

Après quatre ans à Lisbonne, Violette Dougados Morais est repartie dans le sud de la France, d´où elle est originaire. Elle a vécu à l´étranger pendant plus de 20 ans, en tant qu'expatriée professionnelle, puis comme femme d´expatriée. L'occasion pour elle de se consacrer à sa passion, la peinture.
(Photos : V. Dougados Morais)
Lepetitjournal.com/Lisbonne : Votre vie de femme d´expat a-t-elle conditionné votre vie professionnelle et comment l´avez-vous vécue?
Violette Dougados Morais : Je suis partie le jour de mes 30 ans au Canada pour y travailler. J'y ai rencontré mon mari, ''un Français de France'' comme on dit à Montréal? Deux ans après, nous sommes rentrés à Paris. Nos 2 enfants, Constance 18 ans et Hector 15 ans y sont nés, puis mon mari a été muté en Amérique du sud et je l´ai suivi. A partir de ce moment-là, ma vie de femme comme expat professionnelle est passée derrière ma vie de femme comme mère de famille. Ainsi, depuis presque 18 ans, je me consacre à ma vie de famille et ma peinture.
J´ai beaucoup aimé ce que j´ai fait professionnellement, mais le fait de pouvoir me consacrer à mes enfants et à ma passion était un renouveau et une belle opportunité.
Est-ce que c´est à travers la peinture que vous vous êtes réalisée ?
J´ai toujours fait de la peinture, et ce depuis l´âge de 17 ans. J'en étais entourée, plusieurs membres de ma famille peignaient ou avaient une sensibilité pour l'art. Avant de partir au Canada, j´ai pris des cours du soir aux beaux arts pour mettre une technique sur ce goût que j´avais pour la peinture. Je n´avais jamais eu l´occasion de me consacrer à la peinture et l´opportunité de suivre mon mari et de ne plus travailler m´a permis de me révéler en tant que mère de famille mais surtout en tant que peintre. Dans tous les pays où nous sommes allés, être femme d'expat et mère de famille permet d'avoir du temps libre.
Grâce à ce style de vie je me suis consacrée à mes enfants et à ma peinture, sans avoir le temps de s'ennuyer : quel luxe!
Quel a été le pays ou les pays qui ont le plus marqué votre parcours?
Tout d´abord nous sommes partis vivre en Colombie, à Medellin. Un pays fantastique, nous y avons rencontré des gens chaleureux, généreux et tellement positifs!
Nous y avons vécu 2 années intenses. C´est là que j´ai repris mes pinceaux, abandonné depuis mes cours du soir aux Beaux Arts de Toulouse, j'ai eu la chance de rencontrer des artistes peintres colombiens qui m'ont offert le partage de leurs ateliers et de leurs expériences. J'ai ainsi rattrapé le temps perdu et j´ai travaillé intensément!
En 2000 nous avons pris la route de l'Asie du Sud Est. La Malaisie a été notre terre d'accueil pendant 5 merveilleuses années. Là, ma vie de femme et de mère au foyer a été bien simplifiée grâce à Daisy, mon ange gardien, qui veillait à l'intendance de notre maison, ce qui m'a permis de me consacrer à la peinture à temps complet.
J'ai vite été envoûtée par le charme, les différentes cultures et coutumes malaisiennes.
A mes techniques traditionnelles se sont progressivement imposés, l'encre, les pigments, les feuilles d'or et les pastels. J'ai aussi découvert le batik et l'ikat.
J´ai bien apprécié ce style de vie pendant un moment. Mais au bout d´un certain temps peindre ne me suffisait plus, donc j´ai commencé à montrer mon travail, à l´exposer et à le monnayer. Ce qui signifiait passer à un autre stade où il y a une appréciation, un échange et ça devient plus riche parce que l´on est jugé, apprécié ou pas.
Je considère qu´un travail de peintre est intéressant que s´il produit régulièrement, moi j´ai besoin de produire pour évoluer dans mon style.
