Édition internationale

RICHARD HUCKLE - Un pédophile au coeur d'oeuvres de bienfaisance en Malaisie

Écrit par Lepetitjournal Kuala Lumpur
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 7 juin 2016

Depuis jeudi dernier, Richard Huckle fait la Une des médias locaux comme anglais. Et pour cause, ce Britannique de 30 ans a durant huit ans, sous couvert d'actions charitables, abusé d'enfants malaisiens. Des victimes qui se comptent par centaine, 200 ayant été recensées à ce jour.

Un des pires pédophiles que l'Angleterre n'ait jamais connu

Richard Huckle comparaissait ce lundi 6 juin à Londres, pour près d'une centaine de cas d'abus sexuels ou de viols commis sur des mineurs entre 2006 et 2014. Selon l'enquête toujours en cours, il pourrait être responsable de plus de 200 cas d'abus sexuels. 

Pourtant rien ne laissait présager une telle horreur. Issu de la classe moyenne, Richard grandit au sein d'une famille chrétienne à Ashford, dans le comté de Kent. Il participe régulièrement à des ?uvres caritatives, notamment au sein de son église. La Malaisie croise alors son chemin, il s'y rendra à de nombreuses reprises pour travailler dans des ONG, des communautés ou des associations qui viennent en aide aux enfants défavorisés. Une fois photographe, l'autre enseignant en anglais, il dispense aussi des cours d'éducation religieuse, ce qui lui permet systématiquement d'être au contact d'enfants. Les habitants du quartier indien de Kuala Lumpur, où il vivait et où il a perpétré ces agressions, se rappellent de lui comme d'un homme banal, qui vivait là de temps en temps, travaillait comme photographe pour des anniversaires d'enfants. Ses collègues eux non plus ne suspectaient pas cet homme dont l'attitude extérieure n'avait rien d'anormale. Actif dans la communauté bénévole et religieuse, il apparaît même sur une vidéo promotionnelle officielle pour le British Council en Malaisie.

Une liste de chefs d'accusation colossale

Ses victimes sont principalement des enfants malaisiens. Mais il est aussi accusé d'avoir abusé d'un enfant de deux ans  lors d'un séjour au Cambodge, alors qu'il est hébergé chez des locaux. Le ministre britannique assure que personne dans le Kent, où il avait été assistant dans l'église de sa paroisse entre 2002 et 2007, n'a été l'une de ses victimes, cependant à ce jour, les autorités n'écartent pas de potentielles agressions dans d'autres villes d'Angleterre. 

91 charges sont retenues contre lui pour avoir abusé ou violé des enfants âgés de 6 mois à 12 ans, dont 23 enfants à Kuala Lumpur qui ont été formellement identifiés. Richard Huckle tenait un journal quotidien de ses actes, auxquels il a dédicacé la rédaction d'un guide de pédophilie d'une soixantaine de pages, intitulé Pedophiles and Poverty ; Child Lover's Guide, et que le juge en charge du dossier, a hier qualifié de ?diabolique? durant le procès. Sur son ordinateur ont été retrouvées 20.000 photos indécentes d'enfants, un chiffre qui donne le vertige. Huckle utilisait le darknet pour publier ses photos ainsi que Lover Zone, une forme de réseau social crypté pour pédophiles. Il reste six fichiers informatiques que la police n'a pas réussi à décrypter et qui pourraient révéler d'autres abus.
L'enquête a mis en évidence que l'accusé avait utilisé un site de crowdfunding dédié aux pédophiles, toujours via le darknet, pour financer ses séjours en Malaisie et par essence les crimes qui lui sont reprochés.

Dans ses projets, le Britannique parlait de se marier avec l'une de ses victimes, pour par la suite créer une famille d'accueil, lui offrant un accès permanent à de jeunes proies. 

Enquêtes britannique et malaisienne disjointes

Ce sont les autorités australiennes qui ont découvert l'identité du fondateur de Love Zone, un certain Shannon McCoole, travailleur social, et qui a écopé de 35 ans d'emprisonnement l'an dernier. L'enquête les mènera à découvrir la trace d'un utilisateur particulièrement actif sur le site, Richard Huckle, ils parviendront à l'identifier notamment par le biais d'autres réseaux sociaux comme Facebook. Il est intercepté en décembre 2014 à l'aéroport de Gatwick alors qu'il rentre chez lui pour les fêtes. Il nie dans un premier temps les faits en bloc, avant d'avouer le soir même ses agissements à sa mère. C'est cette dernière qui le dénoncera sur-le-champ à la police. Sa famille qui a suite à cela déménagé, a déclaré ne plus jamais vouloir avoir affaire à lui. 

D'après Europol, chargé de la coordination en matière de sécurité au niveau de l'Europe, trois réseaux de pédophilie ont été découverts en 2016.

Richard Huckle a échappé à la police malaisienne qui affirme n'avoir jamais reçu de rapport concernant cette affaire, qui implique pourtant directement des victimes malaisiennes. Elle a pris connaissance du cas seulement en avril dernier. La semaine dernière la Malaisie a annoncé avoir ouvert sa propre enquête, et fait pression sur les autorités britanniques afin d'obtenir plus de détails et de retrouver toutes les victimes, ainsi que les lieux où ont été commis les abus sexuels et les viols. L'un des endroits identifiés pour le moment apparaît se trouver Jalan Kuching. 

?Les enfants défavorisés bien plus faciles à séduire que les enfants occidentaux de classe moyenne?

Jusqu'à présent les informations et les rapports concernant l'enquête étaient limités pour protéger les victimes d'autres prédateurs sexuels présents sur internet.

En janvier dernier, lors des premières auditions, Huckle a nié les 91 charges retenues à son encontre, avant d'en reconnaître 71 en avril. Le juge chargé de l'affaire, Peter Rock, a déclaré qu'il envisageait une condamnation entre 22 ans et la perpétuité, compte tenu de la gravité des faits. La sentence a été rendue ce lundi 6 juin. Peu avant le procès, Richard Huckle a adressé une lettre à son avocat Philip Sapsford, dans laquelle il avoue ne s'être rendu compte de l'ampleur de ses actes qu'au moment de son arrestation. L'accusé met ainsi en avant son immaturité pour expliquer ses crimes. Il dit dans celle-ci que ?personne ne se souciait des enfants?, ajoutant n'avoir pas beaucoup d'expérience sexuelle avec des adultes en raison de sa timidité. Enfin, dans cette lettre il exprime un amour inconditionnel pour l'Asie du Sud-Est, car les ?enfants sont adorables et très faciles à approcher?. Richard Huckle a été condamné à la prison à vie.

  

Chloé Jeanneret (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) mardi 7 juin 2016

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Publié le 6 juin 2016, mis à jour le 7 juin 2016
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