Édition internationale

CHANGEMENTS DANS LES STRUCTURES FRANÇAISES AU PORTUGAL - Fermeture du consulat de Porto et vente des installations de l´IFP

Écrit par Lepetitjournal Lisbonne
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 décembre 2014

La fermeture du Consulat de Porto et la vente de l´immeuble où fonctionne actuellement l´IFP préoccupent la communauté française du Portugal. Les aspects liés à la proximité  dans un cas  et le rayonnement de la culture française dans l´autre semblent être les questions  majeures posées par les changements en cours, c´est pourquoi Lepetitjournal/Lisbonne a été à la rencontre des conseillers consulaires afin de leur donner la parole et d´écouter leurs revendications. Nous publierons également, en début de semaine prochaine, les éclaircissements de l´ambassadeur de France, Jean-François Blarel, sur ces deux mêmes points.

L´Etat français procède à une restructuration consulaire et c´est dans ce cadre que l´actuel Consulat général de Porto -mentionné comme tel sur le site officiel du ministère des Affaires étrangères- se voit contraint de fermer prochainement  ses portes, sachant qu´une possible solution serait la mise en place d´un certain nombre de consuls honoraires dans le Nord du pays. Le dialogue serait en cours.

L´ambassadeur de France a, par ailleurs,  annoncé la décision de vente de l´actuel bâtiment où fonctionne l´IFP, situé dans le centre de Lisbonne. Il est prévu que l´IFP retrouve ses installations premières, c´est à dire le Palais de Santos, propriété de l´Etat français où se trouve l´Ambassade de France.
 
Ces changements ne sont pas sans suscités un certain nombre de réactions de la part des populations concernées et surtout des élus, tels que les conseillers consulaires. Laurent Goäter  a été élu sur la liste "Français du Portugal ? Union de Centre-Droit". Il est par ailleurs responsable de la gestion et du patrimoine de la paroisse St Louis des Français. Mehdi Ben Lahcen est président de  la section portugaise de l´Association des Français de l´Etranger (ADFE) et conseiller AFE.  

Lepetitjournal.com : Une restructuration consulaire est en cours dans le monde entier et l´Etat français vient ainsi de décider de fermer le Consulat général de Porto pour en faire un Consulat honoraire. La population française locale semble accepter cette fermeture mais demande que soient maintenus les services nécessaires. Comme conseiller consulaire quelle est votre position ?
(@ Laurent Goater)

Laurent  Goater : Après avoir claironné bien haut que notre réseau diplomatique doit devenir le bras armé de l' expansion économique à l'étranger, le Gouvernement supprime les acteurs qui se trouvent sur le terrain. La France a besoin de nous pour renforcer sa présence commerciale à l'étranger.  Les Français de l'Étranger sont une chance et un atout ? alors fermons des consulats ! Il n'y a pas de plan coordonné, discuté avec nos élus, pour étudier, par exemple, si des solutions plus économiques existent pour gérer autrement les implantations existantes.

Pour Porto aussi, la décision a été prise sans aucune concertation, on nous a seulement demandé de l'expliquer, et les arguments sont très discutables. Comment douter que les nombreux Français de la région Nord ont besoin d'un service consulaire efficace à Porto? S'est-on assuré de le garantir avant de prendre la décision?

Les associations et les conseillers consulaires n'ont pu que réagir face au fait accompli, ce n'est pas la bonne méthode.  On part de ce mauvais point de départ. Les associations demandent le minimum absolu: avoir deux permanents, formés et compétents, pour recevoir le public, et avoir un lieu permanent pour les installer et recevoir correctement le public. Même à ça, on nous dit « ça sera très difficile!». On ne peut admettre que l'on dise "Porto n'est pas si loin de Lisbonne", nous sommes en Europe, pas au Brésil. Nous travaillons donc pour garantir ce que l'Etat devait avoir garanti avant de prendre cette décision regrettable. Nous donnons aux associations tout le soutien qu'apportent les parlementaires de la droite et du centre, qui se sont immédiatement mis à notre disposition. Et nous sommes très vigilants.

La France semble avoir fait le choix d'investir ailleurs qu'au Portugal. Nous le regrettons, nous pensons que les Français du Portugal sont utiles au succès de notre pays, si on ne les en dégoûte pas. Sans concertation, il n'y a pas de confiance et surtout, on ne trouvera aucune solution efficace pour gérer mieux sans perdre ce qui est essentiel pour la population.

