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JOURNÉE DE LA FEMME - Jeanne Baret (1740-1807) et le bougainvillier

Écrit par Lepetitjournal Lisbonne
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 8 mars 2013

Pour cette journée de la femme Lepetitjournal.com vous propose de découvrir une véritable héroïne oubliée ou mal connue, cette femme a une histoire qui mérite d'être révélée : la première femme à avoir réalisé un tour du monde par voie maritime et aussi une botaniste enfin reconnue.

Paysanne bourguignonne
Jeanne Baret (Barret ou encore Baré, selon les différentes sources) était une paysanne bourguignonne, née en 1740 à la Comelle, en Saône-et-Loire, d'après le registre paroissial de l'époque. Elle rentre au service du médecin naturaliste Joseph Philibert de Commerson (1727-1773) à Toulon-sur-Arnoux, dans le Charolais, en 1764. Ce dernier, étant alors veuf, fait très vite de Jeanne sa maîtresse et sa compagne en botanique.

Laissant son fils en bas-âge à un oncle curé, Commerson montera en sa compagnie à Paris où il se fera vite connaître par ses ambitions et son talent dans sa spécialité.
Recommandé par l'astronome Lalande (1732-1807) et aussi par le comte de Buffon (1707-1788), il sera choisi pour occuper la place de naturaliste dans le grand voyage de circumnavigation que s'apprête alors à engager Louis Antoine de Bougainville (1729-1811), avec ordre du Roy Louis XV le Bien-aimé de restituer tout d'abord les Malouines aux Espagnols et d'aller ensuite prospecter dans le Pacifique.

(Reproduction du 18eme)

L´Expédition de Bougainville
Cette expédition scientifique est la première de ce genre entreprise par les Français et elle va durer de 1766 à 1769, alors que du côté des Anglais, Byron en 1764/66, Wallis en 1766/68 et Carteret en 1766/69 ont déjà parcouru le grand océan. Bougainville suivra d'ailleurs plus ou moins le même itinéraire que ces derniers. De son côté, James Cook entre 1768 et 1779 réalisera trois expéditions successives dans le Pacifique, dont la dernière lui sera fatale aux îles Sandwich (Hawaï).

Commerson n'embarque pas sur La Boudeuse, le navire amiral de l'expédition, mais sur la flûte l'Etoile, navire de charge, accompagné d'un valet imberbe, Jean, qui n'est autre que Jeanne sa fidèle compagne. Ainsi, arrivent-ils à contourner l'ordonnance qui interdit la présence de femmes à bord des navires du Roy. Dans sa fonction de naturaliste de l'entreprise, Commerson bénéficie de beaucoup d'espace pour entreposer ses récoltes et herbiers, disposant de toilettes privées, facilités notoires, qui aide le couple à dissimuler son état au reste de l'équipage.

Le naturaliste ayant de gros problèmes de santé, c'est Jeanne qui s'en ira herboriser, les seins bandés, telle une véritable "bête de somme", et qui collectera "des plus hautes montagnes du détroit de Magellan aux plus profondes forêts des îles australes", une grande partie des près de 5000 spécimens, dont 3000 étaient inconnus, récoltés au cours de l'expédition et ramenés en France.

La découverte du bougainvillier


Il se peut bien que ce soit Jeanne Baret qui ait été la première à découvrir, aux alentours de Rio de Janeiro, cette plante arbustive originaire du Brésil et de l'Argentine, qui gardera pour la postérité le nom du chef de l'escadre de ce périple maritime, le fameux bougainvillier (ou bougainvillée) de la famille des Nyctoginacées.
Cet arbuste grimpant a des ramifications couvertes d'épines, qui s'accrochent bien aux autres plantes, lui permettant de monter le plus haut possible, car il adore les fortes expositions aux rayons solaires. On recense 18 espèces de bougainvilliers de couleurs différentes, allant du blanc au rouge foncé, en passant par le mauve ou l'orange.

