

Le film de Sylvain Estival Le cochon de Gaza présenté au Portugal lors de la 13ème édition de la fête du cinéma français en octobre dernier vient de sortir en salle au Portugal. C´est une comédie burlesque, une sorte de fable qui s´inscrit dans une actualité qui régulièrement fait les premières pages. Lors de sa présentation Baya Belal, une des actrices du film est venue à Lisbonne et nous avons échangé quelques propos avec elle.
Synopsis
Après une tempête, Jafaar, un pêcheur palestinien de Gaza, remonte par hasard dans ses filets un cochon tombé d'un cargo. Bien décidé a se débarrasser de cet animal impur, il décide toutefois d'essayer de le vendre afin d'améliorer son existence misérable. Le pauvre Jafaar se lance alors dans un commerce rocambolesque et bien peu recommandable?
Dans cette tragi-comédie, l'ensemble du petit peuple de Gaza, coincé entre sa misère absolue au quotidien, les contraintes des militaires israéliens et le diktat des barbus aux commandes, est représenté par ce pauvre pêcheur dont l'unique souci est de survivre au jour le jour et qui, pour cela, est prêt a tout. Jafaar, dans une permanente dérision de lui-même, même dans les moments tragiques, évolue dans cette histoire à l'humour mordant? et nous laisse espérer que si l'on peut s'entendre, malgré toutes les différences, à l'échelle individuelle, on peut s'entendre in fine, à l'échelle collective.
(Photo : M.J. Sobral)
lepetitjournal.com : Quel est le message du film, s'agit-il d'une allégorie ? et que représente exactement ce cochon ?
Baya Belal : Silvain Estibal voulait pousser un grand cri de rage comique. Il estime que les gens veulent la paix mais que l'on veut nous faire croire le contraire. Il contribue, avec ce message d'espoir, au cheminement vers la paix et la résolution du conflit. Ce cochon c'est donc sa colombe de la paix. Je trouve cela très drôle, très poétique et inattendu que ce soit ce cochon qui mette tout le monde d'accord. Ils sont même prêts à aller signer un accord à l'ONU avec lui.
Comment a été choisi ce cochon ?
Pour le tournage il y avait 3 cochons vietnamiens qui ont fait l´objet d´un casting mais l'un d´entre eux se démarquait et 95% du film a été tourné avec le même cochon, une femelle qui s´appelait Charlotte. C´était la mascotte du film.
Avec ce film Sylvain Estibal souhaite t-il remettre sur le devant de la scène le conflit pour que les gens le regardent d'une façon différente ?
Il apporte un regard fin, plein de poésie et d'espoir. Celui de quelqu'un qui sait de quoi il parle, puisqu'il est journaliste. Il connaît donc bien son sujet. Il n'a pas besoin d´être israélien ou palestinien pour en parler. Il est vraiment en droit de le faire en tant qu'artiste, journaliste et citoyen. Le poème final est un poème pour construire une nouvelle terre, inventer une nouvelle façon de vivre entre nous.
Comment s'est passé le financement du film ?
Le financement a été très difficile à trouver car certaines personnes ont pensé que le film n'était pas légitime puisqu'il n'est ni israélien, ni palestinien. Pour eux, seuls les israéliens ou les palestiniens ne pouvaient parler d'un tel sujet or Sylvain Estival, le réalisateur, est un journaliste photographe français.
Avez-vous accepté le rôle immédiatement lorsqu'on vous l'a proposé ? Qu'en avez-vous pensé ?
J'ai accepté le rôle immédiatement car j'ai ri tout au long de ma lecture du scénario. Je suivais le périple de ce personnage et je le trouvais complètement fou. Il est d'ailleurs merveilleusement incarné par Sasson Gabai qui est une star en Israël. J'ai également trouvé ça extrêmement symbolique de la part de Sylvain Estibal de faire jouer le rôle d'un Palestinien à un Israélien, et plus particulièrement cet Israélien qui est adulé et aimé. A travers lui, les Israéliens vont se mettre dans la peau d'un Palestinien !
Et justement ne pensez-vous pas que cela risque de choquer ?
Je ne peux pas me projeter dans les Israéliens, mais je pense que c'est quelqu'un qu'ils aiment tellement qu'ils vont faire l'effort ; même s'ils sont surpris. De plus Sasson Gabai est intègre. Il prend des risques, comme d'autres acteurs ont pris des risques en jouant dans ce film, je pense notamment aux acteurs palestiniens. Je pense qu'il parviendra à emmener son public avec lui.
On était tous dans une très bonne entente. Ce sont des gens qui s'estiment énormément et qui sont amis pour la plupart. Sylvain Estibal a fait un casting formidable, pas seulement d'acteurs, mais aussi de personnes humainement très impliquées dans ce cheminement vers la paix et l'acceptation de l'autre. De plus, le film n'est pas plus d'un coté que de l'autre. Chacun en a pour son compte.
Quelles difficultés avez-vous rencontré dans l´interprétation de votre personnage ?
Sylvain Estival a fait des reportages dans la région et a rencontré des femmes de ce type. Comme il écrivait très bien le personnage je n'ai rien eu à rajouter. Il y a une scène assez forte que le public ressent beaucoup, c'est cette rencontre avec le soldat israélien et cette communication qui s´établit entre eux à travers le feuilleton qu´ils regardent à la télévision où ils se disent les choses d'une façon un peu détournée.
Où s'est déroulé le tournage du film?
Nous avons tourné à Malte, car le paysage s'y prêtait. Pour les décors nous avons tourné en Allemagne où un très grand décorateur allemand a réalisé un travail de reconstitution extraordinaire.
Les enfants ont un rôle important dans le film, cela est-il intentionnel ?
Oui, car ils sont l'avenir. On s'intéresse à la façon dont le petit israélien perçoit les adultes pour montrer les sentiments négatifs qu´ils ont les uns envers les autres. Les gens sont à fleur de peau. Mais ils progressent quand même. Les êtres humains sont sans cesse en friction avec les autres mais évoluent quand même. C'est vers cela qu'avance le film.
Pensez-vous que le coté comique du film atténue en quelque sorte la tension qu'il y a autour ?
C'est possible que cela atténue une tension, en effet. Nous rions de nos absurdités. On est en train de se détruire les uns les autres, et donc de s'autodétruire. Soit on continue comme cela et la planète terre disparaîtra, soit on réagit ; et le comique, le rire semble être la meilleure réaction à adopter. Il faut rire les uns des autres. Le message qu'envoie Sylvain Estibal, et le message auquel je crois, c'est que les gens veulent la paix. On veut nous faire croire le contraire. Il s'adresse donc aux puissances qui ont intérêt au conflit, et qui ont intérêt à ce que le conflit ne s'arrête pas. Il avait envie de faire entendre cette voix là, pour que l'on soit de plus en plus nombreux à dire que l'on veut tous vivre ensemble.
Quel est le souvenir le plus personnel que vous gardez de ce tournage ?
C'était une aventure extraordinaire. Les Maltais sont des gens extraordinaires. Ils se sont battus à nos cotés pour le film et se sont mis au service du film.
Sasson Gabai est un être formidable. Sylvain Estibal sait être d'une humilité et d'une écoute extraordinaire. J'aime également beaucoup son parcours. Il a une grande humanité.
L´équipe du film était composée d´une vingtaine de nationalités, par conséquent en quelle langue a été tournée le film ?
Le film a été tourné en palestinien, en hébreux, en anglais mais la majeure partie en palestinien.
Propos recueillis par Maria Sobral et Laura Bouhours (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) mercredi 30 janvier 2013
En salle à Lisbonne et à Porto : Horaires et salles ici
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