

Renaud Monfourny est un des membres fondateurs du magazine "Les Inrockuptibles", et il est aussi photographe. Jusqu’au 4 novembre 2017 une exposition de ses oeuvres "Lights, Camera, Actions ! Portrait du Cinéma" est présentée à la Plataforma Revolver (Cais do Sodré, Lisbonne).
L’exposition fait partie de la programmation de la 18ème Festa du cinéma français qui commence ce jeudi 5 octobre 2017 et réunit des portraits de personnalités incontournables du cinéma portugais et français comme Catherine Deneuve, Rita Blanco et Jean-Pierre Léaud. En une quarantaine de portraits, Renaud Monfourny raconte aussi une partie de l’histoire du septième art.
Lors de son passage à Lisbonne, Lepetitjournal.com a été à la rencontre de l’artiste, afin de lui poser quelques questions sur l’exposition et l’art de la photographie au siècle XXI.
Lepetitjournal : Comment a surgit cette exposition ?
Renaud Monfourny : L’idée est partie de l’Institut Français du Portugal, qui m’a demandé de faire une exposition de photos de cinéma français pour ce festival. J’ai dit oui mais j´ai prévenu que le thème était vaste, vu que je fais des photos depuis 30 ans.
J´ai demandé si je pouvais mettre tous mes « héros » du cinéma, ça veut dire l´ensemble des réalisateurs qui m’ont subjugué depuis que je vais au cinéma, des gens comme Godard ou Pialat et aussi des cinéastes plus jeunes, mélangé les générations.
Ensuite, j’ai aussi rappelé que le Portugal est un pays de culture incroyable, surtout du point de vue de sa littérature et de son cinéma et j’ai demandé si je pouvais mettre quelques Portugais dans l’exposition. On m’a dit oui et j’ai inclus tout mes portugais « chéris ». J’ai fini de préparer cette exposition il y a un an et depuis je me suis aperçu que le Portugal est un pays avec une très petite production de cinéma où presque tout est bien. Il n’y a pas de films hyper commerciaux.
Une des critiques qui est faites au cinéma portugais est précisément qu’il n’est pas adapté au grand public.
Je pense que toute la culture portugaise est un peu comme ça. Les grands écrivains portugais ne sont pas des best-sellers qui écrivent des histoires d’amour.
Cette exposition a combien de photos ?
Elle a plus de 40 photos, j’aurai pu faire une exposition avec 200 photos parce que j’ai vraiment beaucoup de photos que j’aime avec des gens que j’estime. Mais il fallait rester sobre.
L’exposition a des photos prises dans les années 80 et d’autres prises plus récemment. Photographier un cinéaste dans les années 80 est différent aujourd’hui ?
Ça dépend de quel cinéaste. Aujourd’hui, d’une manière générale, les artistes sont beaucoup plus sollicités par les médias qu’avant parce qu’il y en a beaucoup plus. Maintenant c’est très difficile d’identifier des nouvelles choses. Quand j’avais 25 ans, je pouvais découvrir un auteur parce-que je lisais une critique avec des références sur un autre auteur. Aujourd’hui il y a tellement de livres, de disques et de films que c’est très difficile pour les jeunes de découvrir ce qu´ils aiment.
Cette facilité d´accès aux personnes c’est ce qui a beaucoup changé, en particulier dans les grands événements médiatiques comme le Festival de Cannes. Les gens sont très sollicités: il y a des interviews de trois minutes et des photos prises en 25 secondes.
Avec ces excès, est-ce que la photographie perd sa vraie nature ?
Dans mon cas non, parce que j’ai généralement un rapport aux gens. Quand je fais le portrait de quelqu’un, je sais qui est cette personne. Mais je me suis aperçu que la plupart des photographes reçoivent une « commande » pour photographier quelqu’un dans un hôtel, et qu´ils ne se posent pas de question : Ils ne savent même pas qui est la personne.
Quand j’y vais, moi j’ai toujours une idée de la photo que je veux faire. Ce sont toujours des décors très neutres, comme des murs blancs, ou sinon un contexte qui correspond à la personne photographiée. Deuxièmement, je ne perds jamais de vu que je fais un portrait d’une personne. Ça veut dire que j’essaye de capter quelque chose dans son visage, dans son regard. C’est ça qui m’intéresse. Je ne veux pas faire un truc rigolo, énigmatique ou dynamique. Je déteste le mot dynamique. Un truc dynamique c’est souvent quelque chose de ridicule.
J’ai un grand respect pour l’art du portrait. Je sais très bien me débrouiller avec 30 secondes ou une minute de photo mais, par contre, je sais ce que je veux.
Que pensez-vous de Lisbonne ?
J´y suis venu il y a très longtemps comme touriste, il y a peut être 30 ans. Je me rappelle très bien qu’il y avait plusieurs tendances communistes et qu´il y avait des grandes fresques sur les murs. Il y a avait de superbes fresques de « propagande » comme on en trouve beaucoup en Amérique du Sud. Ça m’avait beaucoup marqué.
J’aime beaucoup les textures, les vieux murs. Encore aujourd’hui je trouve mon bonheur à Lisbonne, parce qu’on a beaucoup de murs qu’on dirait « pourri ». Pour moi ce n’est pas « pourri », c’est un mur qui a vécu, qui a eu plusieurs vies.
Maintenant, en discutant avec les gens, je vois que Lisbonne traverse un moment compliqué avec l’invasion des touristes et des résidents étrangers, notamment des Français. Du coup, ça fait monter les prix de l’immobilier et les gens sont obligés de partir plus loin parce que c’est trop cher dans le centre ville. Les maisons deviennent des Airbnb pour les touristes. On perd quelque chose de la ville. À Paris, le 4ème arrondissement est devenu une espèce de supermarché chic hors de prix où il y a des petites boutiques pour les touristes. On parle anglais partout. C’est un des gros problèmes du tourisme d’aujourd’hui et Lisbonne me paraît en plein dedans.
Les villes peuvent perdre leur identité avec ces phénomènes ?
Exactement. Malheureusement, je pense que cela arrive partout. Demain ce sera, par exemple, la Slovénie parce que le Portugal ne présentera plus autant d’intérêt fiscal qui est ce qui attire les étrangers actuellement.








