

Les 3 et 17 juin, les Français de Malaisie seront invités à prendre part à une élection législative exceptionnelle : celle des premiers députés de l'étranger pour la 11e circonscription. Cette semaine, lepetitjournal.com rencontre Ludovic Chaker, candidat social-démocrate indépendant
LA MALAISIE
Lepetitjournal.com : Quel est votre parcours et votre implication passée auprès des Français de l'étranger ?
Je viens du sud de La France, plus précisément de l'Aveyron. Je n'ai jamais été vraiment prédisposé au voyage puisque je viens d'une famille modeste et assez sédentaire.
Malgré cela, j'ai eu l'amour de la Chine assez jeune. J'en ai même étudié la langue. Par la suite, j'ai suivi des études de communication au CELSA avant d'intégrer Sciences Po où j'ai étudié les affaires publiques ainsi que les relations internationales.
En 2007, j'ai connu moi aussi l'expatriation avec un contrat local au consulat de Shanghai comme chargé de mission à la coopération universitaire. La Chine apparaît donc en filigrane dans tout mon parcours universitaire et professionnel même si je ne suis pas pour autant un sino-enthousiaste invétéré.
N'ayant pas de possibilité d'évoluer professionellement en Chine, j'ai dû revenir en métropole. C'est là que j'ai décidé que la politique correspondait à ma vision d'une action concrète et efficace. Je voulais à l'origine devenir diplomate mais je me suis vite rendu compte que de telles responsabilités concentrent peu de pouvoirs. Je me suis donc dirigé vers la politique locale en prenant le poste de directeur de cabinet d'une commune de 50000 habitants en Touraine, Joué-Les-Tours.
Puis, j'ai été nommé directeur des relations internationales de la zone Asie-Pacifique. A ce titre, je veux rendre hommage à Richard Descoings qui a eu beaucoup d'influence dans mon parcours. Il aimait s'entourer de jeunes. Je me souviens encore du jour où il m'expliqua : « Ludovic, c'est des gens comme vous qui devraient être candidats, et des gens comme moi qui devraient les conseiller ». Richard a inspiré mon slogan mais aussi ma proposition de rendre progressifs les frais de scolarité.
Etes-vous déjà venu en Malaisie ? Quelle vision avez-vous de ce pays et des enjeux propres aux résidents français ?
Je suis venu à Kuala Lumpur. J'ai été très impressionné par le niveau de développement du pays. La capitale malaisienne m'a véritablement bluffé. J'y ai découvert une émulation de tous ordres, universitaire, économique? Un vrai melting-pot !
Mais, je ne cherche pas à être le candidat d'un pays plutôt que d'un autre et m'engage à défendre les intérêts de tous les Français de l'étranger. Les préoccupations des Français de Malaisie sont à ce titre souvent identiques à ceux d'un Français de la circonscription, qu'il s'agisse de scolarité de leurs enfants, de défense des familles mixtes, de la couverture santé ou du soutien à l'entreprenariat français de droit local par exemple.
Sur lesquels de vos atouts comptez-vous pour défendre les Français de Malaisie ?
Un de mes atouts principaux avec mon dynamisme est ma jeunesse. Si pour certains il s'agit d'un handicap, je le considère pour ma part comme une réelle valeur ajoutée.
Je compte aussi sur ma qualité d'homme de terrain. J'en fais beaucoup et continuerai d'en faire. Cela se combine avec un certain souci de la proximité. Il est nécessaire d'aller à la rencontre de communautés aujourd'hui très cloisonnées.
Je suis dynamique et serait entièrement dédié à mon mandat, à la différence d'autres candidats qui ont déjà d'autres responsabilités et propose de perpétuer la détestable tradition du cumul. J'ai par ailleurs une vraie connaissance des Français de l'étranger fondée sur le civisme et l'ancrage local que j'associe à une bonne perception de la vie institutionnelle et politique française.

Pourquoi avoir décidé de se présenter à cette élection inédite ?
En 2008, au moment de la crise des relations entre la France et la Chine, j'ai réalisé qu'un député de l'étranger était devenu nécessaire. Cela reste une bonne idée même si Nicolas Sarkozy l'a mise en place pour des raisons électoralistes. C'est avant tout une opportunité pour les Français de l'étranger de faire entendre leurs voix !
Tout mon entourage m'a encouragé dans cette candidature. En vérité, je ne me présente pas dans cette circonscription comme je me présenterai ailleurs. Je me considère vraiment comme le candidat le plus à même de porter les revendications des Français de la 11ème circonscription.
Comment vous organisez-vous pour couvrir une circonscription aussi vaste ?
Depuis janvier, je suis un candidat à temps plein. Au début, mon équipe de campagne était surtout constituée d'amis. Aujourd'hui, il s'agit de bénévoles qui me suivent pour mes convictions.
J'ai choisi de prendre le temps d'un vrai travail de terrain tout en utilisant abondamment les réseaux sociaux. L'approche « bouche à oreille » est aussi très efficace sur cette campagne. Ainsi, mon réseau s'autoalimente au quotidien.
Avez-vous des anecdotes de campagne ? Quels sont vos succès et vos écueils ?
Les Français de l'étranger m'ont réservé un accueil très chaleureux partout où je suis allé malgré le désamour actuel entre la politique et les citoyens. L'idée serait de ré-enchanter la politique en participant à son renouvellement. Il faut dépoussiérer nos institutions ! Savez-vous que la moyenne d'âge de l'Assemblée est de 60 ans ?
Mon contact avec les Français sur place m'a semblé à la fois enthousiaste et humain puisque j'étais la plupart du temps hébergé par mes compatriotes dans un grand élan de solidarité.
C'est ma première campagne donc « j'apprends en marchant » même si, bien sûr, la politique ne s'improvise pas.
C'est une aventure humaine voire une aventure tout court. Je prends par exemple l'avion tous les 5 jours. Je me suis d'ailleurs fait voler l'intégralité de mes affaires une fois. Cela montre bien la part d'adaptation et d'improvisation nécessaire dans cette campagne. La Chine ne m'a pas non plus pour l'instant accordé mon visa. Mais qu'importe, j' y entrerai quel que soit le moyen ! Je suis un peu le troisième homme de ces élections, à l'image de David contre Goliath.
Une autre anecdote? La semaine dernière, un ami de KL se trouvait en voyage d'affaires à Singapour où un chauffeur de taxi lui a parlé? de ma candidature !

