Édition internationale

FESTA DO CINEMA FRANCES - Interview de Diastème réalisateur du film "un Français"

Écrit par Lepetitjournal Lisbonne
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 26 octobre 2015

Le film un Français vient d´être projeté ce 25 octobre, en clôture de la Festa do cinema francês à Porto, celle-ci se prolonge dans d´autres villes du Portugal jusqu´au 29 novembre. Un Français raconte le parcours de Marco qui souhaite sortir d´un groupe de skinheads qu'il fréquentait étant plus jeune, il veut devenir quelqu'un d'autre. Le réalisateur Diastème est venu à Lisbonne présenté son film lors de la Festa et à cette occasion il a accordé une interview au Lepetitjournal.com où il parle des raisons qui l´on conduit à faire ce film et de sa vision du cinéma.

(Photo : M.J. Sobral)

Lepetitjournal.com/lisbonne : Vous avez participé à beaucoup de projets de théâtre avant de vous lancer dans le cinéma, qu'est-ce qui vous a amené vers le 7eme art ?

Diastème : Je vais essayer de vous faire un résumé très rapide de mon parcours qui est un peu compliqué. Depuis tout petit j'ai une passion pour le cinéma, d'ailleurs dès onze ans je me suis mis à fréquenter la cinémathèque. Puis la vie m'a amené à faire de la musique, d'abord de la musique classique puis du rock'n roll, jusqu'à l'âge de 20 ans. Ensuite je me suis retrouvé par le plus grand des hasards à être journaliste, j'ai écrit pour des journaux et notamment les 5 dernières années je me suis occupé d'un journal qui s'appelle Première, qui est un journal de cinéma. Ensuite, à 30 ans j'avais l'impression d'avoir fait le tour de tout cela, alors je me suis mis à écrire des livres et à faire du théâtre, à écrire des scénarios. J'ai fait une dizaine de pièces de théâtre et Un français est mon deuxième film. Là je viens de finir de tourner mon troisième film donc pour l'instant j'ai plus d'expérience dans le théâtre et l'écriture que dans le cinéma.

Comment vous est venue l'idée de ce film ?
L'idée du film m'est venu il y a 2 ans à la suite de la mort d'un garçon qui s'appelait Clément Méric* décédé à la suite d'une bagarre avec des skinhead. C'était en 2013, moi je connaissais le monde des skinhead depuis 1985 et je n'arrivais pas à comprendre comment 30 ans plus tard cette violence et cette haine existaient encore. J'avais envie, à un moment où dans notre pays et dans le monde en général on voit la haine se répandre, de raconter une histoire où à l'inverse le personnage de débarrasse de cette haine qu'il a en lui.

Pourquoi avoir choisi de traiter ce sujet très polémique ? Vous attendiez-vous à de telles réactions ?
Evidemment. C'est quand même le premier film qui traite de ce sujet qui en France pose problème depuis 30 ans. Je savais bien que ça n'allait pas se passer dans la douceur mais ce n'est pas parce que c'est compliqué que cela doit m'empêcher de faire mon film. La raison est celle que j'ai évoquée, c'est une histoire très personnelle. Parce que j'ai grandi dans ces mieux là, durant toute ma vie d'adulte j'ai vu grandir ces phénomènes là, je sais en tous cas qui sont ces gens là, je viens du même milieu qu'eux. Je n'ai pas un regard de quelqu'un d'un milieu social plus élevé ou d'intellectuel qui voudrait s'encanailler à regarder ce milieu là. J'aurais pu être un des leurs mais le hasard a fait que j'ai rencontré la culture au lieu de la violence. C'est un sujet qui me terrorise et me passionne à la fois.   

Avez-vous fait un travail de recherche pour parler des skinheads comme vous le faites ?
En fait, dans la banlieue où j'ai grandi il y avait aussi des skinheads, c'était à la même époque en 1985 et j'avais 18 ans. Je les ai donc connus, j'ai grandi avec ces gens dans cette banlieue parisienne assez défavorisée, je connais donc bien le phénomène. Les trente années qui s'écoulent dans le film sont aussi celles que j'ai vécues, je n'ai donc pas eu besoin de faire énormément de recherches. Ceci étant je ne veux pas rentrer dans cette logique qui veut que c'est parce qu'on est pauvre qu'on est "un salopard", de plus mon film ne se centre pas sur les skinheads puisque cette partie fait seulement 20 minutes sur une 1h40.

