

Cette fois, lepetitjournal.com vous emmène à la rencontre d'une entrepreneure en Indonésie, au c?ur même de la belle île de Bali. Zoom sur le parcours atypique d'une Française attachée aux traditions culinaires et ouverte sur le monde et les cultures.
Se faire la main à Bali
La confiture, c'est bon? et ça plaît à tout le monde. Michèle a réalisé le potentiel de cette idée très simple il y a quelques années déjà, lorsque ses amis en France lui lançaient, pour rire : "Tes confitures sont les meilleures. Tu devrais les commercialiser, tu ferais un carton !". L'idée a germé. "En France, je régalais mes amis lors de soirées crêpes avec de la confiture d'églantine et de la crème de marron. Je me suis aperçue que j'avais la main". Toutefois, ce n'est pas le marché français qui appelle Michèle. Patronne depuis 15 ans d'une boutique de souvenirs en Ardèche, la commerçante passait déjà six mois de l'année à Bali, pour se fournir en nouveaux produits, objets et paréos. Elle décide de faire ses bagages, et de venir s'installer, après une étape en Thaïlande, sur l'île des Dieux.
Bouillonnement d'idées et premières confitures
A Bali, notre aventurière prend ses marques. Souffrant d'insomnies, elle prend l'habitude de se réveiller à 4 heures du matin pour aller au marché. Les fruits exotiques portent son inspiration aux nues, et Michèle commence à élaborer des confitures en n'utilisant que des fruits locaux, trouvés sur le marché ou dans les vergers aux alentours. Corossol, goyave, papaye, kaliasem, anone, bignay, fruit du dragon, fruit du jacquier, mangue, fruit de la passion, tout y passe ! "Au début, il a fallu que je m'habitue à cuisiner ces fruits, à apprendre comment leur donner une bonne texture pour la confiture". Les difficultés sont nombreuses, car Michèle tient à confectionner ses produits dans les règles de l'art. "Je fais mes confitures de manière traditionnelle. Aujourd'hui, j'ai mon atelier à la maison. Je n'utilise que des casseroles et des marmites en cuivre, comme ma grand-mère. Je ne suis pas scientifique, mais je sais que le cuivre produit une réaction chimique qui fait que je n'ai pas besoin d'ajouter de la pectine de fruits, car la substance sort naturellement à la cuisson dans mes marmites". Après quelques mois d'entraînement, Michèle commence à faire goûter ses confitures autour d'elle. Le succès est inespéré, et elle commence petit à petit à commercialiser ses petits pots dans les magasins bios et branchés d'Ubud, sur le marché bio, chez le voisin? L'effet de propagation continue.
Une success-story pleine d'authenticité
Au bout d'un an, Michèle ouvre une petite boutique-crêperie au c?ur d'Ubud, où elle vend elle-même ses confitures. L'affaire tourne, et les gens, locaux ou touristes, attirés d'une part par le côté français et le côté local du magasin, et d'autre part par les dégustations gratuites proposées aux clients, sortent généralement le sourire aux lèvres et les papilles émoustillées. "Enfin, au début, les gens veulent te descendre. Les premières critiques que j'ai eues portaient sur le fait que mes confitures n'étaient jamais les mêmes? Eh bien, j'en ai fait mon argument de vente ! Oui, elles sont différentes à chaque fois, parce qu'elles sont faites maison, parce que je n'enfouis pas le goût sous le sucre et la pectine artificielle, sous des colorants ou des conservateurs. Dans le commerce, les confitures indiquent 28g de fruit pour 100g. Très bien, mais? 100g de quoi ? Je sais ce que je mets dans mes confitures : trois quarts de fruits frais et un quart de sucre non raffiné. Plus authentique, vous ne trouverez pas !"
Michèle s'occupe de chaque détail, réarrange les étagères, et crée elle-même les étiquettes de ses confitures. "Je photoshope, j'édite, je coupe, je plie, je colle? J'ai perdu trois kilos depuis que j'ai commencé le business ! Mais bon, je fais ça, et ça me branche, et ça me rend heureuse !".
Aujourd'hui, elle vend ses confitures comme de petits trésors. L'hôtel Intercontinental ne sert par exemple ses délices que dans les suites du club. Les "confitures Michèle" sont aussi en vente chez Bali Buddha, magasin bio et bobo : "C'est la consécration ! C'est comme si ton pâtissier arrivait à mettre ses gâteaux en vitrine chez Fauchon ! ". Le magasin tourne à plein régime, sous une allure toujours humble et dans une ambiance chaleureuse.
A Bali, la spiritualité n'est pas seulement réservée aux cultes locaux. Michèle aussi, en a fait les fruits !
"Le passion fruit m'a donné plus de fil à retordre que les autres fruits. Au départ, j'avais une bouillie très liquide, ou une mélasse très compacte. De plus, les prix étaient exorbitants, à chaque pot produit, je perdais 5 000 roupies? Ma fille m'a conseillé d'abandonner ce fruit, mais je n'ai pas pu m'y résigner. J'ai décidé de planter dans mon jardin. Je crois beaucoup en l'énergie, en la force de la pensée positive. C'est peut-être un peu "peace and love", mais croyez-le, ça a marché ! J'en ai aujourd'hui des centaines, et je n'ai qu'à me pencher pour en ramasser à la pelle ! ". A 55 ans, Michèle vit de ce qu'elle aime, et aime ce qu'elle fait. "Je ne cessais de répéter "si le fruit de la passion me veut, il poussera". L'anecdote sur ce fruit m'a montré que quand on met de l'amour dans les choses, on reçoit en retour".
Et si Michèle envisage la retraite, les confitures Michèle ne sont pas prêtes de disparaître. La boutique, au nom de son associée Wayan, sera reprise par cette dernière lorsque la commerçante décidera de s'arrêter pour profiter des charmes de Bali. Longue vie donc aux confitures et à la perpétuation des spécialités traditionnelles françaises à travers les cultures !
Noëmie Sor (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur) Jeudi 11 Avril 2013



