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OPINION - Le Malaisie et le FMI, hier et aujourd’hui

Écrit par Lepetitjournal Kuala Lumpur
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 9 janvier 2013

La rubrique opinion est faite pour donner la parole à des observateurs de premier choix sur l'actualité malaisienne. Leurs témoignages n'engagent qu'eux. Cette semaine, Tan Siok  Choo, journaliste malaisienne à "The Sun Daily" offre un point de vue intéressant sur l'évolution des rapports entre le FMI et la Malaisie à travers les discours des Français qui se sont succédés à la tête du fonds. L'Etat musulman dont les politiques étaient pointées du doigt comme responsables de la crise asiatique semble aujourd'hui un modèle à suivre. La donne aurait-elle changé ?

Article original

Séparées par 15 ans, les deux visites des présidents français du FMI , Michel Camdessus et Christine Lagarde, mettent en avant les profonds changements qu'ont connu les rapports entre le FMI et la Malaisie.

Hier, le FMI donnait des leçons à la Malaisie

Le 2 décembre 1997, près de 5 mois après la crise asiatique, Camdessus foulait Putra World Trade Center comme un Louis XIV des temps modernes, le roi français qui construisit Versailles et déclara la phrase célèbre : "L'Etat, c'est moi".

Intitulé "Reconstruire la confiance en Asie", le discours de Camdessus mettait en avant deux thèmes majeurs .

Premièrement, la crise avait été causée par les politiques économiques peu appropriées des pays d'Asie de l'Est. L'assertion de Camdessus ignorait alors la contribution négative du FMI au problème, en particulier sa promotion de la libéralisation des marchés financiers et de capitaux, une politique qui a autorisé les déplacements déstabilisants de grosses sommes d'argent entre l'Asie et le reste du monde.

Deuxièmement, le Français a défendu résolument les fonds spéculatifs, les spéculateurs et les marchés mondiaux. "Ce serait une erreur de blâmer les fonds spéculatifs ou tout autre participant au marché pour les troubles en Asie. Les turbulences du marché ne sont qu'un symptôme de problèmes plus sérieux, qui concernent bien des pays" . Durant la session de questions/réponses, Camdessus a ainsi évité toute critique sur les politiques du FMI.

Martin Khor, alors président du réseau Tiers monde a fait remarquer que Camdessus se contredisait en suggérant aux pays de réexaminer, sinon de changer leurs politiques, sans demander au FMI et autres acteurs du marché de faire de même. En notant que la spéculation financière n'avait pas été régulée, Khor a aussi suggéré que la libéralisation financière avait été entreprise trop tôt, bien avant que les autorités aient l'opportunité de comprendre la façon dont marche la libéralisation ou même de mettre en place une régulation et des ressources humaines dédiées.

Avec une incroyable répartie, Camdessus a assuré : "La spéculation, ce n'est après tout que de la bonne gestion et une utilisation prudente de ses économies". Le président du FMI  a également répondu aux abonnés absents lorsqu'un participant philippin a critiqué "sa foi aveugle dans le fait que les marchés sont bons tandis que les gouvernements sont mauvais".

Plusieurs semaines après sa visite à Kuala Lumpur, Camdessus trônait sur une photo iconique à l'image de la relation inéquitable entre le FMI et les pays asiatiques. Pris à Jakarta, le cliché montre un Français à la mine sévère, avec les bras croisés sur la poitrine, débout aux côtés d'un président Suharto assis. L'Indonésie était alors le dernier pays asiatique à signer un accord avec le FMI.

 

Aujourd'hui, le FMI se présente comme un partenaire pour la Malaisie

Lorsque Christine Lagarde, impeccablement habillée pour éviter d'offenser les susceptibilités religieuses, s'est rendue à Sasana kijang, le 14 novembre 2012, la crise asiatique avait entaché la crédibilité du FMI, la décision de la Malaisie d'imposer des contrôles sélectifs du capital avait été acceptée et l'Asie se trouvait dans une dynamique ascendante.

Intitulé "L'Asie et la promesse d'une nouvelle coopération", le discours de Lagarde ne manquait pas d'intérêt, à plus d'un titre.

Dans un premier temps, la Française a flatté le gouverneur de la banque nationale malaisienne, Zeti Akhtar Aziz, en le décrivant comme un des meilleurs et plus expérimentés banquiers centraux qu'ai connu le monde. Elle a également félicité la Malaisie d'avoir su devenir l'un des pays les plus innovants et dynamiques d'Asie. Si quelques années plus tôt, Zeti portait la plus lourde tâche de la direction de la banque centrale malaisienne au coeur de la crise asiatique, aujourd'hui, c'est au tour de la présidente du FMI de faire face à de nombreux défis avec la crise de la zone euro. 

Les mots de Lagarde illustraient ce nouveau rapport de force. Son discours contenait de nombreuses références au pays, incluant l'auteur malaisien  Tan Twan Eng , l'ancien premier ministre Tunku Abdul Rahman et le slogan "Malaysia, truly Asia".  Il mettait aussi en avant le poids de la croissance asiatique dans l'économie mondiale. "En trois décennies, la contribution de l'Asie au PIB mondial est passé de 10 à 30%, les niveaux de vie ont été multipliés par six et un incroyable demi-million de personne s'est sorti de la pauvreté. Sur la dernière décennies seule, l'Asie émergente a grandi de 7,5% chaque année".

Le discours de Lagarde était beaucoup plus nuancé que celui de son prédécesseur, parvenant à un équilibre entre prêche excessif et critique sans appel. Par exemple, elle a complimenté la Malaisie pour sa phénoménale diminution de la pauvreté sur les dernières décennies tout en signalant que les inégalités de revenu étaient à présent en hausse. La présidente du FMI a ajouté que si de grandes avancés avaient été réalisées pour réduire les inégalités dans les années 70 et 80, aucune amélioration n'avait été vue depuis. A la différence de Camdessus, Lagarde a affirmé que les flux de capitaux pouvaient amener de grands bénéfices mais aussi "accabler des pays qui connaissent des cycles dommageables de hauts et de bas". S'éloignant légèrement de son texte, la Française a également admis que l'hostilité du fonds envers les contrôles sélectifs du capital de la Malaisie était une erreur avant d'ajouter :  "Mais, nous faisons des erreurs".  Enfin, Lagarde a souligné le rôle majeur joué par la Malaisie dans le renflouement des coffres du fonds, un acte qu'elle décrit comme "un vote de confiance dans le FMI" et "un vote de confiance dans un partenariat commun".

En conclusion, ces deux visites sont révélatrices de la relation fluctuante qui unit la Malaisie au FMI. Si en 1997, Camedessus tendait plutôt la main au Ministre des finances malaisien de l'époque, en 2012, Christine Lagarde était chaudement reçue par les leaders malaisiens de la finance. Les rapports de force sembleraient presque s'inverser. Dans l'intérim, une sérieuse inimitié entre la Malaisie et le FMI...

Traduction de Marion Le Texier (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Mercredi 9 Janvier 2012

 
logofbkl
Publié le 8 janvier 2013, mis à jour le 9 janvier 2013
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