(@ Mehdi Ben Lahcen)

Mehdi Ben Lahcen : Pour démarrer, je pense qu'il est nécessaire de bien préciser les termes. Le Consulat de Porto n'est plus un consulat général depuis 2010. A cette date il a été transformé en consulat d'influence. Cela fait donc bientôt 5 ans que le très gros des compétences du Consulat de Porto ont été transféré vers le Consulat de Lisbonne : Les passeports, les cartes d'identités devaient déjà y être retirés.

Cette fermeture du consulat n'est donc malheureusement pas une surprise. Il nous incombe en tant que conseiller consulaire de réfléchir à la meilleure manière de garantir un service consulaire de qualité aux Français du Nord du Portugal.

Je pense sincèrement qu'en termes de proximité, cette fermeture peut être un mal pour un bien. En effet, nous avons convenu que ce consulat serait remplacé non pas par un, mais par DES consuls honoraires. Le but est de pouvoir mettre en place un meilleur maillage, en ayant plusieurs consuls honoraires dans le Nord du Portugal : Porto, Coimbra-Leiria, et Viana do Castelo devraient ainsi se voir doter d'un consulat honoraire. Nous espérons ainsi rapprocher le plus possible le service de l'habitant. Ce qui serait un vrai progrès par rapport à l'ancien système, où un seul consulat dans le nord obligé les Français de Braga, Viana do Castelo, Coimbra, à faire de nombreux kilomètres pour accomplir leurs formalités administratives. Par ailleurs, il est indispensable que nous trouvions des candidats de nationalités françaises afin que les consuls honoraires puissent être en situation d'établir le plus possible de documents administratifs. Ce dispositif doit s'accompagner d'un développement de l'e-consulat, et des tournées de la "valise itinera".     

Enfin, être conseiller AFE m'amène à avoir une vision plus globale du problème. Lorsque je siège à Paris et que nous débattons sur les fermetures de consulat dans le cadre du budget, je le fais au nom de tous les Français de l'étranger. Je dois veiller à une certaine forme de justice et d'égalité sociale dans l'attribution des crédits consulaires. Pour exemple, en Angleterre nous avons 400 000 Français et un consulat, en Belgique plus de 100 000  Français et un consulat. Le Portugal avec  2 consulats pour 15 000 Français faisait figure d'exception.
 
 
Selon l´information diffusée "L´Institut Français du Portugal (IFP) change d´installations retrouvant ses installations d´origine au Palais de Santos, c´est à dire à l´Ambassade de France où il fonctionnait dès 1937". Quels commentaires, comme conseiller  consulaire, vous inspire ce changement lié à une réforme de l´Etat français et à sa présence à l´ étranger ? Et, selon vous quelle importance a l´IFP pour la communauté française et pour la diffusion de la culture française au Portugal et donc auprès des Portugais?
Laurent  Goater : Après avoir claironné bien haut que l'une des premières priorités nationales est l'expansion tous azimuts de notre culture, le Gouvernement en fait disparaître la vitrine à Lisbonne et Porto. Présenter le retour de l'IFP dans ses installations d'origine comme une banalité est un abus de langage ! Aujourd'hui, nous avons un bel auditorium, un lieu de rencontre, rien de ceci n'existera après le «déménagement». Au mieux, quelques bureaux et une médiathèque plus petite. La culture va devenir confidentielle dans les murs de l'Ambassade.

On omet que quand l'IFP se trouvait dans les locaux où on le renvoie, une belle bibliothèque se trouvait en plein centre ville rua António Augusto de Aguiar, nº 40. Et que les temps ont changé.

Cette vente, à qui profite-t-elle ? Si le problème est la « vétusté» annoncée de cet immeuble, ou son inadaptation, pourquoi alors ne discute-t-on pas un meilleur usage, à Lisbonne, du produit de cette vente ? Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage. La France, la langue française, ce sont des sujets très importants au Portugal. J'ai posé de nombreuses questions, je n'ai eu aucune réponse à ce jour.

Il faut augmenter les occasions de vivre la francophonie au Portugal, et nous sommes les premiers acteurs ! Il faut reprendre les actions utiles pour faire des spectacles dans l'auditorium, animer la médiathèque, organiser des repas et des rencontres à l'Escale, la cafétéria de l´IFP.

