Édition internationale

CULTURAL IMPACT - Comprendre la différence culturelle avec Marie-Christine Tseng

Écrit par Lepetitjournal Kuala Lumpur
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 27 février 2013

Marie-Christine Tseng est française. Pourtant, depuis la fin de ses études, elle n'a jamais habité en France. Sa passion, c'est d'analyser, d'encourager et de faciliter les relations interculturelles. Après avoir vécu en Malaisie près de dix ans, elle y a ouvert son cabinet de conseil qui lui permet d'exercer sa passion au quotidien. Rencontre avec cette Française multiculturelle.

 

Une vie d'expat comblée par les richesses culturelles
"Mes études à peine achevées, je suis partie à Taïwan pour un stage de six mois, j'y suis finalement restée huit ans" déclare Marie-Christine en souriant. C'est ainsi qu'au c?ur de l'Asie, elle rencontre son mari et découvre sa passion : le conseil. Son époux, qui travaille pour une grande banque, est souvent muté. Le couple mène une vie d'expatriés et en un laps de temps relativement court, ils habitent au Royaume-Uni, aux Pays-Bas puis au Brésil. A Amsterdam, Marie-Christine est consultante en management interculturel pour le Royal Tropical Institute (KIT). Puis, au Brésil elle poursuit dans cette voie et aide une amie à monter son propre cabinet de consulting.

C'est au début du millénaire qu'elle arrive en Malaisie. Il est beaucoup plus difficile d'y trouver du travail qu'en Europe pour une femme d'expat. Elle décide alors de faire un break de deux ans. En Indonésie où elle poursuit son expatriation, la situation est identique. Souhaitant tout de même continuer à faire découvrir et accepter la culture de l'autre, elle se lance dans le bénévolat. Elle devient très active au sein de l'Indonesian Heritage Society, association qui se donne pour mission de faire découvrir les richesses de l'héritage culturel indonésien. Ses activités incluent des visites et excursions, des conférences et des groupes d'étude. Lorsqu'elle prend la tête de l'association en 2004-2005, celle-ci compte plus de 700 membres d'une quarantaine de nationalités différentes.

De retour en Malaisie, Marie-Christine poursuit ses activités dans le domaine muséal. Ayant eu vent de son action en Indonésie, le Muzium Negara la contacte. Marie fonde alors le Museum Volunteer Malaysia group en 2007. "La Malaisie était le seul pays de la région a ne pas avoir ce type de groupe bénévole" raconte-t-elle. L'association qui a pour but de promouvoir les musées ainsi que l'histoire et les cultures malaisiennes organise notamment des visites guidées du musée national et du musée du textile, sur demande, en plusieurs langues dont le Français. Des conférences en français (Regards croisés) sont même régulièrement organisées au musée national. Son "défi" est d'intéresser toujours plus de gens à leur propre culture ou à celle du pays qui les accueille.

Aider à comprendre les différences culturelles
Alors que la famille Tseng s'installe durablement en Malaisie, l'envie prend à Marie-Christine de revenir à ses premiers amours ; le conseil en relations interculturelles. Elle lance en 2010 son propre cabinet de conseil : Cultural Impact. "Comprendre comment les autres fonctionnent pour cohabiter et travailler avec eux est primordial" estime-t-elle.

Marie, qui vit un mariage interculturel en a, encore aujourd'hui, la confirmation au quotidien. Selon la spécialiste , la culture joue un rôle absolument essentiel dans les interactions humaines. Ce qui l'intéresse c'est d'apporter une approche différente, "pas celles des théories du business".

Lorsqu'elle prend en charge de nouveaux expatriés, Marie-Christine Tseng les forme en communication interculturelle ; elle leur donne les clés pour savoir comment se comporter dans leur nouveau pays d'accueil en leur expliquant les choses à faire ou à ne pas faire. Au sein des entreprises, ses programmes sont destinés aussi bien aux expatriés qu'aux locaux, l'idée étant justement que les deux groupes développent leurs compétences interculturelles. Elle les encourage à échanger sur leur culture d'origine pour mieux se comprendre et donc mieux communiquer pour travailler ensemble dans le respect de la culture de l'autre.

