Samedi 26 septembre 2020
Melbourne
Melbourne

Ciné : rencontre avec Eddie Tamir, directeur artistique du JIFF

Par Séverine Gasq | Publié le 25/10/2018 à 13:36 | Mis à jour le 25/10/2018 à 13:47
Photo : La Promesse de l’aube, Jewish International Film Festival
jewish international film festival cinema juif eddie tamir interview israel

Le Jewish International Film Festival est de retour à Melbourne jusqu’au 21 novembre, avec une sélection de films impressionnante tant par sa richesse que sa diversité. A cette occasion, Lepetitjournal.com/Melbourne a interviewé son directeur artistique, Eddie Tamir.

Lepetitjournal.com/Melbourne : Depuis combien de temps êtes-vous le directeur artistique du Jewish International Film Festival?

Eddie Tamir : Cette année est ma huitième année. Il y a vingt-neuf ans, quand le premier Jewish International Film Festival a eu lieu, il n’y avait que deux festivals de cinéma en Australie : le Jewish International Film Festival et le French Film Festival. Aujourd’hui, il y en a quarante-huit ! La compétition est rude. Comme le festival ne présente que des films en avant-première, nous devons travailler toute l’année pour le préparer et visiter les festivals de cinéma du monde entier. Donc chaque année nous allons à la Berlinale, à Cannes, à un festival du documentaire en Israël, à Tel-Aviv… Nous sommes en contact avec tous les grands festivals ainsi que les producteurs et les distributeurs. 


Comment se déroule la sélection des films?

Nous voyons les films et quelquefois lisons même les scénarios. On peut parfois acheter les films dès l’étape du scénario, ce qui est très dangereux car c’est un coup de poker. Cela nous arrive, mais rarement. On peut aussi découvrir un film dans un festival ou au marché du film, comme à Cannes. On voit les films, et si on les aime, on s’adresse aux agents et on négocie un accord pour obtenir la première à notre festival.


Est-ce que c’est important pour vous d’avoir un large éventail de pays représentés?

Oui. Cette année, je crois que nous avons des films venant de plus de douze pays. Donc ce festival porte un regard intéressant sur le monde des douze derniers mois. Car tous les films viennent de sortir. C’est une perspective originale et comme nous cherchons une résonance juive dans chacun des films, cela permet de regarder le monde sous un angle particulier.


Qu’est-ce qui donne à un film une perspective juive, selon vous?

Il y a deux définitions différentes. L’une est Israël, le visage actuel de l’histoire juive. Et l’autre est la diaspora juive. En-dehors d’Israël, on cherche des personnages, des thèmes ou des histoires qui ont trait à la judéité. Si le film vient d’Israël, c’est un peu plus large. Car presque tout ce qui se passe en Israël se rapporte de près ou de loin à la thématique juive. Donc même si un film traite d’une minorité comme les Bédouins ou les Grecs orthodoxes, nous considérons que, puisqu’ils vivent en Israël, ils ont leur place dans le festival. Les critères sont un peu différents.


Est-ce que vous sélectionnez des films qui offrent un point de vue politique sur Israël?

Oui, bien sûr. Nous choisissons les films sur leurs qualités artistiques, tout est une question d’art. Nous ne sommes pas politisés donc nous avons des films de gauche, de droite et du centre. Notre seule limite est l’incitation à la haine. En-dehors de cela, si un film est bon, on le montre.


Les films que vous avez sélectionnés sont très variés, est-ce un choix délibéré?

Nos choix dépendent entièrement de la qualité du film, si on l’aime, si on pense qu’il va trouver son public. Certains films seront vus par trente ou quarante spectateurs, et d’autres vont attirer mille personnes. On adore ce mélange. Certains spectateurs cherchent les petits joyaux de la sélection. Ils étudient même le programme pendant plusieurs semaines et voient vingt ou trente films, c’est formidable. Ils vivent vraiment le festival. Ils ne viennent pas voir un ou deux films mais se plongent dans cette expérience de cinéma et discutent, débattent ensemble dans le hall. Nous essayons vraiment de créer un événement qui dépasse le simple fait de voir un film.


