Édition internationale

PROJET FOU - Gauthier Toulemonde, naufragé volontaire sur une île déserte

Écrit par Lepetitjournal Kuala Lumpur
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 12 novembre 2013

 

L'idée de s'échouer sur une île déserte vous aurait-elle déjà traversé l'esprit ? Y aurait-il un Robinson Crusoé qui sommeillerait en vous, caressant le rêve de vivre loin d'une société codifiée et consumériste ? Alors que diriez-vous d'un bureau/bivouac de 300m2 face à la mer ? Revêtement de sol: plage de sable blanc, environnement : végétation luxuriante. Vous pensez cela impossible ? Pas Gauthier Toulemonde qui a décidé pour 40 jours de devenir un naufragé volontaire non pas totalement égaré, non, en plein télétravail sur une île déserte, quelque part en Indonésie, dans les environs de Sumatra paraitrait-il !

Des naufragés l'histoire en a connu, seuls, en groupes, dans des conditions climatiques extrêmes comme Sergueï Ganiouchev qui avait survécu 17 jours sur une île déserte de la mer Blanche en Antarctique ou comme les naufragés le plus longtemps échoués, 15 ans, pour ceux de l'île de Tromelin. A y songer, cela fait froid dans le dos. Nous voilà bien loin des images d'épinal dépeintes autour de Robinson Crusoé. Normalement, le naufrage n'est pas un choix mais seulement quelque chose que ceux qui le vivent, subissent en espérant s'en sortir, vivants. Hormis Benoit Gysembergh, reporter à Paris Match qui en 1986 avait relevé le défi de vivre une semaine sur l'atoll de Clipperton, en général on arrive sur une île déserte par hasard et non par choix. 

 

Gauthier Toulemonde, un chef d'entreprise et aventurier aux multiples casquettes

Lillois de 54 ans, directeur général de Timbropresse et rédacteur en chef de Timbres magazine, Gauthier a aussi dans le cadre de Timbropresse écrit des romans et lança en 2005 une série de voyages pour adresser à ses lecteurs et acheteurs, des envois oblitérez et timbrez dans des lieux à part, du pôle Nord à Clipperton. C'est justement en rejoignant le médecin-explorateur Jean-Louis Etienne qui dirige une expédition scientifique dans l'atoll corallien de Clipperton, qui fut le théâtre lui aussi de naufrages, que l'idée d'une ?robinsonnade? comme le dit Gauthier vit le jour, ?en voyant les chercheurs de Clipperton travailler sous les cocotiers comme dans leurs labos, grâce aux liaisons internet".

 

Passé de Lille à l'île pour un naufrage organisé de 40 jours

Arrivé sur l'île mystérieuse le 11 octobre 2013, ce webrobison a prévu de retourner à la civilisation le 19 ou le 20 novembre. Raphaël Domjan a passé les trois premiers jours sur l'île pour l'aider à tout installer. On se demande ce que Gauthier a alors ressenti en voyant Raphaël partir et en songeant au fait que cela marquait le vrai début de l'aventure. ?Je n'ai pas trop réagi, pris par le travail à faire juste après son départ. Je suis heureux en tout cas de l'avoir partagé avec lui?, nous répond t-il. 

Gauthier vit donc en autarcie avec un chien, Gecko, une poule, un coq, et trois chats qui se sont multipliés depuis son arrivée sur l'île, mais ont aussi été victimes de leurs colocataires autochtones? Son équipement professionnel de base : panneaux solaires, ordinateur, téléphone satellitaire le relient au monde. Alors télétravailleur sur une île déserte, vous pensiez que cela relevait de l'impossible ? Et bien non! C'est justement ce que Gauthier voulait prouver en se lançant dans ce projet fou. Mais au fond, s'agit-il uniquement d'un challenge, d'une expérience ou d'un rêve d'enfant ? ?Les trois à la fois?. Et il le confirme aujourd'hui ?je peux travailler quasiment normalement. Internet fonctionne bien?. Pour mettre en place ce télétravail temporaire, il aura fallu ?environ 6 mois pour concevoir le projet et pour préparer l'aspect pratique?. La période a quant à elle découlée ?de mes disponibilités et du moment auquel pouvait se faire l'installation technique?.