Une plante ornementale somptueuse

Lisbonne est une ville où il est facile de trouver l'exubérance d'une de ces plantes au coin d'une rue ou dans un jardin de palais, son climat lui étant tout à fait favorable. Officiellement, c'est Commerson qui "dédiera cet arbrisseau sarmenteux grimpant à feuilles persistantes qui pousse à plusieurs mètres de haut et de large pour éclater en une masse somptueuse de fleurs violet, rouge ou blanc délicat ou d'un intense carmin qui ne pouvait que convenir au caractère chaleureux, mais tenace, plein de panache, mais aussi de finesse du chef de l'expédition. Ainsi sera lié par un trait de génie le marin des Lumières et la plus lumineuse des plantes ornementales", souligne judicieusement Lucile Allonge dans son livre "La fabuleuse odyssée des plantes", JC Lattès, 2003.

(Bougainville)

Jeanne démasquée?
On ne sait pas exactement quand Jeanne sera démasquée. Les versions sont multiples autant que les journaux de bord et les récits de voyage qui ont commenté ce tour du monde. Peut-être dès le passage de l'Equateur, qui imposait à tous les membres novices de l'équipage des rituels plus ou moins scabreux? Est-ce le chirurgien Vivès, de l'Etoile, qui nota dans son carnet de voyage que l'équipage était pour Jean des "ennemis de sa pudeur". Ou alors par les Tahitiens, qui sans hésitation possible auraient vu en elle une "vahiné" au premier coup d'?il. Malgré tout, le chef de l'expédition fut magnanime et permis à Jeanne de demeurer auprès de son compagnon.

Arrivés en décembre 1768 à l'île de France (île Maurice), le couple finalement reconnu comme tel débarque et Commerson va assister l'intendant général Pierre Poivre (1719-1786), responsable du Jardin des Pamplemousses de 1767 à 1773. Une halte à Madagascar lui permettra d'herboriser à loisir en compagnie du neveu de Poivre, un autre botaniste-voyageur Pierre Sonnerat (1748-1814), avant que la maladie ne l'emporte et qu'il décède à l'île Maurice, en 1773, alors que huit jours plus tard, il était élu à l'Académie des Sciences de Paris. Jeanne recevra de lui une rente et se mariera un peu plus tard, toujours aux Mascareignes, avec un riche maître de forge, propriétaire de 800 esclaves. Veuve de ce mariage, elle lèguera ensuite tous ses biens au fils de Commerson qu'elle avait élevé comme le sien.

Aujourd´hui justice est définitivement rendue à Jeanne
Rentrée enfin en France, après être partie de Brest, puis passée par le Brésil, les Malouines, Tahiti, la Nouvelle-Bretagne, les Moluques, Java, les Mascareignes, Le Cap, Sainte-Hélène et arrivée à Saint-Malo, Jeanne va bénéficier, à partir de 1785 et jusqu'à sa mort en 1807, d'une pension royale pour avoir partagé, "avec le plus grand courage, les travaux et périls" du grand botaniste Commerson. Ce dernier avait déjà reconnu tout son mérite en lui dédiant un petit arbrisseau, le bois de kiwi, sous le nom de Baretia ababella, cette appellation ayant disparu depuis. Aujourd'hui, justice est définitivement rendue à Jeanne, puisqu'une petite plante anodine, poussant sur les hauteurs du sud du Pérou, vient de voir s'attribuer le nom de "Solanum baretiae". De la même famille que la pomme de terre ou la tomate, cette solanacée n'a certes rien d'extraordinaire, avec sa fleur à cinq pétales et son fruit orangé, mais l'histoire de la vie de Jeanne Baret mérite bien cet hommage.

André Laurins (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) vendredi 8 mars 2013
Technicien agronome (maria.friesen@sapo.pt)

logofblisbonne
Publié le 8 mars 2013, mis à jour le 8 mars 2013
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