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PHOTOGRAPHIE - Michel Roggo, profession : pêcheur d’images

Écrit par Lepetitjournal Kuala Lumpur
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

 

 


Michel Roggo, photographe suisse, expose en ce moment à l'Université Taylor's de Kuala Lumpur. Son sujet ? La photographie sous-marine en eau douce, un art où  il excelle? sans jamais plonger ! Des saumons d'Alaska aux crocodiles du Botswana, lepetitjournal.com a écouté son histoire.

Le photographe en Amazonie au Brésil (credits: Michel Roggo)

Celui qui photographiait les saumons
Certaines vocations sont tardives? Ce n'est que vers 30 ans que Michel Roggo commence la photographie. Il est alors conservateur adjoint au Musée d'Histoire Naturelle de Fribourg. Le point de départ ? Un ami qui lui prête un téléobjectif pour photographier des chevreuils. Cet emprunt sera le déclencheur. Le hobby lui plait tout de suite.

La même année, sur un coup de tête, Michel se rend en Afrique à Nairobi, bien loin de la Suisse dont il est originaire. Il n'a aucune expérience, n'a jamais voyagé en avion et ne sait pas plus parler anglais. Loin de ses repères, il  lui arrive les aventures les plus incroyables en tentant de photographier des animaux. Perdu dans les montagnes, cet explorateur débutant est contraint d'abandonner sa voiture pour 15 km? de marche ! Il se rappelle : "Je n'étais pas courageux mais naïf. Je pensais que c'était ça voyager".

Après le Sud, voilà que c'est le Nord qui attire son ?il d'artiste. Michel a vu un film qui se passait au Canada qui l'a beaucoup impressionné. Il s'imaginait déjà capturer des images d'ours et d'aigles mais ce que le Suisse trouvera le plus beau est un animal bien moins impressionnant : le saumon !

Néanmoins, la partie est loin d'être gagnée? Pour photographier ces poissons de rivière, il va lui falloir imaginer un système unique. Année après année, sur ce même site, Michel Roggo perfectionne son matériel dans l'espoir de photographier les fameux saumons. D'abord, il ne s'agit que d'un simple appareil photo étanche, puis d'une boite subaquatique auquel il finit par ajouter un écran vidéo pour prendre des photos à distance au moyen d'une télécommande. Comme un pâtissier, le suisse a trouvé là la bonne recette.

Fribourg, Suisse, 2010 (crédits: Michel Roggo)

Vivre de photo et d'eau fraiche

Aujourd'hui, cela fait bientôt 25 ans que ce passionné photographie l'eau des quatre coins de la planète avec le même système. La liste des endroits où il a séjourné a de quoi faire pâlir n'importe quel aventurier ! Il se souvient : "A certains moments, c'était difficile notamment au niveau de l'argent. Mais je me disais que si je travaillais bien, ça marcherai. Le jour où j'ai donné mon congé à Fribourg, ça a été un des plus beaux jours de ma vie".

Téméraire, Michel n'hésite pas aller à la rencontre des animaux d'eau douce : crocodiles au Botswana, ours en Alaska ou encore alligators en Floride. Certaines bestioles un peu agressives attaquent même ses boitiers.

Notre artiste est aussi un acharné qui n'hésite pas à payer 2.000$ un hydravion pour photographier des dauphins. Il aime raconter une anecdote. Motivé au péril de sa vie, le Suisse voulait ouvrir la porte d'un avion pour prendre une photo. Le pilote aurait refusé à cause du dioxyde de carbone qu'il serait contraint de respirer. Ni une, ni deux, Michel Roggo l'a convaincu avec un argument infaillible : "Moi aussi, je respire du CO2 et je m'en fous".

Le photographe avoue aussi pêcher : "Ça se combine avec le travail !". Rencontré au vernissage de son exposition à l'Université Taylor's, un ami plaisante : "Qu'est-ce que tu racontes aux gens qui viennent voir tes expositions ? Celui sur la photo, je l'ai mangé ?"


