Paradoxalement c’est un pays peu peuplé. Avec ses 24,4 millions d’habitant en 2016 (1/3 de la France) il se hisse timidement à la 229e place du classement des densités de la population avec… 3 personnes au kilomètre carré. La légende dit vrai : il y a plus de kangourous que d’habitants sur l’Etat-continent. Le territoire n’est ainsi pas maîtrisé dans son entièreté et encore moins exploité. Et ce d’autant plus que les 2 plus grandes villes du pays, Sydney et Melbourne, se partagent près de 10 millions d’habitants soit presque la moitié des australiens. L’Australie est donc surtout peuplé le long des côtes mais, une fois rentré dans le bush, la population se fait rare.  

Par ailleurs, la naissance de l’immigration en terre australe renvoie à la colonisation britannique. Elle a placé les rouages des mouvements de population et a contribué au mythe de l’Australie comme un Eldorado pour les Européens puis par la suite pour les Asiatiques. 

C’est finalement ce constat géo-démographique couplé à son histoire coloniale qui fait de l’Australie une terre d’immigration. Elle a ainsi toujours eu une place de choix dans l’économie et la croissance du pays. Dans une étude de 2018, le Trésor Australien reconnaît, outre une relation positive entre la croissance du PIB et l’immigration outre-mer, un lien dans la construction de la nation australienne. L’Australie comme terre d’accueil apparaît au cœur de l’identité et de la culture du pays.
 

Le Working Holiday Visa et l’économie backpacker

C’est ainsi naturellement que l’immigration va avoir un rôle clé dans le bon fonctionnement de l’économie australienne. Et pour ce faire, le gouvernement se sert du formidable outil que sont les visas. L’offre est large et variée, au goût de chacun. L’objectif est tout autant d’attirer de la main d’œuvre expérimentée que non qualifiée. En 2017 c’est tout de même plus de 3 millions de visas autre que touristiques qui ont été octroyés à des étrangers. 

Le WHV fait référence dans ce domaine tant il est populaire et bien développé en Australie. C’est le pays qui en délivre le plus par an. En 2017 c’est tout de même 210.000 Working Holiday Makers qui sont venus profiter des terres australes. En comparaison, la France, qui a son propre Programme Vacances Travail en a délivré 3 800 en 2016. Il faut dire que le gouvernement australien a su promouvoir de véritables atouts – le climat, la facilité de trouver du travail ou encore d’effectuer des démarches administratives. Pour obtenir son WHV il faut avoir 450$ et une heure devant soi. Pour 75% des cas la demande est traitée en 22 jours. Et le jeu en vaut la chandelle pour ce pays. Grâce à cette attractivité et la facilité de se voir délivrer le fameux visa, c’est tout une économie qui se met en place en Australie. Une économie de backpacker, adéquatement liée aux manques de l’économie australienne. Les voyageurs participent à l’effort de travail sur des secteurs clés comme le minier, la construction ou surtout l’agriculture et dépensent par la suite leurs ressources dans le tourisme australien. 79% des WHMakers vont ainsi travailler en Australie pendant la période de leur visa et vont dépenser en moyenne 10 000$ dans le pays. 


Le besoin de main d’œuvre dans une ferme de myrtilles

Nous sommes partis enquêter dans une région rurale près de Brisbane. Nous trouvons un travail dans une ferme de myrtilles avec au programme le traditionnel ramassage de fruits mais aussi son emballage. Au total c’est une petite trentaine de personnes qui travaillent dans la ferme. Il s’agit de la haute saison et la ferme bat son plein. Sur cet effectif seulement 4 sont Australiens. Parmi eux, deux sont les propriétaires et un, le manager de la ferme, n’est nul autre que le gendre des deux premiers. Finalement il n’y a qu’un unique Australien salarié qui n’ait pas de lien familial avec les gérants. 

Nous touchons du doigt le problème du manque de travailleurs dans le secteur agricole. Malgré les efforts du gouvernement, les Australiens refusent ces métiers non qualifiés. Les raisons sont plurielles mais ne renvoient en aucun cas au simple problème de la ruralité. 

La première est probablement la rémunération. La majorité du temps le fruit picking est rémunéré au piece rate c’est-à-dire à la quantité ramassée. Ici – dans le cas des myrtilles – c’est au kilogramme mais cela peut être au seau ou encore à la palette. Il n’est donc pas pensable d’avoir des moments creux dans sa journée de travail. Il faut tenir un rythme très soutenu en permanence. Par ailleurs, même lorsque le travail est payé à l’heure, il s’en tient au minimum syndical, aux alentours de 20$ net de l’heure.

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Crédit Ronan Pezzini

Une autre raison provient des conditions de travail qui découlent notamment de cette rémunération au rendement. Les journées sont longues et souvent sans pause. A la ferme de myrtilles, la majorité des travailleurs ne prennent pas de déjeuner mais s’autorisent quelques smoko à la place. Par ailleurs, certaines cultures créent plus de difficultés dans la cueillette que d’autres. Les pommes et les poires nécessitent une échelle et de porter de lourdes charges, les bananeraies sont infestées de serpents et d’araignées quand les mangues sont urticantes. Le film 88 days décrit cet esclavage moderne. Réalisé par la jeune Katherine Stoner, le documentaire dénonce également le harcèlement sexuel ou encore le décès au travail d’Olivier Max Caramin.  


Amener des travailleurs en zone rurale

Face à ce constat, le gouvernement australien s’est appuyé sur le WHV. Après l’échec de l’instauration d’un visa pour les travailleurs agricoles et la tentative du Premier ministre d’obliger les bénéficiaires d’allocations chômage à travailler dans le ramassage de fruits, l’ultime manœuvre fut d’aller chercher cette main d’œuvre via les WHMakers. Et le concept des “88 jours” vient soutenir cette provision en travailleurs. En effet, pour prétendre à la 2e année de visa, ces jeunes doivent travailler dans des régions éligibles, c’est-à-dire, dans ces zones reculées. 

De plus, dans ce qui apparait être une relation gagnante-gagnante entre les employeurs et employés, un nouvel écueil apparaît : la main d’œuvre backpacker est très volatile. C’est un lourd bémol pour les fermes qui connaissent un turnover énorme de leurs travailleurs. Le recrutement prend donc une part très importante chez les fermiers. C’est dans cette veine que le WHV a été modifié en novembre dernier. Le gouvernement a su l’adapter de nouveau aux besoins apparents. Ainsi, à partir du 1er juillet 2019, les WHMakers auront la possibilité de faire une 3e année de visa à condition d’avoir réalisé au moins 6 mois de travail sur le territoire et notamment dans le domaine agricole. 

De plus, le gouvernement permet aux employeurs de conserver des employés formés et expérimentés jusqu’à 12 mois au lieu des 6 mois actuels. L’objectif affiché par le bureau de l’immigration est clair, il s’agit de “fournir aux fermes un accès immédiat à des travailleurs dans des régions clés”. 

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Ronan Pezzini

Rédacteur ponctuel mais passionné à plein temps! Il profite d'une année de césure dans son master de Relations Internationales pour arpenter le monde, écrire quelques lignes et prendre la nature en photo sous tous ses angles!
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