Édition internationale

BORNEO - Les ibans invitent les esprits à se préparer à la guerre

Écrit par Lepetitjournal Kuala Lumpur
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 20 novembre 2012

Toutes les deux semaines, Alter Asia nous propose la traduction d'un article d'un journal malaisien. Les opinions développées dans ces articles n'engagent que les chroniqueurs qui les écrivent. Cette semaine, la presse locale s'en prend aux autorités du Sarawak qui accordent des baux temporaires sur des terres indigènes aux sociétés privées d'huile de palme. Le problème est que l'opération se réalise sans consultation des populations autochtones. Mais l'Etat est-il vraiment prêt à s'exposer à leur courroux, surtout lorsque celui-ci implique des esprits ?



Mauvais esprit

Près de 700 Ibans ont récemment reçu des avis d'expulsion de la part des autorités du Sarawak. C'est une véritable "déclaration de guerre" pour les membres de cette ethnie de Bornéo qui se dit prête à tout pour défendre son habitat traditionnel  - les longhouses et même à faire appel aux forces occultes.

Ainsi, les Ibans de Rumah Sigan - une maison longue de 60 portes à Ulu Niah - ont décidé d'organiser une cérémonie guerrière, la "sandau hari" pour les aider à affronter la menace. Autrefois, les membres de l'ethnie organisaient cette cérémonie pour s'attirer les bons auspices des esprits de la forêt avant d'aller couper des têtes ou faire la guerre. Ils ont donc remis le rituel au goût du jour pour lutter contre l'expropriation.

Selon l'avis d'expulsion, ces 700 Ibans ont deux semaines pour évacuer leur maison longue, qui a déjà quatre décennies. Après ce délai, leurs habitations seront détruites par une société de production d'huile de palme, la Medan Mustika, une filiale de WKT, détenue semble-t-il par l'un des amis du ministre Abdul Taib Mahmud. Sure de son bon droit, la société serait détentrice de plusieurs baux provisoires, qui l'autorisent à exploiter le bois et à planter des palmiers à huile.

Les habitants des maisons longues voisines qui font face aux mêmes problèmes ont été priés d'assister à la cérémonie par solidarité envers les Ibans de Rumah Sigan.

 

Des relations difficiles entre le gouvernement et les Ibans

Pour Remauld Siew, président de Jaringan Tanah Hak Bangsa Asal (un réseau qui défend le droit foncier des autochtones), les Ibans de Rumah Sigan sont plus maltraités que des animaux : "S'ils doivent s'en aller, où peuvent-ils aller ? On ne peut les laisser comme cela, encore moins bien traités que des animaux ". D'après lui, le gouvernement ne s'embarrasse pas du bien-être et des droits des Ibans puisqu'il a lui-même accordé des baux temporaires et vendu les terres à la Medan Mustika. Pour M. Siew, ce différend, dont le Barisan Nasional est à l'origine, n'est pas un cas isolé, car bien d'autres maisons longues et villages sont exposés à des menaces similaires.

Dans le passé, plusieurs affrontements ont déjà eu lieu opposant des ethnies propriétaires de terres sous droit coutumier indigène à des sociétés qui avaient fait appel à des gangsters ou parfois même à la police pour les menacer. Ces incidents remontent aux années 1990, et l'on se souvient notamment de celui de Rumah Bangga à Bakong Baram en décembre 1997. La police avait tiré sur trois habitants de la maison longue, causant la mort d'Enyang Ak Gendang. Les indigènes défendaient déjà leur logement et leur terre contre une compagnie de production d'huile de palme.

Un autre incident datant de la fin de l'été 1999 est également resté dans les mémoires. Quatre gros bras, envoyés par la Sarawak Oil Palm pour menacer les habitants de Rumah Busang et Rumah Bali dans la province de Miri, furent tués et trois autres blessés. La raison d'une telle violence ? Un groupe de neuf gangsters armés d'épées de samouraïs avait précédemment attaqué les Ibans qui s'étaient préparés pour leur retour.

Un autre affrontement eut encore lieu à Rumah Randi à Selanga, pas plus tard que le mois dernier, lorsque des coups de feu furent tirés sur la maison longue. L'incident, survenu le 25 mai dernier ne fit heureusement aucun blessé.

Et la liste ne s'arrête pas là. On pourrait citer encore bien des différends au cours desquels des machines lourdes furent incendiées par des indigènes, forcés de se faire justice eux-mêmes devant le refus des autorités d'enregistrer leurs plaintes contre des sociétés d'huile de palme. Celles-ci avaient une fois de plus pris possession de leurs terres de droit coutumier, et détruit leurs fermes et arbres fruitiers. 16 bulldozers d'une valeur de plus de 10 millions de ringgits et appartenant à Tabung Haji, à Simunjan, furent ainsi incendiés par des Ibans en colère.

"Tant que les autorités continueront à accorder des baux temporaires sur des terres de droit coutumier pour les vendre à des sociétés productrices d'huile de palme, sans faire entrer les droits des autochtones dans leurs calculs, la guerre entre les tribus et les compagnies d'huile de palme continuera " affirme Joshua Jabeng, candidat potentiel du PKR (Parti de la justice du peuple) pour Selangau. "J'ai bien peur qu'on ne soit dans ce scénario? ", observe-t-il lorsqu'on l'interroge sur le sujet des cérémonies guerrières.

Peu de chances en tout cas que les prochaines confrontations se déroulent dans un bon "esprit " !

 

 

Lire la suite sur Alter Asia

 

 

Article original (Free Malaysia Today): Ibans invite the spirits to prepare for war

 

Photo de DR. Traduction de Louise de Neve et Marion Le Texier  (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Vendredi 6 Juillet 2012

logofbkl
Publié le 6 juillet 2012, mis à jour le 20 novembre 2012
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos