

Depuis deux ans Rita Múrias et son mari récupèrent de vieilles enseignes commerciales et industrielles laissées à l´abandon par leur propriétaire. Leur objectif est avant tout de préserver ce patrimoine graphique en voie de disparition et de l´exposer, un jour, aux yeux de tous dans un musée. Lepetitjournal/Lisbonne a eu l'occasion de visiter la galerie dans laquelle ces deux passionnés rassemblent leurs trouvailles.
La mémoire graphique de la ville
Qu'elles soient plaquées, creusées, accrochées ou collées, les enseignes sont partout dans les villes et informent les flâneurs sur le type de commerce et d'industrie qui s'y trouvent. En fer forgé, en tôle, en néons, ces signes indicateurs sont représentatifs de la diversité économique et commerciale du pays. Leurs créateurs, à l'aide d'un crayon, d'un pinceau, ou d'un ciseau ont réussi à donner une atmosphère bien particulière à nos rues. Bien qu'au départ inventées pour attirer l'?il, elles deviennent malgré elles, invisibles aux yeux des passants. Avec le temps, ce patrimoine graphique tend à disparaître, ce qui pour certains est d´ailleurs, inenvisageable.

Le projet de Rita Múrias
"Avec la fermeture de certaines activités commerciales et industrielles, les enseignes sont abandonnées ou se retrouvent à la casse. Par conséquent, une partie de la mémoire de la ville se perd avec des références qui ont marquées différentes époques", explique Rita Múrias, designer et propriétaire de la galerie letreiro à Lisbonne. L'objectif de son projet est de contrarier la tendance et d'empêcher que ce patrimoine ne disparaisse pour toujours. Depuis deux ans, cette dernière rassemble avec l'aide de son mari de vieilles enseignes allant des années 30 jusqu'aux années 90. "De cette façon, le patrimoine culturel de Lisbonne peut être conservé dans son contexte typographique et historique. Le principe est de conserver une trace du passé de notre capitale" fait elle observer. Avant d´amasser ses trouvailles, Rita cherche systématiquement leur propriétaire pour s'assurer qu'ils n'en ont plus l'utilité. Un travail parfois de plusieurs mois. Rita les emporte dans son atelier "a galeria letreiro" qu'elle ouvre occasionnellement au public. Les enseignes commerciales et industrielles sont ainsi exposées sur deux étages dans une galerie aux allures de musée. Ces dernières sont éparpillées un peu partout y compris jusque dans le sous-sol.
Ici, un néon ayant appartenu à la fabrique de laine Raposo, là, une enseigne lumineuse de "antiga casa mendes", et un peu plus loin, dans un recoin l'ancien panneau de l'opticien Pereira. Chacune d'entre elles possèdent son histoire et Rita se fait un plaisir de la raconter aux visiteurs. 
Du 11 au 15 mai, dans le cadre du festival publicidade organisé par le Clube Criativos Portugal (CCP), la galeria letreiro exposera en avant première quelques unes de ses enseignes. Un certain nombre d'entre elles seront exposées cet automne par le Mude (Musée du design et de la mode). Une occasion pour Rita Múrias de faire connaître son projet à un public plus large.
En savoir plus : http://clubecriativos.com/festival-ccp/programacao/
Un patrimoine international
Mais Rita n'est pas la première à avoir eu cette idée. En effet, le Buchstabenmuseum à Berlin est le premier musée au monde qui possède une collection d'enseignes en tout genres et propose un patrimoine riche et singulier. En Pologne, le musée indépendant du Néon de Varsovie abrite aussi tout un ensemble de panneaux lumineux datant de la guerre froide. A des milliers de kilomètres de là, des enseignes d'anciens casinos de jeux et d'entreprises sont rassemblées sur plus de deux hectares, au Neon museum à Las Vegas. Pionnière au Portugal, Rita Múrias espère concrétiser son projet et à l'instar des autres pays, présenter sa collection d´enseignes dans un musée.
Íris Bertin (www.lepetitjournal.com/lisbonne) lundi 9 mai 2016
(Photos : IBertin)













