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Altice : à la conquête du marché portugais

Par Custódia Domingues avec la collaboration de Guillaume Bermond | Publié le 24/11/2017 à 01:10 | Mis à jour le 24/11/2017 à 01:21
Altice

Après l’achat de la compagnie de télécommunications Portugal Télecom en 2015, Altice essaye de se faire une place sur le marché portugais des médias. Le groupe français a entamé un processus d´achat de la chaîne nationale portugaise leader d’audience, TVI, au moment même où  les salariés de Portugal Télécom manifestent leur mécontentement à cause de la politique de ressource humaines mise en place par Altice. Le gouvernement portugais a,  lui aussi, manifesté des réserves quant aux conditions de travail proposées par le groupe français au Portugal. De plus, à l’international, Altice vit une véritable dégringolade boursière depuis début novembre.


Altice au Portugal

L’aventure d’Altice au Portugal commence en 2012 avec l’achat de l’opérateur de télécommunications Cabovisão pour un montant de 45 millions d’euros. Un an plus tard, le groupe de Patrick Drahi investi 82 millions d’euros dans l’achat d’Oni, un opérateur télécom spécialisé dans l´univers des entreprises.

Mais, c´est en 2015 qu´arrive le grand moment. Après avoir acheté SFR en France (2014), Altice met sur la table plus de 5 milliards d’euros pour s’offrir PT, l´opérateur télécom historique du Portugal. Derrière cette opération, il y a un Portugais qui vit depuis l´âge de 14 ans en France: Armando Pereira, un des fondateurs et associé  d’Altice.

Selon la revue portugaise Sábado, Armando Pereira aurait travaillé dans le BTP en France, avant de commencer à installer des câbles téléphoniques. Il crée en 1985 Sogetrel, une entreprise qui participe au développement du réseau câblé audiovisuels en France. L´affaire qui a démarré avec un prêt de 300.000 francs est vendue en 1999 pour plus de 40 millions d’euros. En 2002, Armando Pereira participe à la création d’Altice, l’empire présidé par le franco-israélien Patrick Drahi.

 

"La méthode Altice"

Au Portugal, Armando Pereira est un visage incontournable de la « méthode Altice ». Le groupe a, en effet, son système propre de management qui est critiqué par beaucoup. Le procédé est radical : cure d´austérité drastique, licenciements, coupure dans les avantages sociaux, renégociation des contrats. Certains ont été jusqu´à dénoncer des manœuvres d´intimidations auprès des salariés pour les pousser au départ.

Après l’achat de PT par Altice, les plaintes des  travailleurs et des fournisseurs se sont multipliées. Des centaines de fonctionnaires ont protesté en dénonçant l´obligation qui leur était faite d´accepter de partir dans d´autres entreprises du groupe Altice alors qu´ils avaient un contrat PT, et perdaient ainsi les avantages inhérents à plusieurs années de travail chez PT. D’autres salariés se seraient vus mis « au placard ». "Nous n'avons pas de travail pour eux", disait Armando Pereira en octobre dernier.

En juillet  dernier, le Premier ministre s’est montré peut rassurant sur l´avenir de PT et de ses fonctionnaires. Antonio Costa a même fait savoir publiquement qu’il choisissait personnellement un autre opérateur, et a rendu le groupe responsable des problèmes du système SIRESP : le réseau de communications d’urgences du Portugal  qui a été mis à mal lors des grands incendies du mois de juin.

 

À la conquête des médias portugais

Malgré tout cela, le groupe choisi d´aller de l´avant sur le marché portugais et mise sur l´achat de Média Capital, propriétaire de la chaîne nationale de télévision TVI.  Pour 440 millions d´euros, l´équipe Patrick Drahi et Armando Pereira veut acheter TVI ainsi que les radios Radio Comercial, M80, Cidade et le portail IOL, 2ème en taille dans le pays.

L´affaire n´est, cependant, pas encore bouclée et les régulateurs portugais du secteur pourraient interdire l´achat de Média Capital par PT/Altice. La concurrence dénonce des pratiques peu claires et un marché des médias qui perdrait en termes de liberté à cause d´une concentration excessive.

Si l´affaire va de l´avant, Altice aura une position dominante sur le marché portugais de la production audiovisuelle  (Media Capital, TVI) et de la distribution (services MEO, TNT gratuite). Le groupe français serait alors, aussi propriétaire des deux plus grands portails web dans le pays (IOL et Sapo). « En tant qu´homme d´affaires et citoyen, je ne veux pas que cette affaire aille de l´avant», a déclaré en septembre Francisco Pedro Balsemão, président du groupe propriétaire de la chaîne de télévision  privée concurrente : SIC.

 

Tourmente à l´ international

À l’international, le titre du groupe en bourse a reculé de plus de 50% depuis début novembre, suite à une baisse des recettes au troisième trimestre. Ces résultats décevants ont déclenché la panique chez les investisseurs, qui redoutent qu’Altice ne puisse pas payer sa dette de 50 milliards d’euros. Le géant des télecoms et médias a annoncé le départ de son directeur-général Michel Combes et le retour en force de Patrick Drahi. Au Portugal, la présidente de PT Claudia Goya a été remplacée par Armando Fonseca, et ceci quatre mois seulement après sa nomination.

Armando Fonseca est maintenant le visage portugais de la restructuration du groupe Altice. Le binôme initial reprend les rênes : Patrick Drahi et Armando Pereira se battent pour réduire la dette du groupe, redonner confiance aux investisseurs et gagner la bataille de la communication. L´image d´Altice a bien souffert ces derniers temps et gagnerait a être travaillé avec attention au Portugal et à l´international. L´équipe maintient le cap et continuent à affirmer sa volonté de devenir propriétaire de Média Capital. Affaire à suivre…

 

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