Édition internationale

INTERVIEW - K. Kabilan, rédacteur en chef de Free Malaysia Today

Écrit par Lepetitjournal Kuala Lumpur
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 20 novembre 2012


Free Malaysia Today, site d'information sur la Malaisie n'a que deux ans. Pourtant, son succès a été immédiat en parvenant à fidéliser 3 millions de lecteurs par mois à la veille d'élections décisives. Son mot d'ordre ? L'indépendance et la liberté d'expression. Entretien avec le rédacteur en chef, K. Kabilan.

 

Lepetitjournal.com : Comment avez-vous eu l'idée de créer Free Malaysia Today ?

C'est une longue histoire car cela fait près de vingt ans que je suis dans la presse en Malaisie. D'abord, j'étais journaliste au New Straits Times, un journal papier anglophone proche du gouvernement. Puis, je suis passé à une presse davantage d'opposition en étant rédacteur en chef de Malaysia Kini, un autre site d'information. Comme quoi, on peut changer ! Mais, cela ne me convenait pas non plus. Je me suis dit alors qu'il restait de la place pour un espace d'information de plus, peut-être quelque chose de moins partisan. L'idée de créer Free Malaysia Today est donc née après les élections de 2008. L'objectif était de mettre en place le site avant les élections de 2013 pour réunir les gens et surtout les faire réagir.

 

Comment se passent vos relations avec le gouvernement ?

Depuis 2008, la presse en ligne est mieux acceptée. Le gouvernement a promis de ne réaliser aucune censure sur internet. Cependant, cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas être condamné sur d'autres motifs, la diffamation par exemple. Il n'y pas besoin d'autorisation spéciale ou d'enregistrement pour faire du journalisme en ligne en Malaisie. Ce qu'il faut surtout, c'est de bons journalistes.

 

Comment travaillez-vous à la rédaction de FMT ?

On va vraiment jusqu'au bout de nos sujets. On étudie tous les aspects d'un problème jusqu'à ce que ça en devienne ennuyant. Surtout, on revient plusieurs mois après pour voir comment la situation a évolué et si le gouvernement a bien agi dans un sens favorable.

Au début, on était seulement cinq à la rédaction. Aujourd'hui, on est trente-deux à se partager la publication d'une vingtaine d'articles par jour ! En plus de Kuala Lumpur, on a des journalistes à Penang, à Sabah, dans le Sarawak et même une correspondante à Paris. On a vraiment agi dans l'urgence de former une équipe de rédaction solide. Il fallait que les gens aient des infos avant les élections.

Côté financement, il n'y a pas vraiment de publicités sur le site. On survit grâce aux donations des lecteurs. Mais, impossible de révéler l'identité de nos généreux contributeurs. C'est un secret !

 

Vous comptabilisez plus de 25.000 fans sur facebook et plus de 6.000 followers sur twitter. Les réseaux sociaux, c'est important pour FMT ?

Bien sûr. Cela fait partie de notre stratégie pour nous adresser directement aux jeunes. On aime que les médias soient interactifs et, surtout créer le débat. Et, ce n'est pas tout. On ira bientôt encore plus loin grâce à i-covert (chat en ligne) ou à des vidéos. Mais, interactif ne veut pas dire irresponsable. Ainsi, nous responsabilisions nos lecteurs. Les commentaires anonymes ne sont pas autorisés et il faut préalablement s'identifier via un réseau social avant de participer au site.

 

FMT a t-il changé depuis ses débuts ?

Oui. On a principalement élargi notre palette de sujets par rapport à notre préoccupation première : la politique. Par exemple, on réalise maintenant des reportages sur la musique indépendante et on a aussi créé une section consacrée aux animaux. D'autres transformations verront le jour dans les prochains mois mais il nous faudra encore davantage de donations.

 

Comment définiriez-vous votre ligne éditoriale ?

On essaye d'être ni en faveur du gouvernement en place, ni en faveur de l'opposition. Mais, ce n'est pas toujours facile d'alterner les articles. On a des hauts et des bas. L'exercice est difficile car les Malaisiens ont tendance à toujours classer les journalistes d'un côté ou l'autre de la balance et ne croient pas vraiment à une vision équilibrée.

 

Quels sont vos projets ?

L'équipe sera évidemment très présente sur les prochaines élections. On essayera de couvrir le plus de bureaux de vote possibles surtout à Bornéo où il y a beaucoup de tensions.

Après l'élection, on espère vraiment mettre en place une plateforme d'information participative comme vous la connaissez en France. Aujourd'hui, tout le monde veut donner de la voix et débattre. Notre rôle sera de donner l'espace aux Malaisiens pour se faire entendre via le site, facebook ou encore twitter.

 

Free Malaysia Today

 

Propos recueillis par Marion Le Texier (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Lundi 2 juillet

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Publié le 2 juillet 2012, mis à jour le 20 novembre 2012
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