La sortie du film fut un peu compliquée en France n'est-ce pas ?


Oui ce fut en effet très compliqué. Le film devait sortir dans 140 salles mais il y a eu beaucoup de menaces, d'intimidations, de choses qui ont circulé sur internet et au final on est sorti dans une cinquantaine de salles. Il y a une haine de ce film de la part d'une population d'extrême droite, ils ne supportent pas qu'on envoie ce message. Ils voulaient donc empêcher que les gens puissent voir ce film. Maintenant le film va sortir en DVD, VOD, Blu-ray. Il a été acheté par des chaines de télévision, les gens vont pouvoir voir le film. C'est d'ailleurs un des films les plus piraté en ce moment.

Est-ce que votre projet a été facilement accepté auprès de vos producteurs ?
Écoutez, c'est un film qui s'est produit avec une facilité incroyable. J'ai écrit mon scénario, je l'ai fait lire à un producteur avec qui ça s'est très bien passé. Je l'ai présenté au CNC** et j'ai eu rapidement l'avance sur recette. Les gens ont lu le scénario, ont aimé le projet. Après ce n'est pas un film à gros budget, peut-être que s'il avait couté plus cher il y aurait eu plus de problèmes. Mais pour son budget c'est même monté assez vite. Il n'y a eu donc aucun problème. En tout cas jusqu'à ce que la bande annonce arrive sur internet (rires).

Pouvez-vous nous parler de vos projets futurs ?
J'ai terminé de tourner un film il y a 3 semaines qui est l'opposé absolu d'Un français. C'est une comédie légère avec des jeunes filles en vacances et des comédiens connus. J'aime cette idée de ne pas faire deux fois la même chose et je ne vous cache pas qu'après deux ans et demi le nez dans la noirceur je n'étais pas contre un peu de légèreté, d'aller vers des rires, vers du soleil.  

Par rapport à votre premier film, qu'est-ce que vous a apporté cette expérience ?
N'ayant fait que peu de films je continue toujours d'apprendre. Dans ce film je réalise des choses qui sont compliquées techniquement comme des plans séquence de 8 minutes. Beaucoup de réalisateurs et chef opérateurs m'appellent et me demandent comment j'ai fait. J'ai cassé les codes des scènes de luttes en les filmant en plan séquence alors qu'en général elles sont filmées avec des coupes. J'ai imposé de filmer les bagarres avec des plans séquence et des effets spéciaux. Je voulais que le spectateur vive cette violence et comme le personnage, n'en puisse plus. Je voulais le mettre en immersion afin qu'il vive ce que le personnage vit. Il y a eu un grand temps de préparation avec les acteurs, les cascadeurs, avec les techniciens, avec les effets spéciaux. Il y a eu beaucoup de répétition.

Êtes-vous déjà venu au Portugal ?
Pas du tout c'est la première fois que je viens. Je dois dire que mon voyage était un peu express car je suis actuellement en période de montage sur mon nouveau film et je repars demain. Mais j'aime voyager comme ça.  

Charlène Dief (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) lundi 26 octobre 2015

*L'affaire Clément Méric est une affaire politique française, qui fait suite à la mort le 5 juin 2013 de Clément Méric, militant d'extrême gauche, membre de l'Action antifasciste Paris-Banlieue et de Solidaires Étudiant-e-s, à la suite d'une rixe avec un groupe des Jeunesses nationalistes révolutionnaires d'extrême droite.
L'annonce de sa mort déclenche une vague d'indignation (y compris de personnalités politiques) et des manifestations dans plusieurs villes de France.Cinq personnes du groupe d'extrême droite sont mises en examen dans cette affaire. Deux d'entre elles, poursuivies pour « violences volontaires en réunion avec arme, ayant entraîné la mort sans intention de la donner », ont été placées en détention provisoire puis libérées au bout d'un an environ, dans l'attente de leur jugement. (source Wikipédia)

**CNC :  Centre National du Cinéma


Bande annonce

logofblisbonne
Publié le 25 octobre 2015, mis à jour le 26 octobre 2015
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