Portugal : une sécheresse inquiétante

Par Thomas Ladonne | Publié le 01/03/2022 à 22:29 | Mis à jour le 01/03/2022 à 22:40
Un arbre sec en raison de  la sécheresse

Depuis 4 mois, le Portugal et l’Espagne subissent une sécheresse hivernale extraordinaire. Ce phénomène climatique affecte différents secteurs d’activités dans le pays et inquiète sur les effets visibles du dérèglement climatique qui ont des conséquences graves pour les agriculteurs portugais sur le court terme.  


Inquiétant ! La situation environnementale est inquiétante dans son ensemble. Les problèmes climatiques que connaît la péninsule ibérique, le territoire du sud-ouest de l’Europe comprenant l’Espagne et le Portugal, n’est qu’un exemple de fait « inquiétant », qui affecte directement la péninsule ibérique. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la sécheresse se définit comme une « période de temps anormalement sec suffisamment longue pour causer un grave déséquilibre hydrologique ». C’est actuellement ce qu’il se passe au Portugal, et ce en plein hiver. Lepetitjournal vous propose un focus sur les effets directs de la sécheresse au Portugal et sur les inquiétudes qu’elle provoque.


Le manque de pluie fait réapparaître un village englouti depuis… 1954

Selon les météorologistes locaux, le mois de janvier 2022 a été le deuxième mois le plus sec au Portugal depuis 22 ans. Concrètement, le volume de pluie tombé sur le pays est insuffisant. En effet, depuis combien de temps n’avez-vous pas été confronté à une averse ? Le climatologue de l’Institut portugais de la mer et de l’atmosphère (IPMA), Ricardo Deus estime que cette sécheresse est inédite, de par son « intensité, ampleur et durée ».

Ce sont majoritairement les régions du centre et surtout du sud du pays qui sont touchées ardemment par la sécheresse. La rivière Zêzere, située au centre du pays, est à un niveau très bas, ce qui constitue une preuve visuelle du problème actuel. Cet affluent du Tage, le rejoignant non loin de la ville de Constância, est connu pour offrir des paysages éblouissant grâce à la végétation luxuriante qui le borde. Le voir si bas n’est pas une image agréable à regarder. De plus, son assèchement a provoqué un phénomène surprenant, qui aurait pu être tiré d’une série télévisée : Vilar, un village englouti en 1954 est réapparu dans le nord-ouest de la région Centre du pays, à côté de Foz de Alge, à l’état de ruines.


L’agriculture mise en péril

Le premier secteur affecté par cette sécheresse est bien l’agriculture. Secteur déjà précaire, la situation ne fait qu’aggraver la fragilité de la culture de la terre. L’humidité des sols se trouvant à un niveau si peu élevé que cela amène les terres à craquer, les rendant incultivables. Ces craquements empêchent les cultures de pousser. L’herbe, qui est une des premières sources de nourriture pour les animaux, se fait rare. Si la situation se poursuit, les agriculteurs annoncent qu’à partir de juin, ils n’auront plus de travail car les conditions climatiques les empêcheront totalement d’exercer leur activité.

Le dernier espoir se trouve dans des potentiels pluies en avril-mai prochain, si l’anticyclone pressurisant la mer et empêchant les pluies de parvenir jusqu’au Portugal disparaît.


Cinq barrages hydroélectriques à l’arrêt

Le gouvernement a été contraint de réagir face à une telle situation. Cinq barrages hydroélectriques sont actuellement à l’arrêt. Ceci a été fait dans le sens de conserver des réserves d’eau initialement destinées à la production électrique. L’énergie au Portugal est aussi un souci qui affecte le pays : encore aujourd’hui, la grande majorité de l’apport énergétique du pays vient de l’étranger. En effet, le Portugal importe une grande quantité d’énergie fossile pour se fournir en énergie. Pour l’électricité, le choix de développer la branche renouvelable, notamment l’hydroélectrique et le solaire, est concluant mais encore insuffisant. Dans l’énergie que produit le Portugal, plus de 50% est de l’hydroélectrique. La fermeture de barrage va donc diminuer la production, ce qui est un impact indirect de la sécheresse. Aucune pénurie énergétique n’est pour autant à prévoir, selon les récents propos du ministre de l’Environnement et de l’Action climatique, João Pedro Matos Fernandes.