Est-ce que vous essayez de sélectionner des films de réalisatrices ou centrées sur des femmes?

Ce n’est pas un but en soi mais on cherche des films que l’on aime, donc, inévitablement, les films faits par des femmes ou sur des femmes sont très présents. C’est le cas cette année.


Y-a-t-il certains films que vous avez particulièrement aimés et que vous voulez défendre ?

Bien sûr. Il y a un film français qui est d’ailleurs un film à gros budget et qui va avoir beaucoup de succès, La Promesse de l’Aube, avec Charlotte Gainsbourg. C’est la première du film en Australie et c’est un excellent film. Je ne connaissais pas bien Romain Gary avant cela. Mais cette histoire est incroyable. Cette relation mère-fils fusionnelle est extrêmement intense. 

Pour ce qui est des plus petits films, j’évoquerais un film extraordinaire qui met en scène une artiste de cabaret très provocante et sa difficulté à réconcilier son identité sexuelle avec sa mère juive marocaine et son père universitaire afro-américain. Il s’agit de Narcissister Organ Player. Ce film n’attirera pas forcément les foules, mais je l’aime beaucoup. 


Qui constitue la majorité de votre public?

Le cœur du public est la communauté juive d’Australie. Mais comme nous offrons une très grande sélection et que tous nos films sont présentés en avant-première, nous nous adressons à tous les publics. Quatre de nos films sont le choix de leur pays d’origine pour les Oscars de l’année prochaine : Sobibor (Russie), The Interpreter (Slovaquie), I do not care if we go down in History as Barbarians (Roumanie) et Waldheim Waltz (Autriche). Donc ce sont de grands films du cinéma international.


Pensez-vous que le fait que la majorité des films soient sous-titrés puisse rebuter les spectateurs?

Absolument. Nous savons que les sous-titres en découragent certains. Mais un spectateur qui refuse de lire des sous-titres se prive de la production cinématographique des trois quarts de la planète. Alors il faut relever le défi, cela vaut vraiment le coup.


Que pourriez-vous dire à nos lecteurs pour les convaincre de venir au Jewish International Film Festival?

Ils auront le choix entre cinquante films, de tous les budgets, grand public ou plus obscurs, de tous bords politiques. Vous trouverez forcément un film qui vous plaira et un film qui vous déstabilisera. Epluchez le programme et prenez des risques. Rendez-vous au cinéma!


Informations pratiques :

MELBOURNE
24 octobre – 21 novembre, Classic Cinemas, Elsternwick
25 octobre – 21 novembre, Lido Cinemas, Hawthorn
8 novembre – 21 novembre, Cameo Cinemas, Belgrave

SYDNEY               
23 octobre – 21 novembre, Event Cinemas Bondi Junction
10 novembre – 21 novembre, Roseville Cinemas, Roseville

BRISBANE
8 novembre – 18 novembre, New Farm Cinemas, New Farm

CANBERRA          
1 novembre – 11 novembre, Dendy Cinemas, Canberra

PERTH
7 novembre – 18 novembre, Greater Union Cinemas, Morley

 

Retrouvez toutes les informations sur le site officiel.

Séverine Gasq

Séverine Gasq

Séverine est diplômée d’un DEUG de Cinéma de la Sorbonne. Installée à Melbourne depuis près de dix ans, elle est passionnée de cinéma, de littérature et d’Histoire.
0 Commentaire (s)Réagir

Communauté Melbourne

ART

Un 'clown' australien et écolo à Montargis

Dans le cadre d'un festival d'art de rue dans la région parisienne, l'artiste australien installé en France René Brink "Shrink" a réalise un mural. Un thème environnement pour une oeuvre très urbaine.

Expat Mag

Francfort Appercu
INTERVIEW

Philippe Jacq : « Le théâtre est un grand vecteur de culture »

Ses apparitions remarquées sur le petit écran et au théâtre en France et en Allemagne ne nous ont pas laissés indifférents. Il revient sur scène avec « Le Bonheur » à Francfort et Wiesbaden. Entretien