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Le Palais de Pena à Sintra : "Château du Graal"

Par André Laurins | Publié le 29/07/2018 à 23:23 | Mis à jour le 03/08/2018 à 00:23
Photo : ©PSML-Wilson Pereira
Palacio_pena_PSML-Wilson-Wilson Pereira

Pour désigner le Palais de Pena à Sintra, un ensemble architectural spectaculaire, on utilise souvent la référence de demeure philosophale emblématique. Des adjectifs l’accompagnant, tels que romantique, éclectique ou exotique, sont souvent incomplets et peuvent même induire en erreur. Par contre, des qualificatifs liés à des divagations ésotériques se rapprochent davantage de la vérité, tout en s’éloignant de la raison et du sens commun. Cependant cette architecture civile, intégrée dans son environnement avec un très bon sens de scénographie paysagiste, se rapproche  dans le contexte de son époque, à une conception romantique par excellence.


Pena : une œuvre romantique

Ferdinand Auguste Franz Anton (1816-1885), devenu Dom Ferdinand II, deuxième époux de la reine Maria II, sera roi du Portugal de 1836 à 1853, jusqu’à ce que son fils, Don Pedro V, ne monte sur le trône. Initié à la Franc-maçonnerie en date imprécise dans son pays d’origine, Ferdinand Saxe Cobourg et Gotha, prince allemand, versé dans la gravure et la peinture, accéda au titre de premier grand maître du Grand Orient Lusitanien, en 1869. Cette position suprême ne se rattacha pas obligatoirement, comme certains l’argumentent, au caractère emblématique du Palais de Pena, conclut la même année. Homme cultivé et sensible aux courants esthétiques du romantisme, il sera aussi le promoteur d’espaces verts dans la capitale portugaise (Tapada das Necessidades, Passeio público ou Estrela) et incitera à la plantation de beaucoup d’arbres de grand port dans la Serra de Sintra, qui, avant cela, ressemblait davantage à la Serra da Arrábida, proche d’un maquis méditerranéen. Grand connaisseur des Arts et sensibilisé par le patrimoine national portugais, ce roi étranger, connu sous le nom de "roi-artiste", incita également à la restauration de nombreux édifices comme le monastère de Batalha, le couvent du Christ de Tomar , la Tour de Belém et le monastère de Jerónimos, le château de Guimarães ou l’usine de céramique de Sacavém, en organisant l’ensemble des travaux et en fournissant des bourses aux artistes concernés par ces œuvres.
 

Palacio da Pena
©M.J Sobral

Sintra : la montagne sacrée

Le palais de Pena représente comme un condensé de toute l’histoire du Portugal, rattaché au contexte bien spéciale de cette chaîne de montagne de Sintra, chargée d’histoires et de mythes, tout en y ajoutant la biographie personnelle et particulière de Dom Ferdinand. La montagne de Sintra est considérée depuis toujours comme un lieu sacré, un Mons sacer, ou bien un lieu amène, Locus amoenus, sorte de Paradis terrestre ou d’Arcadie idéalisée, selon la sensibilité de chacun, qu’il soit orienté vers le mysticisme ou la poésie. Ce lieu magique reconnu par tous est aussi, paraît-il, l’une des sept portes dispersées à travers le monde, pour accéder à une autre dimension, un monde parallèle au nôtre, l’un des principaux Centres Jinas, selon le polygraphe espagnol Mario Rosa de Luna.

Toute proportion gardée, ce sera bien le caractère romantique qui l’emportera, qu’il soit littéraire, plastique ou lié á la sacralité tellurique de Sintra. Dom Fernando transformera les ruines du monastère des frères  Jéronimites (de l’ordre de Saint-Jérôme), édifié par Dom Manuel Iº, en 1511 et détruit au cours du tremblement de terre de 1755, en un lieu privilégié de "régénération de la Patrie par ses pairs", selon l’expression attribuée au propre prince allemand. Précédant ce monastère, il existait déjà sur cet emplacement une petite chapelle dédiée à Notre Dame de Pena, édifiée à la suite de la reconquête chrétienne du XIIº siècle. Lieu de recueillement par excellence, comme le couvent des "Capuchos" tout proche, les deux constructions sont souvent immergés dans un brouillard serré ou envahit par les nuages de l’Atlantique. Il n’est pas étonnant non plus que Richard Strauss ait avoué son étonnement à la vue de Sintra, comparant l’endroit à un vrai "jardin de Klingsor", selon la tradition arthurienne, et qu’il ait comparé le Palais de Pena au "Château du Graal".