Entre relativisme et inquiétudes

Deux manières de penser se confrontent, d’un côté un relativisme sur la situation, de l’autre des inquiétudes confirmées et croissantes.
L’ancien ministre socialiste de l’Agriculture, Capoulas Santos, a déclaré sur le plateau de la radio nationale Antena 1 qu’il fallait « relativiser le problème ». En effet, de son point de vue, il n’y a pas de « solutions magiques » au phénomène climatique : il faut attendre que la pluie tombe. Pour l’homme politique, beaucoup a été fait pour prévenir de la sécheresse, notamment le projet de barrage à Alqueva, dans le sud du pays, proche de la frontière espagnole. Certes, il n’y a pas de solutions magiques pour parer les sécheresses, mais le souci est global : si le dérèglement climatique n’est pas enrayé, les sécheresses continueront de frapper le pays et de l’affecter négativement comme cette année, de plus en plus violemment.

C’est ce que nous rapporte Marie Chureau, une activiste française de Youth for Climate France, l’antenne française de Fridays For Future Europe, le mouvement de défense de l’environnement mené par la Suédoise Greta Thunberg.
« Tout était prévu dans les rapports scientifiques depuis des années » explique Marie, engagée depuis quelques années déjà pour la cause climatique, et pour qui l’évidence des phénomènes actuels est frappante. « Les dirigeants politiques n’ont fait qu’empirer les choses par leurs décisions » dit-elle avec énervement, pointant du doigt une action insuffisante des pouvoirs publics dans les pays européens. Elle n’oublie pas de rappeler que « ces catastrophes affectent les plus précaires » et « dérèglent fortement l’économie ». Le Portugal est encore touché par la chute de 8,4% de son PIB en 2020 due à la pandémie de Covid-19, la plus grande chute depuis la récession de 1936. Enfin, Marie appelle à réagir : « on ne peut pas nier les choses, l’idée maintenant c’est de réagir ! ».


Le nouveau rapport du GIEC alerte sur l’avenir

Certes, comme Capoulas Santos l’affirme, de telles situations se sont déjà produites. Mais ce qui est de plus en plus inquiétant c’est que  ce genre de situation augmente en fréquence. Le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) paru ce lundi 28 février, en plus d’alerter sur la situation globale de notre planète, pointe du doigt le souci de l’eau en Méditerranée.

Le chapitre quatre du rapport étant entièrement dédié à la gestion de l’eau alerte sur les deux points éloquents exposés : la fréquence des sécheresses et la gestion de l’énergie. Le rapport émet une prévision selon laquelle -grâce à une étude de 571 villes méditerranéennes- les sécheresses devraient augmenter et ce, de manière plus conséquente en Espagne et au Portugal. Dans une autre sous-partie, les scientifiques préviennent d’ores et déjà que la puissance hydroélectrique tendrait inévitablement à diminuer, comme conséquence de ces sécheresses plus accrues. Enfin, et encore en lien avec le risque d’augmentation des périodes de sécheresse, le GIEC prévient que par effet direct, les incendies seraient moins occasionnels si le réchauffement continue. Un incendie ravageur et terriblement meurtrier comme en 2017 pourrait donc devenir un potentiel risque fréquent. D’ailleurs, en ces premiers 44 jours de 2022, il y a eu 1400 incendies en milieu rural qui ont été rapportés ; 5564 hectares ont déjà brûlé, selon l´ Instituto de Conservação da Natureza e das Florestas (ICNF).

 

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