 

 

Inspirations aquatiques

Laponie, Suède, 2011 (crédits: Michel Roggo)

Michel Roggo revient avec nous sur la question qu'on lui pose que trop souvent : "Mais pourquoi l'eau douce ?". D'abord, parce qu'il s'agit d'une niche. Il y a donc moins de concurrents parmi les photographes. C'est ce qui fait la spécificité et donc le succès de notre ami.  Et puis, d'un point de vue purement technique, l'eau douce est plus aimable avec les précieux appareils photo. Mais, ce n'est pas tout. Le suisse a un autre avis tout à fait subjectif : "Il y a trop de bruit, trop de couleurs, trop de tout dans la mer. C'est comme un centre commercial.  Je préfère un petit ruisseau". Il trouve aussi intéressant le côté "flux éternel" et les multiples facettes d'une rivière à la fois barrière de protection, réserve de nourriture et moyen de transport. "La rivière est synonyme de vie. C'est beau mais aussi dangereux". De la Scandinavie au Brésil, l'important reste pour lui la possibilité de trouver quelque chose de nouveau. Il s'avoue très curieux et disposant de la joie de la découverte.

En plus de la photo, le Suisse s'intéresse à d'autres formes d'art : la musique classique, la peinture... "On peut pas faire de telles images sans aimer la beauté", explique-t-il. Aussi, il n'hésite pas à s'inspirer d'univers artistiques différents du sien. "Parfois j'entends de la musique. J'en ai tellement plein les yeux que j'oublie tout".

Parmi ses multiples influences, Michel Roggo admire particulièrement Jim  Brandenburg, un photographe américain qui a beaucoup travaillé pour National Geographic."Il  a eu cette idée incroyable. Prendre une unique photo par jour pendant trois mois et en faire un livre chased by the light. C'est beaucoup de talent mais aussi beaucoup de courage. Comment se décider à prendre au bon moment la photo quand on a une unique prise par jour ?"

 

Amazonie, Brésil, 2011 (crédits: Michel Roggo)

Le tour du monde en 30 eaux douces
Depuis 2011, il a lancé un projet unique baptisé «The Freshwater Project». Pendant 5 ans, le photographe captura l'eau douce de 30 destinations composées uniquement d'endroits où il n'a jamais mis les pieds à l'instar de la Papouasie-Nouvelle Guinée. Il avoue que ces endroits exotiques sont un argument de vente, mais également qu'il aime voyager.

Avant de partir en expédition, Michel Roggo se renseigne toujours sur internet.  L'un des critères du choix de sa prochaine destination est évidement que l'eau soit claire. Pourtant, cela ne suffit pas toujours : "S'il y a des bulles d'air ou si l'appareil photo bouge, c'est foutu. Sur 1.800 photos, il y en a souvent seulement trois ou quatre de bonnes". Le photographe n'est malgré tout pas défaitiste : "Partout où il y a de l'eau, on peut travailler !". Et puis, aujourd'hui, ce passionné est mieux organisé qu'à ses débuts. Il est connu de par le monde et de fait, il y a souvent un comité d'accueil pour réceptionner le photographe dès son arrivée.

D'ailleurs, son passage en Malaisie n'était pas que lié qu'au vernissage de son exposition à l'université Taylor's. Il se rendait à Gunung Mulu près de Miri à Bornéo dans l'espoir d'obtenir des clichés d'eau fraiche. Photographier un peu du mystère de la forêt pluviale était une des conditions à sa venue, souhaitée par l'Ambassade de Suisse qui avait entendu parler d'une précédente exposition à Singapour. Le photographe raconte son expérience en Malaisie : "Mulu c'est la forêt tropicale, plus ces immenses grottes, donc les conditions de travail étaient assez dures: les pluies, l'humidité, la chaleur, et toutes ces bestioles et plantes qui nous donnent à comprendre qu'on n'est pas vraiment le bienvenu dans cette forêt ... Mais j'aime travailler dans de telles conditions".

 

Floride, Etats-Unis, 2012 (crédits: Michel Roggo)

 

Le plus drôle avec ce photographe qui capture des images sous l'eau ? Le fait qu'il n'ait jamais plongé et ait réalisé toutes ses photos à la perche. En ce sens, il est bien un pêcheur d'images tendant sa perche, la télécommande à la main jusqu'à ce qu'une belle photo veuille bien mordre à son hameçon. Comme des enfants sur la plage à l'arrivée d'un bateau, les amateurs d'art se précipiteront encore pour regarder les photos dans ses filets, un brin émerveillés.

 

Découvrir les photos de Michel Roggo dans le Sarawak (Bornéo)

En savoir plus sur "The Freshwater Project"

Marion Le Texier (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Mercredi 25 avril 2012

logofbkl
Publié le 25 avril 2012, mis à jour le 5 janvier 2018
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