

Les Britanniques ont voté le 23 juin à 51,9% pour la sortie du pays de l´Union Européenne. Beaucoup ne voulaient pas y croire et tous s´interrogent maintenant sur les conséquences de ce "leave". La presse internationale a couvert le référendum et largement commenté les résultats de ce vote en majorité défavorable au maintien du Royaume-Uni dans l´UE. La presse écrite portugaise a elle aussi, consacrée ses "Unes" à cet événement politique majeur, et les chaînes télévisées et radios ont sans exception massivement commenté l´information.
Un choc
L'Union Européenne s'est réveillée vendredi 24 juin sous le choc. En décidant de sortir des 28, le Royaume-Uni a provoqué un tremblement de terre international. 51,9% des électeurs ont voté le 23 juin pour le Brexit (contraction des mots Britain pour Grande-Bretagne et exit pour sortie). 1,27 million de voix ont fait la différence et le ?out? l´a emporté. Le Premier ministre britannique David Cameron a annoncé sa démission quelques heures après avoir encaissé cette nouvelle.
Lié au Royaume-Uni depuis près de sept siècles par l'alliance luso-britannique, le Portugal s'inquiète pour l'avenir des relations entre les deux pays et se soucie de l'impact que pourrait avoir cette sortie de l´Union Européenne ainsi que la volonté de l´Écosse de demander son indépendance afin de préserver, elle, des relations privilégiées avec l´UE.
La presse portugaise
Au lendemain des résultats, le très respecté Publico titrait en Une "La défaite". "Combien pourrait coûter le Brexit au Portugal ?", s'interrogeait l'Observador, journal en ligne aussi très lu. "L´Europe veut un divorce rapide pour éviter l´effet domino"? Affichait le quotidien Diario de Noticias. Le Diário Economico commençait déjà à mesurer les conséquences financières du départ du Royaume-Uni. Jornal de Negócios titrait "un pays coupé en deux". Jornal de Notícias et le populaire Correio da Manha intitulaient leur Une "Adieu, et maintenant?", puis "Le tremblement de terre britannique coûte 3,3 milliards au Portugal" (les conséquences au niveau des placements boursiers). Le très reconnu hebdomadaire Expresso du week-end consacrait sa couverture aux "Etats désunis d´Europe" en faisant un jeu de mots illustré d´un drapeau britannique, puis un dossier sur "la vie des Européens après que le Royaume-Uni ait changé l´histoire".
Les chaînes télévisées publiques RTP1 et RTP2 et les chaines privées SIC et TVI continuent à s´interroger sur : "Le Brexit, et maintenant ? les conséquences de la sortie des Britanniques". Les reportages se multiplient depuis le 24 juin sur toutes les chaînes avec des correspondants et des envoyés spéciaux qui s´acharnent à interroger les invités et à essayer de mieux comprendre les conséquences de cette sortie des Britanniques de l´UE. Près de 40.000 Britanniques résident au Portugal. Ils sont eux aussi largement interrogés afin de connaître leur avis sur le sujet.
Les radios elles aussi depuis deux jours, ne cessent d´inviter lors des flashs-infos des universitaires et des spécialistes des questions européennes, afin que ceux-ci essayent de jouer les Cassandre en prévoyant la suite des événements.
Le Bloc de Gauche menace d´un référendum
Au Portugal, la dirigeante du Bloc de gauche Catarina Martins, qui fait partie de l´actuelle coalition de Gauche en place au gouvernement qui est menée par le Premier ministre socialiste António Costa, a annoncé hier lors du congrès de son parti que, si la "Commission déclare la guerre au Portugal" à cause des questions budgétaires alors le Portugal ne "pourra que les refuser et annoncer qu'il y aura un référendum national sur son maintient dans l´UE ". Le président de la République s´est empressé de venir remettre de l´ordre dans le débat politique en déclarant l´après-midi même, que c´est à lui qu´appartenait la décision de mettre en place un référendum ou non. La Secrétaire générale adjointe du parti socialiste est elle aussi venue modérer les propos du Bloc de gauche en disant que ce n´était ?pas le moment de parler de référendums mais de refondation du projet européen.?
Leave
To leave or not to leave? cela aurait pu être le début d´un épisode positif dans l´histoire de la construction européenne mais la destinée ne l´a point voulue ainsi. La majorité du leave l´a emporté. Ainsi, après 43 ans d´appartenance à l´Union européenne Albion redevient une île à part entière. Le divorce entre le continent et l´île est consommé. Les six chefs de la diplomatie des pays fondateurs de l´UE (France, Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Italie, Luxembourg) se sont réunis dès le 25 juin afin d´affirmer leur volonté de voir le Royaume-Uni "quitter aussi vite que possible" l´UE. Ils craignent et à juste titre, l´effet domino à l´intérieur de l´espace communautaire. La poursuite du projet de Jean Monnet et Robert Schumann dépend clairement de la capacité qu´auront ou non les actuels leaders politiques européens à man?uvrer au mieux, afin de négocier très rapidement les conditions de sortie du Royaume-Uni. Situation loin d´être évidente car elle est inédite. Une sorte de course contre le temps est en cours alors même que ce genre de négociations est par essence longue. De plus, le Premier ministre David Cameron qui a annoncé son départ à la suite de l´échec du "remain" ne souhaite le faire, pour des raisons de stratégie politique, qu´en octobre prochain ce qui peut compliquer le calendrier de Bruxelles.
La suite
Reste à savoir comment se dérouleront les prochains temps car la société britannique est divisée en deux. La jeune génération dans sa grande majorité a voté "not to leave" et d´ailleurs elle ne sait même pas ce que représente vivre en-dehors de l´espace de l´UE. Selon les sondages britanniques, 66% des 18-24 ans ont voté "in", 52% chez les 25-49 ans. À l'inverse, 58 % des 50-64 ans ont opté pour le "out", et 62% des plus de 65 ans aussi. De plus, dans les zones urbaines c´est le oui au maintient dans l´EU qui a été majoritaire ainsi qu´en Écosse et en Irlande du Nord alors que dans les campagnes et aux Pays de Galles c´est le rejet de l´EU qui l´a nettement emporté.
L´Écosse s´est prononcée à 62% en faveur du maintien dans l´UE et son Premier ministre, Nicola Sturgeon, a dit vouloir entamer des «discussions immédiates» avec Bruxelles pour «protéger sa place dans l'Union européenne» ce qui, bien entendu, donne de la force à un nouveau référendum pour l´indépendance de l´Écosse(1).
L´Union économique et monétaire, les politiques sécuritaires, sociales, budgétaires ne peuvent être menées sans y associer les peuples. Il est nécessaire que ceux-ci trouvent un sens à cette construction européenne pour vouloir, véritablement, en faire partie.
Custódia Domingues (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) lundi 27 juin 2016
(1): Rappelons que lors du référendum de septembre 2014, les Écossais avaient rejeté l´indépendance par 55% des voix.