LA votre sens, quel est le rôle du député de l'étranger ?
Ce qu'oublient les autres candidats, c'est qu'un député ne représente pas uniquement son électorat mais bien l'ensemble de la nation française. Son rôle sera d'abord de défendre les enjeux propres aux Français de l'étranger dans l'hémicycle mais aussi de jouer le rôle de porte-parole à destination des médias et des institutions française. Il s'agira là de réhabiliter l'image du Français vivant à l'étranger, d'expliquer combien il peut apporter à notre société.
Est-ce important pour vous de ne pas dépendre d'un parti ?
On m'a proposé plusieurs investitures que j'ai toutes refusées car je ne veux pas d'une investiture de complaisance.
Par contre, je saurai jouer des rapports de force qui sous-tendent le fonctionnement du parlement. Par exemple, ne pas dépendre d'un parti n'exclut pas le jeu des alliances de circonstance. Il faudra travailler également de concert avec les députés et sénateurs de l'étranger. Je m'engage d'ailleurs à provoquer une rencontre de ces 23 parlementaires dès fin juin.
Quelles sont les propositions de votre programme qui vous tiennent le plus à c?ur ?
Le rôle du futur député sera essentiel car à ce jour la représentation des Français de l'étranger via l'Assemblée des Français de l'Etranger- AFE- n'est pas satisfaisante. D'ailleurs, connaissez-vous votre conseiller AFE ? Cette institution doit être refondée et devenir le fer de lance avec un collège d'experts, des élus de terrain qui travailleront en étroite collaboration avec les sénateurs et les députés. Dans cette perspective, il est indispensable que le secrétaire d'Etat des Français de l'étranger en soit le président, et à ce titre maintenu. Je croyait François Hollande ne pas y être favorable, je constate cependant qu'il a doté son gouvernement provisoire d'une ministre déléguée aux Français de l'étranger, ce qui me paraît aller dans le bon sens. La participation des prochaines législatives sera par conséquent un signal fort envoyé par les Français à l'étranger afin de peser réellement dans nos institutions.
Il est également important de réformer le fonctionnement de la Caisse des Français de l'Etranger ?CFE- dont la gestion financière est opaque et ses coûts trop élevés. A ce jour, moins de 8% des Français recensés dans la 11eme circonscription sont affiliés à la CFE. Je souhaiterais étendre l'adhésion de base de l'assurance maladie en France à tous. Cela nécessitera une réforme phare, une mise à plat du système existant et des services qui soient adaptés à la situation personnelle des populations vivant à l'étranger.
En matière de scolarité, il faut revenir sur la prise en charge mise en place par le gouvernement Sarkozy en 2007. Elle s'arrête aujourd'hui au lycée et ne constitue plus que 70% de la prise en charge des frais des lycées, en excluant les fonctionnaires et sans critères de ressources. Ce qui est une réelle aberration. A budget constant, je propose donc d'abroger ce système de prise en charge et de redistribuer les aides sous forme de bourse depuis la maternelle jusqu'au lycée, en incluant les fonctionnaires et en instaurant un système progressif sur critères de revenus familiaux.
Enfin, il me semble essentiel de soutenir davantage les familles mixtes. De plus en plus de Français s'installent dans leur pays d'accueil notamment lorsqu'il y a mariage entre couples binationaux. Ces derniers ne représentent pas loin de la moitié des familles françaises à l'étranger. Il faut donc revoir leurs statuts. Par exemple, au Vietnam, un ami qui souhaite épouser une vietnamienne a dû passer des tests médicaux et psychologiques auprès des autorités locales, sans que notre consulat ne puisse rien faire, puisqu'en matière de mariages mixtes, nous sommes obligés de nous aligner sur les procédures locales puis seulement de reconnaitre ce mariage. Ainsi, leur certificat à capacité de mariage se fait toujours attendre après huit mois de procédures, et je propose que les officiers d'état civil français à l'étranger puissent célébrer ces mariages. Le consulat doit être au service des Français à l'étranger et jouer son rôle en tant que tel. Une harmonisation, une communication commune ainsi qu'une coordination avec les autorités locales notamment en matière de plan de sécurité doivent être revues pour être plus efficaces.
Un dernier mot pour les Français de Malaisie ?
Les Français de Malaisie ont été nombreux à participer aux élections présidentielles précédentes mais ils doivent faire davantage. S'ils veulent compter à l'assemblée, il faut aussi qu'ils se mobilisent pour aller voter ce dimanche. D'autant qu'ils ont la chance de bénéficier du vote électronique !
En savoir plus sur Ludovic Chaker
Photos du candidat. Propos recueillis par Marion Le Texier (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Vendredi 31 mai 2012