J´ai commencé à exposer en Malaisie où un ami antiquaire m´a demandé de décorer sa salle de vente avec mes toiles qui se conjuguaient bien avec ses meubles puisque elles étaient sur le thème de l´Asie. Les gens ont énormément aimé et ont demandé à acheter les toiles avec les meubles, j´ai donc commencé à vendre et à produire de plus en plus.
C´est ainsi que je me suis découverte, j´ai découvert mon travail en changeant de style, de technique, en m´amusant et en me faisant peur aussi! Ça été un travail de tous les jours. C´est formidable de pouvoir plonger dans sa passion.
J'ai eu l'opportunité d'exposer mes toiles dans différentes ambassades, au sein de grandes sociétés françaises, chez des antiquaires, des maisons privées malaises, chinoises ou indiennes puis dans des galeries reconnues.
Quelle influence a eu l´expatriation dans différents pays au niveau de vos ?uvres ?
Cette expérience d´expat dans les différents pays m´a permis d´enrichir ma technique et mon inspiration. Les rencontres que j'ai faites, aussi, m´ont permise de me découvrir. C´est un renouvellement qui est constant.
Considérez-vous avoir créé votre propre technique ?
Par moments oui. En Asie notamment, le fait de m´octroyer des papiers de temples que les chinois brûlent dans les moments forts de leur prières est une technique propre. Nous - une amie et moi-même- avons introduit ces feuilles d´or ou papiers de riz dans les peinture, en les collant ou encaustiquant. Je n´ai pas eu une technique dans chaque pays mais un style et une inspiration certainement.
Au Portugal, quelle a été votre inspiration et quelles sont les techniques que vous avez utilisées ?
La lumière à Lisbonne m´a donnée envie de faire de la photo, j´ai beaucoup peint aussi mais je n´ai pas peint Lisbonne ni le Portugal, j´ai surtout fait des photos et j´ai quelques idées que je développerai sûrement, je n´ai pas dit encore mon dernier mot sur le Portugal!
La peinture que j´ai faite ici a été différente, je me suis lancée sur l´abstrait, est-ce que ce sont les couleurs qui m´ont inspirées ? Sans doute.
Autre opportunité, celle d´aller au Maroc en voiture, d´où j´ai ramené énormément de pigments minéraux. J´ai pu ainsi faire ressortir des couleurs très fortes que je n´avais pas encore travaillées, et ça été la nouveauté au Portugal.
Pendant ces 5 années en Malaisie, j'ai énormément voyagé, seule ou en famille: l'Indonésie, La Birmanie, le Cambodge, le Vietnam, la Thailande, le Sarawak...
J'ai pu faire des rencontres étonnantes, passionnantes et même parfois douloureuses.
J'ai ressenti le besoin de fixer tous ces moments forts sur du papier.
Mon livre ''Asie, Figures secrètes'" aux éditions CLC a été la continuité de mon travail de peintre et la reconnaissance de ces hommes et de ces femmes qui m'ont ouvert leur coeur et leur maison.
Quelle place pensez-vous que Lisbonne aura dans votre parcours?
Nous avons eu la chance de vivre 4 ans à Lisbonne. C'était un retour aux sources, mon mari ayant des origines portugaises. Nous pouvons -enfin- prononcer notre nom de famille ''Morais'' comme il se doit?
Ici j'ai été happée par la lumière!
Lisbonne est calquée sur le Tage, elle lui doit sa texture urbaine. Dans ses rues qui grimpent, j'aime me perdre, mes yeux se régalent de ces successions ininterrompues d'Ancien et de Moderne. Ici je me sens à la fois rassurée et insatiable, je découvre tous les jours encore et encore à chaque coin de rue de nouveaux trésors...
Camões décrivait Lisbonne comme étant un ''Chaos ordonné'', c'est cette image forte et douce à la fois que je garderai de Lisboa....
Maria Sobral (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) jeudi 27 septembre 2012
En savoir plus : www.violettedougados.com