Pour cela, Marie Tseng réalise en quelque sorte des audits pour cerner les points à travailler. Elle prend un malin plaisir à "amener des personnes qui se regardent un peu en chien de faïence à mieux se connaître, à mieux communiquer". Elle réunit dans une pièce expatriés et locaux et leur demande d'évoquer les incidents, incompréhensions et frustrations qu'ils ont ressenties dans l'entreprise. Les points de discorde évoqués le plus fréquemment sont l'heure et la hiérarchie. Marie explique : "Le temps malaisien n'est pas le même que le temps français. Ici, tant qu'un RDV n'a pas été confirmé et reconfirmé, on ne peut être sur qu'il aura bien lieu".

Pour ce qui est de la hiérarchie, elle analyse : "Alors que les expatriés anglo-saxons sont très relax par rapport à la hiérarchie, les Malaisiens ont besoin de savoir où se placer. Ils sont très formels, plutôt à l'image des Français".

Comprendre l'origine de ces désaccords permet ensuite de "conceptualiser les valeurs de chacun" . Les expatriés et les locaux se retrouvent alors dans un espace neutre et peuvent expliquer ce qu'ils attendent les uns des autres pour essayer de trouver une manière de fonctionner qui satisfasse chacun. Pour Marie-Christine, les efforts doivent aller dans les deux sens ; "c'est essentiel pour le développement personnel des expatriés comme des Malaisiens". Elle souhaite à travers Cultural Impact aider chacun "à tirer le meilleur de l'expérience" de la confrontation à l'autre. Pourtant, elle insiste bien sur le fait que rien n'est simple et automatique : "il ne suffit pas d'appuyer sur un bouton". Elle donne des indications, des points de repère, ensuite c'est à chaque personne de les utiliser pour "comprendre l'autre et aider l'autre à le comprendre".

Etendre son action au-delà du cadre de l'entreprise
La spécialiste explique que parfois elle conseille des familles entières. Souvent, on se focalise sur la raison principale, le travail, qui pousse une famille à s'expatrier et on en oublie les autres membres de la famille. Marie-Christine précise: "Malheureusement, le développement personnel arrive en dernier. Les femmes d'expats ont parfois du mal à gérer le fait de ne pas travailler, de ne plus avoir de repères. Pourtant, l'expatriation est aussi une chance, c'est la possibilité de se réinventer, de devenir qui l'on veut".

Marie-Christine pense qu'avant d'envoyer de futurs expatriés au bout du monde, les entreprises devraient mieux évaluer les compétences interculturelles, c'est-à-dire les facilités d'adaptation. "c'est même la première chose à faire ! Il faudrait même faire ce test pour toute la famille" estime-t-elle.

L'un des chevaux de bataille de l'experte est aussi d'amener davantage la culture du pays d'accueil dans les écoles d'enfants expatriés. "Les interactions sont minimes" analyse-t-elle, "les enfants d'expatriés devraient être plus exposés à la culture locale".

L'autre catégorie à laquelle Marie-Christine s'intéresse de plus en plus est celle des étudiants, stagiaires et VIE de plus en plus nombreux à choisir la Malaisie pour une expérience à l'international. Avec la MFCCI elle va lancer dès janvier un programme gratuit pour sensibiliser les jeunes, dès leur entrée dans la vie active, aux différences culturelles. De la même manière, Marie réfléchit à éduquer davantage les jeunes Malaisiens qui optent pour une expérience dans l'Hexagone à la culture française et notamment la culture d'entreprise.

Pour conclure, nous avons questionné Marie sur sa véritable identité dans l'environnement multiculturel dans lequel elle évolue. Après avoir vécu dans huit pays différents au cours des vingt dernières années et avoir fait de la multi-culturalité son métier, se sent-elle toujours Française ? "Absolument !" nous répond-elle sans hésiter. "Je suis Française, je le revendique et j'en suis fière", s'exclame-t-elle en précisant qu'elle a tout de même "besoin d'un environnement international". Elle conclut qu'évoluer en permanence avec des gens aux cultures diverses renforce ses propres valeurs et racines culturelles.

Camille Bondu (http://www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur) Mercredi 28 novembre 2012

logofbkl
Publié le 27 novembre 2012, mis à jour le 27 février 2013
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