Palacio da Pena_PSML-Emigus
©PSML-Emigus

L´origine du palais

L’ensemble des ruines sera racheté par Dom Fernando, en 1838 qui fait démarrer la même année les travaux de restauration sous la direction du Baron de Eschwege (1777-1855). Contrairement au projet de départ qui consistait à récupérer  uniquement le vieux monastère pour en faire une résidence secondaire et estivale, l’ingénieur militaire et artiste allemand arrivera à convaincre le roi à de plus amples ambitions. Au milieu du XIXº siècle, dominait une tendance éclectique, influencée par des périodes historiques et artistiques allant depuis l’Antiquité jusqu’au Moyen Âge. Selon cette perspective, Eschwege développa une thématique d’inspiration néo-gothique, que le monarque rejeta pour lui préférer une articulation en symbiose avec les traditions artistiques locales et se rattachant également à la période glorieuse des Découvertes portugaises. Ainsi, Dom Ferdinand incita Eschwege à parcourir l’Europe depuis l’Angleterre, la France, jusqu’à Berlin pour revenir par Cordoue, Séville ou Grenade, en passant  même par l’Algérie, pour y acquérir le maximum d’éléments décoratifs et d’idées diverses.  
Le Palais de Pena sera donc projeté dans ce contexte et aura le rôle de pionnier des conceptions architecturales romantiques au Portugal. Son plan général sera de forme irrégulière, conditionné à la fois par la forme d’origine du monastère et par la topographie du lieu, amenant à une intime liaison entre le paysage alentour et l’édification de l’ensemble.
La première campagne de travaux se déroulera en 1844 et l’ancien édifice religieux sera intégré dans l’ensemble. Il faudra arriver à 1869 pour atteindre le résultat final, donc 25 ans d’efforts. Dom Ferdinand laissera dans son testament le Palais de Pena, en 1885, à la Comtesse d’Edla, qu’il avait épousé en 1869. Après l’instauration de la République, le palais sera transformé en musée, à partir de 1910/12. L’Unesco le classera, en 1995, avec la région de Sintra, comme paysage naturel patrimoine mondial.

 

Un projet architectural riche

L’aspect extérieur de l’édifice présente un équilibre marqué selon un rythme harmonieux dans l’articulation des espaces et volumes, créant entre eux des noyaux dynamiques de l’ensemble architectonique. La construction avec ses tours, un minaret, des murailles et des contreforts révèle une extraordinaire richesse en diversité et un caractère intégrant totalement des critères romantiques associés au style mudéjar islamisant, notamment dans les éléments décoratifs. La façade orientée au sud comporte deux tours octogonales, recouvertes de carreaux de faïence surmontée d’une coupole. Une construction rectangulaire, d’où se détache une véranda, s’appuie sur des colonnes torsadées. La façade au nord est, elle, constituée de corps solides et équilibrés. Le Portail du Triton, par ses caractéristiques monumentales et décoratives, tout comme au-dessus la fenêtre manuéline ouverte sur un mur d’azulejos imitant celle qui se trouve au couvent du Christ de Tomar, sont des éléments qui reflètent l’intérêt revivaliste de l’ensemble, tout comme la reproduction sommaire de la Tour de Belém, peinte en rouge cinabre.

 

Visite le jeudi 23 août

L´auteur propose une visite ésotérique et botanique le jeudi 23 août de 9h45 à 12h00.
La participation pour cette visite est 10 euros, elle ne comprend pas l'intérieur du palais.
(L'entrée des extérieurs est de 7,50 euros)
Inscriptions : Tel. 914 699 247- laurins.andre@gmail.com

En savoir plus : www.parquesdesintra.pt/parques-jardins-e-monumentos/parque-e-palacio-nacional-da-pena/

 

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