Mais alors pourquoi l'Indonésie ? Gauthier explique que ?expérimenter le travail à distance sur une île Bretonne aurait été moins attirant et puis c'est une région du monde qui m'attire beaucoup?. L'Indonésie compte un océan d'îles dont plus de ?6.000 inhabitées?, l'embarras du choix donc.  Cela étant la destination précise est tenue secrète, raisons de sécurité obligent, car la zone est infestée de pirates.

 

Travailler sur une île déserte est-ce vraiment à l'image d'une carte postale ?

?Les îles ne sont pas seulement celles que l'on voit sur les cartes postales et dans les agences de voyages? et Gauthier nuance, ?le Paradis insulaire est parfois proche de l'enfer?. Varans, rats et reptiles cohabitent à quelques mètres de son bureau-bivouac. En pleine période de mousson, l'île essuie des pluies torrentielles, mais Gauthier n'en a pas pour autant perdu son humour et répond ?je ne meurs pas de soif, côté eaux de pluie, je suis servi !? Quant à ses colocataires la question ne semble pas le perturber, ?j'ai pas mal voyagé en Afrique de l'Est, les animaux ne me dérangent pas?.

Seul avec soi-même, bien que connecté au monde entier, Gauthier n'a jamais été médiatiquement aussi présent. Peu savent précisément où il se trouvent mais lui est partout, presse écrite, émission de radio,.. On se demande s'il se sent vraiment seul ou juste isolé. ?Bonne question, surtout isolé mais l'expérience n'est pas terminée, loin s'en faut? nous répond t-il.

Perdu au milieu de l'océan on imagine que tous les sentiments sont exacerbés. Le moment unique peut être positif comme négatif, mais dans tous les cas apporter quelque chose. C'est être seul face à la nature mais aussi seul face à soi-même, lui demande t-on intrigué. ?Absolument et il y a aussi une forme d'aventure spirituelle?.

Et que fait-on le week-end sur une île déserte? Les semaines s'articuleraient t-elles au même rythme que? que la normale?  Parce que l'on pourrait supposer que totalement isolé, la motivation pour travailler n'est peut-être pas toujours au rendez-vous. Mais non, Gauthier ne chôme pas, ?durant cette expérience, il n'y a pas de week-end, toutes mes journées sont chargées et je veux profiter de chaque instant avant le retour à la vie moderne. Le samedi et le dimanche, je fais un film et j?écris un livre, le week-end me donne ce recul car je ne suis plus en relation avec le bureau à Paris?. 

 

Sans regrets cette aventure ?

On peut lire sur son blog lors des récits des premiers jours ?dimanche : 18h00, impossible de rester dehors, nouvelle soirée sous l'étroite tente. La tempête est puissante, l'île cernée par les vagues, premier sentiment de solitude?. Une fois le cliché paradisiaque dépassé c'est aussi cela la vie sur une île déserte, dans ces moments là on se demande si la solitude devient si pesante qu'il pourrait être possible pour Gauthier de regretter son choix. Mais non, il reste optimiste, ?c'était juste une baisse de moral car rester sous une tente à ne rien faire n'est pas ce qu'il y a de plus motivant. Je ne regrette pas cette expérience, bien au contraire?. Et en effet, Eddy, un pêcheur local, qui s'était égaré sur l'île, après quelques bavardages est reparti tel qu'il était arrivé, seul. Voilà un naufragé qui ne veut définitivement pas être un rescapé avant l'heure.

Mais alors, maintenant que le challenge, même s'il n'est pas fini semble réussi, la prochaine question qui se posera est quand on se retrouve seul dans la nature, surtout que Gauthier n'en est pas à sa première aventure, comment revient t-on à une vie civilisée ensuite? Le télétravailleur naufragé nous répond que la clé c'est justement de ?penser à une nouvelle aventure qui n'est pas forcément un voyage. Rédiger un beau livre en est une?.

En attendant vous pouvez suivre Gauthier sur son blog webrobinson.

 

Alexandra Le Vaillant (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) mercredi 13 novembre 2013

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Publié le 12 novembre 2013, mis à jour le 12 novembre 2013
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