Le Pérou, 77ème au classement mondial de la liberté de la presse 2022

Par Le Petit Journal LIMA | Publié le 03/05/2022 à 17:09 | Mis à jour le 04/05/2022 à 12:21
Le Pérou, 77ème au classement mondial de la liberté de la presse 2022

Malgré une meilleure place qu’en 2021, la situation de la presse au Pérou reste problématique. Le journalisme d’investigation tend à disparaître et la désinformation gagne du terrain.
 

Classement RSF 2022 pour le Pérou : 77/180 - score : 61.75

Classement RSF 2021 pour le Pérou : 91/180 - score : 68.29

 

La 20e édition du Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters Sans Frontières (RSF) révèle une double polarisation, amplifiée par le chaos informationnel : polarisation des médias entraînant des fractures à l’intérieur des pays et polarisation entre les États sur le plan international.

Le Classement mondial de la liberté de la presse, qui évalue les conditions d’exercice du journalisme dans 180 pays et territoires, démontre en 2022 les effets désastreux du chaos informationnel (un espace numérique globalisé et dérégulé, qui favorise les fausses informations et la propagande). Dans les sociétés démocratiques, le développement de médias d’opinion sur le modèle de Fox News et la banalisation des circuits de désinformation, amplifiée par le fonctionnement des réseaux sociaux, provoquent un accroissement des clivages. Sur le plan international, l’asymétrie entre, d’une part, les sociétés ouvertes et, d’autre part, les régimes despotiques qui contrôlent leurs médias et leurs plateformes tout en menant des guerres de propagande, affaiblit les démocraties. Aux deux niveaux, cette double polarisation est un facteur d’intensification des tensions.

 

Le Pérou, 77ème au classement mondial de la liberté de la presse 2022

 

Au Pérou, bien que la liberté de la presse soit garantie par la législation, les journalistes sont fréquemment victimes de harcèlement judiciaire. Le journalisme d’investigation tend à disparaître et la désinformation gagne du terrain dans le pays.

 

Paysage médiatique au Pérou

Le paysage médiatique péruvien est pluriel, même si dans la capitale, Lima, une ligne éditoriale conservatrice pour les questions politiques et économiques domine. Ces dernières années, des médias auparavant fiables ont basculé dans la désinformation, notamment au moment des élections. Le journalisme d’investigation n’est plus présent que sur des sites en ligne à but non lucratif, comme IDL-Reporteros ou Ojo Público. Le tabloïd Trome est le journal le plus vendu du pays, et Radioprogramas la principale émission d'information. La plupart des Péruviens s’informent à travers la radio ou les chaînes TV en clair, où la couverture de l’information est généralement superficielle.

 

Contexte politique (Indicateur politique - RSF 2022 : 52/180 - score : 66.97)

En 2021, l’outsider et instituteur en milieu rural Pedro Castillo a remporté les élections présidentielles en dépit d’une importante campagne médiatique déployée contre lui. Cette désinformation a amené Pedro Castillo à se méfier de la presse de la capitale. Les partis d’opposition de droite Fuerza Popular et Renovación Popular, ainsi que des entités de sociétés civiles se sont servis de la défense de la liberté de la presse pour mettre le président en cause du fait qu’il ne donne jamais d’interview ni n’organise de conférence de presse. La polarisation politique s’est accentuée.

 

Cadre légal (Indicateur législatif - RSF 2022 : 66/180 - score : 70.61)

La Constitution de 1992 garantit la liberté d’expression et stipule que toute action qui suspend, interrompt ou empêche la libre circulation des journaux est un crime. Il existe aussi une loi sur la transparence et l’accès à l’information qui, dans la réalité, est souvent difficile à mettre en œuvre en raison de la faiblesse des institutions, et des divers conflits politiques et économiques. Lors de la première année de la pandémie, le ministre de Justice a souligné que le code pénal punit la diffusion de fausses informations, sans que quiconque n’ait jamais été sanctionné ou poursuivi pour ce motif.

 

Contexte économique (Indicateur économique - RSF 2022 : 92/180 - score : 41.84)

En 2020, avec la pandémie, l’économie péruvienne a perdu 11 points et la pauvreté a augmenté jusqu’à toucher 30 % de la population. Les journalistes figurent parmi les catégories professionnelles les plus concernées, notamment en dehors de la capitale, où ils travaillent de manière informelle (sans contrat, sans assurance ni protection santé). Certains médias privés ont dû licencier des employés en raison de la réduction des budgets et de la publicité. Les médias en ligne à but non lucratif, en revanche, ont poursuivi leurs activités.

 

Contexte socioculturel (Indicateur social - RSF 2022 : 110/180 - score : 63.00)

Le public valorise le travail des journalistes, celui-ci ayant joué un rôle clé – notamment ces dernières années – dans la révélation d’affaires de corruption impliquant des responsables politiques et le système judiciaire. Toutefois, les médias traditionnels de la capitale ont perdu leur crédibilité en 2020 et 2021, à cause des informations pseudo-scientifiques diffusées pendant la pandémie et de la désinformation durant la campagne présidentielle.

 

Sécurité (Indicateur sécuritaire - RSF 2022 : 92/180 - score : 66.35)

Les journalistes sont peu protégés par les forces de sécurité, qui peuvent même être elles-mêmes à l’origine d’attaques. Par ailleurs, les violences verbales et physiques perpétrées par des activistes politiques envers des reporters ont augmenté. Depuis 2018, lorsque des enquêtes journalistiques ont été publiées sur l’affaire Odebrecht, des groupes d’extrême droite ont verbalement et physiquement agressé des journalistes.

 

Source : https://rsf.org/fr

 

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