

Maria de Medeiros est une actrice, réalisatrice et chanteuse portugaise d'expression française que le public francophone connaît bien et qui, lors de la 12e édition de la Fête du cinéma français au Portugal est venue à la rencontre du public francophone et portugais. A l´occasion de sa présence à Lisbonne, elle a bavardé à bâtons rompus avec Lepetitjournal.com
(Photos ; M.J. Sobral)
Lors de la 12e édition de la Fête du cinéma français Maria de Medeiros était notamment à l´honneur dans deux films : Ni à vendre, ni à louer de Pascal Rabaté et HH, Hitler à Hollywood de Frédéric Sojcher où elle jouait le rôle d´une brillante détective au coté de Micheline Presles.
Une femme pétillante
Nous avons bavardé avec une femme à l´esprit vif, curieux, pétillant. On est face à une énergie de vie puissante, une femme qui use de sa séduction mais qui cherche aussi à se protéger. Elle livre certes quelques confidences, mais juste ce qu´il faut. Bref, une lionne née le 19 août 1965 à Lisbonne, et qui est partie s´installer à Paris à l´âge de 18 ans. La vie artistique et culturelle l´ont marqué assez tôt dans sa vie, un père musicien et qui fut aussi attaché culturel à Vienne. Une mère, journaliste et surtout une grand-mère bien connue, la célèbre Odette de Saint Maurice, auteur de livres pour les jeunes.
Une actrice formée à l´Ecole française
Elle intègre l'École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre, ensuite le Conservatoire de Paris et suit les classes de Michel Bouquet et de Jean-Pierre Vincent. Au même moment, elle joue au théâtre de l'Athénée Elvire Jouvet 40. Cette pièce sera reprise trois ans de suite et mènera la troupe dans plusieurs pays du monde. Elle tournera aussi en France sous la direction, entre autres, de Jean-Charles Tacchella, Serge Moati, Richard Berry. Aux États-Unis, elle tourne dans de grandes productions comme Henry et June de Philip Kaufman ou Pulp Fiction de Quentin Tarantino.
Une présence au Portugal
Elle tourne aussi dans son pays, le Portugal, avec des réalisateurs comme Manoël de Oliveira, Teresa Villaverde, Luis Galvão Telles et d´autres. Elle dirige en 1999 son premier long-métrage, Capitaines d'avril (en sélection officielle au Festival de Cannes 2000), sur la Révolution des ?illets, pour lequel elle obtient le Grand Prix du Festival International de São Paulo, le Prix Globo de Ouro du meilleur film au Portugal et plusieurs prix du public en France. Elle a reçu plusieurs prix d'interprétation dans divers festivals internationaux de cinéma.
Chanteuse et artiste pour la Paix
La femme et l´actrice se sont aussi essayées à la chanson, elle a notamment lancé A little more blue, un premier projet musical suivit par d´autres CD. Une voix dans le ton de l´époque, sexy et en demi-ton. Enfin, en 2008, elle a été nommée artiste pour la Paix de l´Unesco ce qui semble correspondre à certaines de ses préoccupations sur l´ordre du monde.

Lepetitjournal.com/Lisbonne : Qu'est ce que cela veut dire pour vous être actrice et faire du cinéma ?
Maria de Medeiros : C'est un passage d'émotion. C'est le propre des arts finalement. Etre actrice c´est faire passer un langage d'émotion et aussi de compréhension du monde. Je crois que l´on a besoin de se reconnaître, et cela passe par la culture. A ce propos, je peux vous dire que je suis triste qu'ici au Portugal nous n'ayons plus de ministère de la Culture parce que je ne crois pas beaucoup aux identités géographiques mais aux identités culturelles et donc le travail des artistes est très important.
Vous êtes actrice mais aussi réalisatrice et vous vous êtes aussi essayée à la chanson. Dans quel rôle vous reconnaissez vous le plus ?
Pour moi ces trois activités sont extrêmement liées, et de fait j'ai commencé jeune comme actrice, à 15 ans et rapidement la caméra m'a intéressée des deux cotés, je suis passé à la réalisation à 19 ans. Je n'ai pas l'impression de faire trois choses différentes, sinon d'emprunter des langages un peu différents mais qui se touchent, qui sont liés. Je pense aussi que le cinéma et la musique sont indissociables. Pour moi tourner un film, c'est faire de la musique. Actuellement, je suis en train d'enregistrer un album, avec des morceaux inédits et en même temps je réalise un documentaire pour le Brésil, sur la "commission d'amnistie et réparation", qui travaille à réparer les souffrances de la dictature militaire.
Qu'est ce qui est important quand vous travaillez avec un réalisateur, son univers, par exemple ?
Le plus important, c'est qu'il ait effectivement un univers. C'est sentir que le réalisateur à son langage propre, ses fantasmes, ses préoccupations propres. Par exemple avec Pascal Rabaté ou Frederic Sojcher, je sens cela. Ça m´intéresse.
Vous sentez-vous davantage portugaise ou française ?
Je me sens les deux. J'habite à Paris depuis très longtemps, mais évidemment je me sens totalement portugaise, je m'identifie à la culture portugaise. Davantage d´ailleurs à la culture qu'à la société portugaise avec laquelle j'ai pris des distances, puisque je n'habite pas ici. Mon quotidien, ma vie de famille est en France. Mais en même temps, je me sens citoyenne européenne. Je me sens vraiment chez moi en Europe. La culture française fait aussi bien entendu partie de mon identité.
Vous aimeriez travailler davantage au Portugal ?
Oui. J'ai beaucoup travaillé au Portugal. J'ai fait des films dont je suis très fière, et c'est malheureux que je ne travaille presque plus au Portugal.
Comment vous l'expliquez ?
Peut-être parce que je ne suis pas là physiquement. Peut-être que les gens se disent qu'il est difficile de m'atteindre ou de me proposer des projets.
Vous pensez que vous auriez fait la même carrière si vous aviez eu comme base le Portugal?
C'est difficile à dire. En tout cas, je pense que le bagage européen que mes parents m'ont transmis a été un capital très important. Avoir grandi en Autriche, avoir souvent traversé l'Europe dans mon enfance, le talent incroyable de ma mère pour les langues? Tout cela a laissé une empreinte très forte. Le goût des langues et des cultures que j´ai en moi est sans doute un capital fondateur et qui a beaucoup aidé ma carrière
Comment vous voyez-vous dans dix ans ?
Dans dix ans j'aimerai pour moi et pour le monde qu'on ait plus de paix, et plus de démocratie pour de vrai. Par exemple, dans le pourtour méditerranéen, ça serait formidable que dans dix ans les révolutions arabes aboutissent à de vraies démocraties, comme au Portugal, parce que je pense que le Portugal reste un exemple extraordinaire à suivre de démocratie pacifique, non violente. Si on arrivait dans dix ans à pouvoir faire de l'art et avoir une culture foisonnante dans une atmosphère de grande justice et de paix, ça serait formidable.
Custódia Domingues (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) mardi 29 novembre 2011
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