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Quand 270 000 femmes furent stérilisées de force au Pérou…

Entre 1996 et 2000, s’est déroulé un des pires scandales de l’histoire du Pérou. Environ 270 000 femmes et 22 000 hommes des communautés indigène furent stérilisés sans leur consentement.

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@Alena Shekhovtcova
Écrit par Lancelot Soumache
Publié le 28 mai 2024, mis à jour le 29 mai 2024

 

Si le gouvernement de Fujimori parlait d’un programme de contrôle de natalité, cela n’était qu’en qu’un prétexte pour dissimuler une opération d’épuration ethnique d’une partie de la population. Retour sur ce tragique épisode de l’histoire du pays.

 

De 1990 à 2000, le gouvernement autoritaire d’Alberto Fujimori a concentré l’entièreté du pouvoir exécutif grâce à un Coup d’Etat qui a permis d’éliminer les principaux contre-pouvoirs. Durant cette trouble période, le gouvernement a été accusé d'avoir commis diverses violations des droits de l'homme incluant des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées et des tortures.

 

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Groupe de femme victime de stérilisations forcées. Source : AMPAEF

 

Pour sa responsabilité dans ces différents crimes, Fujimori a été condamné en 2009 à 25 ans de prison. Cependant, l'un des crimes perpétrés durant son mandat reste encore impuni devant la justice péruvienne : les stérilisations forcées infligées à des centaines de milliers de femmes indigènes.

 

« Ne soyez pas étonné par la campagne très agressive de planning familiale, nous expliquerons à ces familles nos actions » déclarait Alberto Fujimori en 1996,

 

Lorsque lui et son gouvernement lançait une grande politique de contrôle de la natalité visant à « éradiquer la pauvreté » dans le pays.

 

Opérations de stérilisation

 

Des agents de santés engagés par le gouvernement partirent ainsi dans les zones reculées du pays pour pratiquer des opérations de stérilisation. La population ciblée cette politique était majoritairement les femmes des communautés indigènes.

 

Leur incapacité à comprendre l'espagnol (elles parlaient Quechua) a facilité aux médecins la tâche de leur mentir et de les manipuler  afin qu'elles acceptent l'opération. On leur faisait signer des contrats alors qu’elles ne savaient même pas lire.

 

Les conséquences...

 

Les ligatures des trompes (pour les femmes) et vasectomie (pour les hommes), souvent mal réalisées, laissèrent des séquelles à vie aux victimes.

 

L'Association des femmes péruviennes victimes de stérilisations forcées (AMPAEF) s’est créé afin de permettre aux femmes de témoigner de leurs expériences ainsi que de se battre pour obtenir justice.

 

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Logo de l’AMPEAF

 

Mercedes, une des membres de l’association relate ce qui lui est arrivé au micro du média DW :

 

« Il ne m’ont même pas fait d’anesthésie, c’était une douleur atroce, la pire que je n’ai jamais sentie, et j’entendais des gens rire autour de moi ».

« Depuis l’opération, je ne peux plus travailler aux champs avec mon mari à cause des douleurs que je ressens » ajoute une autre membre de l’association.

 

Pour Maria Esther Mogollon, porte-parole de l’AMPAEF :

 

« Le but n’était pas de mettre fin à la pauvreté mais éradiquer les personnes pauvres, les peuples indigènes, mettre fin aux personnes ».

 

Elle souligne que cet événement révèle le racisme persistant à l'égard des populations autochtones dans le pays. Des organisations telles qu'Amnesty International ou Human Rights Watch vont jusqu'à qualifier ces actions d'"épuration ethnique" voire de "génocide", ciblant directement les populations indigènes et pauvres du Pérou.

 

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25 ans après les faits, le travail réalisé par l’AMPAEF a enfin permis l’ouverture d’un procès. En décembre 2021, la justice péruvienne a déclaré l’ouverture d’une enquête judiciaire, après 16 ans d’enquête préliminaire.

 

1307 plaignantes sont inscrites pour témoigner. Les victimes recevront-elles des excuses officielles de l’Etat péruvien ? Les indemnisations qu’elles demandes pour les atrocités qu’elles ont subies ?

 

Rien n’est trop sûr aux vues des nombreuses fois où la justice péruvienne a pris la défense de Fujimori, l’ancien dirigeant autoritaire du pays. En décembre 2023, la Cour Suprême de justice a pris la décision d’annuler l’acte d’instruction contre Fujimori et d’autres autorités "pour stérilisation forcée de femmes commises dans le contexte de graves violations des droits de l’homme".

 

Une action fortement critiquée par la Commission Interaméricaine des droits de l’Homme, qui exhorte l’Etat péruvien à prendre des  « mesures urgentes ».

 

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Publié le 28 mai 2024, mis à jour le 29 mai 2024
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