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Eugenia, une liménienne d'en haut

Par Lorena BERTIN | Publié le 28/09/2021 à 08:00 | Mis à jour le 29/09/2021 à 14:54
Photo : ©Lorena Bertin
Eugenia, une liménienne d'en haut

Dans l’un des quartiers les plus pauvres de Lima, Eugenia subvient aux besoins nutritionnels de son entourage et finance les soins médicaux de son fils handicapé. Une histoire aux multiples combats. 

 

Il y a près de 10 ans, Eugenia s’est installée dans la communauté de Valle Ecologico à San Juan de Miraflores. En déménageant, elle a quitté le district de San Juan de Lurigancho, le quartier le plus peuplé de Lima avec près d’un million d’habitants. Ces deux circonscriptions ont en commun leur zone géographique : les hauteurs de Lima. À seulement une heure des beaux quartiers et des immeubles luxueux aux dizaines d’étages, les hauteurs de Lima abritent la pauvreté. Ces vallées échelonnent les habitants selon leurs ressources. Plus les familles sont en hauteur, plus leurs conditions de vie sont difficiles. En plus du brouillard qui empêche toute visibilité l’hiver, la route n’est pas entretenue et les derniers mètres se font uniquement à pied. Certaines communautés, dont celle d’Eugenia, n’ont pas accès à l'électricité excepté les panneaux solaires sur l’Escuelita, une ONG française qui propose du soutien scolaire aux enfants, ni l’accès à l’eau courante. Des camions citernes distribuent de l’eau toutes les deux semaines, raison pour laquelle l’ONG belge Children of Lima finance un projet en cours d’attrapes nuages

 

Eugenia, une liménienne d'en haut
©Lorena Bertin

 

Une détresse issue de sa situation familiale 

À 51 ans, Eugenia est responsable de toute la famille, allant de sa mère à son petit-fils. Mère de 4 enfants, son fils cadet Kevin a 14 ans, il est handicapé. “Il suit une thérapie du langage car même s'il essaie, il n’arrive pas à parler”. Ces soins coûtent 25 soles (environ 5 euros) la séance, un prix qu’elle n’est plus en mesure de payer. Le papa les a abandonné pour la femme de son frère, alors qu’elle était enceinte. 

À Valle Ecologico, j’ai pu trouver du réconfort mais je suis seule pour m'occuper de mon enfant handicapé et ça devient compliqué. 

Autre drame, son petit-fils Jonathan se faisait battre par le nouveau compagnon de sa mère. Eugenia l’a souvent retrouvé avec des marques sur le corps. Au Pérou, la maltraitance infantile n’est pas un sujet tabou, les enfants arrivent à en parler et se sortir d’une telle situation. Elle l’a donc accueillie au début de la pandémie. 

En plus de s’occuper de sa descendance, elle est en charge de sa mère qui n’a plus la capacité de marcher. “Ma mère a une petite pension mais elle ne nous suffit pas pour vivre”. Grâce à la  “olla común” (cuisine communautaire qui distribue de la nourriture), la famille se voit attribuer le déjeuner, “mais ce n’est pas viable sur le long terme, je dois trouver une solution pour gagner de l’argent”. 

 

Eugenia, une liménienne d'en haut
©Lorena Bertin

 

Des projets permettant de subvenir à tous leurs besoins 

Eugenia a toujours été travailleuse. “J’ai toujours travaillé pour donner à manger à mes filles et pour qu’elles puissent étudier. Mais aujourd’hui, je dois rester auprès de mon fils, mon petit-fils et ma mère qui ont besoin qu’on s’occupe d’eux”. Elle souffre beaucoup de ne plus se rendre au travail mais ne compte pas baisser les bras.

Si j’avais un peu d’argent, je pourrais acheter des bouteilles de gaz en bas et les remonter pour les vendre dans la communauté, je gagnerais un petit sol par bouteille, ne serait-ce que pour payer mon pain. 

Même si ce sol (environ 20 centimes d’euros) l’aiderait déjà beaucoup, elle aimerait se lancer dans la cuisine. “Ce que j’aimerais surtout, c’est d’avoir mon petit stand ici pour préparer à manger le dimanche car les familles reçoivent de la visite. J’ai déjà travaillé dans des restaurants, je sais préparer tous types de plats traditionnels. Ne serait-ce que 4 ou 5 repas me permettrait de rester ici et de subvenir à nos besoins”.

Pour venir en aide à Eugenia, faites un don : https://fr.laescuelita-lima.org/

 

Lorena Bertin Lepetitjournal Lima

Lorena BERTIN

Étudiante en Master à l'École de Journalisme de Nice, je réalise mon premier stage pour l'édition Lepetitjounal.com de Lima au Pérou.
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