Nous avons présenté un projet. Les quatre conseillers consulaires sont d'accord pour étudier sérieusement le déplacement des grandes classes du Lycée Français dans ces locaux. Ainsi, on garderait un auditorium, qui n'existe pas au Lycée Français Charles Lepierre , la médiathèque deviendrait CDI, et on pourrait résoudre le fameux « problème immobilier ». Nous en avons discuté, nous insistons pour que cette alternative soit étudiée sans ?illères.

Les conseillers consulaires sont capables d'apporter des idées et de participer à des projets, encore faut-il les associer aux études. Notre propos n'est pas de contester des décisions prises par le Gouvernement mais de proclamer bien haut qu'il faut organiser ce que l'on veut faire avant de le faire. Et de rappeler que les Elus ça existe et que cela peut servir à quelque chose dans un contexte de responsabilité !


Mehdi Ben Lahcen : L'IFP s'adresse presque exclusivement à un public portugais puisque sa mission est de faire la promotion de la culture française auprès de ces derniers. Cependant, le bâtiment situé rua Luis Bivar, a une grande importance auprès de la communauté française. C'est un endroit, carrefour de rencontres, et point de repères de la communauté. Cette vente, est donc une très mauvaise nouvelle. En particulier, la disparition de l'auditorium qui était un élément de rayonnement de la culture française au Portugal.

Je ne suis pas sûr que cette vente obéisse à une quelconque réforme de l'Etat Français, voir même à une vision stratégique d'ensemble. Aujourd'hui, nous ne savons pas si cette vente est guidée par la volonté de récupérer de l'argent frais dans les caisses de l'Etat, ou par l'impossibilité pour l'IFP d'entretenir ce bâtiment. J'ai pu visiter ce dernier, il est effectivement en sale état, et l'état des ressources financières de l'IFP semble limité pour y faire face.

Mais, n'est pas là le vrai débat. Comment faire pour que l'IFP dégage des ressources financières suffisantes à l'accomplissement de sa mission ? Si on ne réfléchit pas sérieusement à cette question, j'ai bien peur que le déménagement au Palais de Santos soit un emplâtre sur une jambe de bois, et qu'à horizon de 5-10 ans on nous annonce simplement la fermeture de l'IFP comme on le fait actuellement pour le consulat de Porto. Il est urgent de réfléchir à une réorganisation de la relation IFP / Alliance Française. L'IFP est dans une situation quasi inédite dans le monde, puisqu'il n'est pas autorisé à faire des cours de langues, le privant ainsi de ressources financières importantes. En parallèle, nous devons aussi réfléchir et accompagner une programmation orientée vers le développement de jeunes artistes français en devenir. Solution moins onéreuse, qui permet de garantir une certaine qualité.

En tant que conseiller consulaire, je milite donc pour une sauvegarde de ce bâtiment. Je m'associerai donc à toute démarche venant des milieux culturels et politiques portugais, ayant pour but le maintient en l'état. Enfin ce bâtiment, propriété de l'Etat français, étant très important pour la communauté nous devons réfléchir à un plan B, afin qu'il soit réaffecté auprès d'autres acteurs publiques, et ce d'autant plus que la vente est tout sauf évidente. Deux entités du bâtiment sont classées, rendant difficile son réaménagement par un repreneur privé.

Enfin, le déménagement de l'IFP a des conséquences humaines regrettables. Une partie du personnel est en procédure de licenciement. En tant qu'élu je serai vigilant aux conditions dans lesquelles seront effectuées ces  licenciements et attentif aux mesures d'accompagnements proposées  aux personnels concernés

Propos recueillis par Custódia Domingues et Maria Sobral (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) vendredi 5 décembre 2014

Lire aussi notre article : CONSEILLERS CONSULAIRES - Interview des deux candidats pour le Portugal

 

Association des Français de l´Etranger (ADFE) - Portugal
https://francaisdumondecitoyenssolidairesauportugal.wordpress.com
https://www.facebook.com/CitoyensSolidairesauPortugal

Français du Portugal ? Union de Centre-Droit
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logofblisbonne
Publié le 4 décembre 2014, mis à jour le 5 décembre 2014
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